‹ Un janséniste en exilChapitre 14 sur 146 · Michel Le Tellier · texte numérisé non relu

Michel Le Tellier

4. Jacques IT de Goyon de Matignon, évêque de Condom, de 1671 à 1693. « Fort homme de bien, mais rien au delà », dit Saint-Simon.

PU ASP EN UN" AS AE PES (TOO EU NES af Gba des CE CON L item On ARE JE RRONTSE L ef ar LUE RE ; % VU PeE AE à DCE d'u MALE A L'HaL RARE TT ER ee A =. FRS SR NAUAUE CE M OPEN pi (Se “AD Hd S Eros SHAUSES TUE e : à

à | CORRESPONDANCE DE PASQUIER QUESNEL 21

de le lui donner, parce que l’on ne le croyait pas assez ennemi du Jansénisme. Il ajouta : « Je ne sais où cette 1 folie nous mènera, et J'ai peur qu’à la fin elle nous fera perdre la religion et qu’il ne nous en resterait plus que le masque et l’extérieur, parce qu'on éloignait des bénéfices et des évèchés tous les gens de bien et qui pouvaient conserver les bonnes maximes et la bonne morale. »

Je voudrais bien, Monsieur, que l’on sût cette petite histoire au lieu où vous écrivez quelquefois, et vous m'obligeriez de l'écrire à M5' Sluse !, afin que par lui elle aille jusqu'à son maître. Vous pouvez ajouter que

| ce même magistrat, à l’occasion de M. de Grenoble [Etienne Le Camus], a dit au roi, d’une bonne manière, que tous ceux qui voulaient faire leur devoir et s’acquitter de leurs charges étaient taxés de Jansénisme, et que c'était un fantôme par lequel on rendait suspects tous les gens de bien?.

Après l'affaire de Port-Royal, il dit à sa table, en présence de huit ou dix maitres des requêtes, que cela était trop violent pour durer longtemps, que l’on voyait par là qu’on n’en voulait point à la doctrine, mais aux personnes.

M. de Verdun est mort à Paris depuis quelques jours, et Mf de Poitiers, à ce que l’on dit, est aussi mort à Poitiers. |

1. Jean Walther, baron de Sluse, savant cardinal, secrétaire des brefs d'Innocent XI, recevait et communiquait avec plaisir les nouvelles de la République des Lettres. Lors de sa mort, attribuée au poison, en 1685, il fut fort regretté par le parti janséniste.

2. Nous avons justement, sous les yeux, une lettre de l’évêque Le Camus à l'abbé de la Trappe, où il s'élève contre l'accusation de jansénisme intentée à tout propos : « Eh quoi! tous ceux qui voudront vivre dans la règle et observer les canons, tous ceux qui voudront maintenir la pureté de la morale de l'Evangile, la hiérarchie de l'Eglise et labonne discipline dans l'administration des sacrements, seront traités d'hérétiques et de novateurs! Après tout, si les jansénistes manquent d'humilité et de soumission, disons que les molinistes manquent beaucoup de charité et de compassion. » (Amersfoort, boîte P.)

M: de Beauvais a ses bulles moitié gratis. Le pape l'a proposé lui-même et lui a fait tous les passe-droit possibles.

Quesnel à la Mère Angélique de Saint-Jean !

Paris, Saint-Magloire, 16 août 1681.

Puisque nous sommes dans un siècle où l’on n'ose quasi espérer d’autrebien que celui qui consiste éviter les maux, l’on peut dire que votre maison ne pouvait guère recevoir d'avantage plus considérable que celui d’une élection? aussi libre et aussi paisible que celle qui vient d’être faite, avec tout le succès qui se pouvait désirer. J'y ai pris trop de part par mes vœux pour ne vous pas témoigner, ma très révérende Mère, combien J'ai été comblé de joie en apprenant l’heureuse issue que Dieu a donnée par sa miséricorde à une affaire dont la seule pensée nous faisait trembler depuis si longtemps. Je sais bien que votre joie en cette occasion n’est pas tout à fait pleine et que les sentiments que vous avez de vous-même vous font trouver quelque amertume dans cette douceur dont il a plu à Dieu de consoler votre sainte maison.

Mais l’amour que vous avez pour elle vous oblige,

1. La Mère Angélique de Saint-Jean, fille d'Arnauld d'Andilly et nièce de la première Mère Angélique, abbesse de Port-Royal de 16178 à 1684, fut « la plus spirituelle des abbesses », nous dit Sainte-Beuve, et l'âme du monastère dans les jours d'épreuve.

2. Les trois années de gouvernement de la Mère Angélique expiraient; on avait à procéder à une nouvelle élection. Un mot ambigu de l'archevêque de Paris fit craindre qu'il n’autorisât point la commu nauté à procéder à cet acte, qui était une question de vie ou de mort. L'alarme était à son comble, quand, le mercredi 6, arriva un exprès, dépêché par M"° de Saint-Loup, la grande nouvelliste, avec une lettre de celle-ci pour M'° de Vertus, qui commencait par ces mots : « Joie! joie !'joie! Vous ferez demain votre élection. » (Sainte-Beuve, Port-Royal, t:2V,°pp.1206,"208:)

ét na ES FOR ES AU AE AU LÉ ARTE 7 ES L » c4 "T 1 14 L di

ce me semble, à étouffer toute voix de plainte et de douleur, afin que l’on n'entende, parmi les tentes des justes, que la seule voix d'actions de grâces d’un succès si heureux et si salutaire.

Quesnel à M. de M.....!

Orléans, 5 novembre 1681.

Je suis arrivé en cétte ville plus tôt que je ne croyais, c'est-à-dire la veille de la Toussaint, au lieu que j'avais fait état de passer la fète près de Paris, comme vous savez. Mais, ayant expédié tout ce que J'avais à faire, voyant le beau temps et en ayant suffisamment pour me rendre ici avant le commencement du mois, je pris mon parti de le faire, et je me trouve enfin, dans ma nouvelle habitation, aussi content pour le moins qu’au milieu de Paris. Si quelque chose était capable de me déplaire ici, ce serait qu'Orléans ressemble trop à Paris, et que j'ai sujet d'appréhender de n’y pas trouver autant de retraite et de séparation de tout commerce, comme j'ai souhaité; mais Dieu peut me faire une solitude au fond de mon cœur, et c’est ce que je désirerais bien qu'il voulût faire par sa grâce, en me séparant de tout ce qui m'empêche de jouir de lui seul à seul, et me séparant de moi-même plus que de toute autre chose. Car nous sommes à nous-mêmes, la plupart du temps, un grand monde, et nous parlons souvent dans notre âme avec une populace nombreuse de passions, de désirs, de desseins, d’inclinations et de toutes sortes de

1. Depuis l'assemblée de 1678, la révolution qui se consomma dans

l'Oratoire, en 1684, était préparée. L'archevêque de Paris, M. de Harlay,

avait entrepris de « purger de jansénisme » la congrégation. L'exil du

P. Quesnel à Orléans et l'exclusion du P. du Breuil du généralat sont les

premières étapes de la transformation qui s’opérera quelques années plus tard.

À y L l * . | $ " #9. om À à ‘ TS < ) L é PRINT NE IR | de

misères, qui nous étourdit par son tumulte, qui nous agite par ses inquiétudes, nous trouble par ses révoltes, et nous empêche d'écouter Dieu qui parle à notre cœur, et qui seul devrait être notre monde et notre tout. Allons à lui, mon très cher Monsieur, de toutes nos forces ; séparons-nous de tout le reste, et fuyons-nous nous-mêmes pour approcher de lui. Commenous sommes encore bien près de nous-mêmes et bien éloignés de Dieu, que le jour qui nous est donné pour marcher est presque passé, que la nuit, pendant laquelle on ne pourra plus rien faire, s’avance et s'approche de nous incessamment, il n'y a point de temps à perdre. Car, si cette nuit funeste nous surprend, tout est perdu pour nous sans retour.

Quesnel de 10 mai 1682.

Nous attendons réponse sur les huit ou dix lignes de la lettre au pape!, où on fait dire au clergé qu'il admire le zèle du roi contre toutes sortes de nouveautés, ce qui ne peut marquer que les exils et les emprisonnements de tant de gens qu’on tourmente, comme suspects des nouveautés du jansénisme..Et ensuite l’on compare le roi à l’empereur Maurice, qui empêchait que des hérétiques de son temps ne publiassent le venin qu'ils avaient dans le cœur. Ce qui ne peut s’appliquer qu'à ceux qu’on a tant de fois accusés d’avoir dans le cœur les hérésies des cinq propositions, mais qu'ils n'osent se découvrir. Ne pourrait-on savoir ce que les évêques ont pu entendre par là?

L'oncle (Arnauld) écrit sur ce qu’on voulait l'obliger

1. Lettre des étêques de l'assemblée du clergé au pape, du mois de février 4682.

d'écrire à M. de Paris, ce qu'il rejette avec force, comme faisait M. de Castorie, qui ne pouvait souffrir cette démarche !. Il marque ensuite qu’il n’y avait rien à espérer, comme on voyait par ce qui s'était fait à des religieuses du Mans et à Saint-Cyr, et ce que les évêques disaient, dans leur lettre au pape, contre les jansénistes.

Quesnel à l'abbé Nicaise, à Dijon* 14 janvier 1683.

La sagesse du temps où nous sommes consiste à parler peu et à ne point écrire du tout, pour ne se pas faire des affaires. Ne trouvez donc pas étrange, s’il vous plait, Monsieur, le silence que je garde, et louez plutôt ma sagesse et ma prudence. Il n’y a pas néanmoins moven de se dispenser de vous souhaiter, Monsieur, une bonne et heureuse année au commencement de celle-ci, qui ne sera peut-être pas plus paisible que les autres. Au moins les grands préparatifs qui se font

marquent la guerre.

J'admire les Italiens de s’imaginer qu il n’y a rien à désirer dans le livre que vous marquiez qu'une honorable mention des Révérends Pères, et que c'est la seule chose qui manque à leur parfaite réconciliation avec M. Arnauld. Le pape sollicite toutes les universités et clergés de l'Europe à la condamnation des quatre propositions * de l’Assemblée du clergé. L’évèque de Strigonie en a déjà fait une censure, 0 le clergé de Pologne

1 . Cette lettre ayant été interceptée, l'archevêque de Paris en fit grand bruit : « Les violences continuent, écrivait Arnauld, et on veut que nous fermions les yeux et que nous nous persuadions que les loups veulent sincèrement faire la paix avec les brebis. Je ne suis pas si crédule..….…. Que nous donne-t-on? Des paroles, de bonnes intentions, des chimères. S’en repaisse qui voudra, ce ne sera pas moil »

Page 1