‹ Un janséniste en exilChapitre 60 sur 146 · Cette nomination n'eut jamais lieu · texte numérisé non relu

Cette nomination n'eut jamais lieu

2. Francois Genet, évêque de Vaison. Ses fonctions pastorales avaient été interrompues au moment des différends entre le pape et Louis XIV, et de l'occupation du Comtat Venaissin et d'Avignon par le roi.

3. Charles V, duc de Lorraine, mort le 17 avril, à Veltz, près Lintz,

4, Le 20 avril 1690,

Quesnel à M°° de Fontpertuis

7 mai 1690.

Nous sommes encore en voyage, et nous ne savons quand nous serons fixés!. Notre état est une petite image de l'instabilité du monde présent et de l’état d'étrangers et de voyageurs que nous portons tous en cette vie. Quand il ne serait bon qu’à nous en faire souvenir, il nous devrait, par ce seul endroit, être cher et aimable.

Quesnel à M°° de Fontpertuis, à Paris

Liège, 10 juin 1690.

Ne soyez pas en peine ni du P. provincial | Arnauld], ni de son compagnon de voyage [Quesnel|. Après les fatigues de sa visite, il n’a pas laissé de jouir d’une parfaite santé, et notre Dieu à eu soin de nous trouver un lieu de retraite et de repos, où l’on nous a accueillis avec toute la Joie et la bonté que l’on pouvait désirer?.

1. Depuis de longues années, Arnauld et le P. Quesnel vivaient tranquilles à Bruxelles sous la protection du gouverneur des Pays-Bas, M. de Grana, puis de son successeur, M. Agurto. Mais M. de Castanago, gouverneur en 1690, à la suite de quelques difficultés avec l'université de Louvain, signifia à nos exilés de quitter la ville au plus vite. Le 3 avril 1690, Arnauld écrit au gouverneur :

« On aura peine à comprendre qu'il soit honorable à la religion de voir un prêtre et un docteur réduit à chercher, parmi les hérétiques qu'il a combattus toute sa vie, un asile assuré, faute d'en pouvoir trouver dans les états d’un roi catholique. Le monde ne sera pas moins surpris, en considérant une monarchie, qui a toujours signalé son humanité et sa générosité envers les étrangers, refuser de continuer à un prêtre, âgé de près de quatre-vingts ans, sa protection, et l'obliger, à cet âge et dans l'agitation universelle de l'Europe, à exposer sa vie et sa liberté pour chercher ailleurs un asile dont il jouissait depuis si longtemps. » |

2, Arnauld écrit, de son côté, à du Vaucel:« Nous sommes parfaitement bien, étant avec des personnes fort généreuses et qui ont pournous

On y a soin de prévenir tous nos besoins, et Jamais on ne sentit davantage que Dieu dispose du cœur des hommes que nous l'avons fait, quand nous avons vu commentil a ouvert celui de quelques personnes en notre faveur.

Quesnel à du Vaucel, à Rome

Liège, 15 juin 1690.

Nous avons bien de la joie de ce que la béatification de M. de Palafox! s’avance. Ce sera un terrible coup pour la société de voir un Jour sur le calendrier un homme si déclaré contre les dérèglements de leur corps. Je ne sais s'ils en feront l'office de bon cœur.

Quesnel à du Vaucel, à Rome Liège, 22 juin 1690.

M. Davy lArnauld| est, depuis près de quinze jours, très incommodé d’un rhume très obstiné et qui le fatigue extrèmement par la toux qui l'accompagne. Dieu a déjà reçu les prières que vous ferez pour sa guérison, puisque tout lui est présent.

Nous sommes ici chez les plus honnètes gens du

monde. Le maître de la maison est un homme très zélé

pour la vérité et qui n’épargne rien pour faire que nous soyons bien chezlui. J’admire la conduite de Dieu qui une tendresse etune affection inconcevables. Nous ne laissons pas néan-

moins de désirer, si cela se peut, de retourner à notre gîte. » 1. Jean de Palafox, saint évêque espagnol, en lutte toute sa vie avec

les jésuites, et dont le roi d'Espagne demanda la canonisation au pape

Clément XIII. Cette affaire ne fut pas suivie. On trouve le détail des

démèêlés de Palafox avec la compagnie de Jésus, dans le tome IV dela .

Morale pr qnuue des Jésuites de M. Arnauld.

sait trouver et placer ceux qu'il aime et qui leur procure des amis dans la personne des plus inconnus. La noblesse nous a exclus de Bruxelles ; le clergé ne nous a pas voulu recevoir en Hollande; le tiers état nous a ouvert son cœur, sa maison et tout ce qui dépendait de lui, en la personne d’un magistrat. Nous en trouvâmes

trois du même corps, qui nous reçurent avec toute la

cordialité possible et qui avaient été deux ou trois jours au-devant de nous par un endroit par où ils croyaient que nous arriverions.

M. Ernest [Ruth d’Ans] vous mande sans doute qu’on a fait imprimer en France un livre de 138 pages, intitulé : Les Véritables Sentiments des jésuites sur le péché philosophique, où l’on réfute leurs trois lettres et où on leur apporte tous leurs Pères qui ont soutenu cette doctrine.

C’est une bonne pensée que de mettre le livre de M. Queras! sur le tapis, pour faire diversion et pour les instruire ; mais c'est dommage qu'il est en français.

On me mande de Paris que, dans deux ou trois mois, on aura un premier volume in-4° d’une Histoire ecclésiaséique de M. Fleury, précepteur des princes de Conti; ‘que M. de Meaux a fait imprimer les Psaumes en deux volumes, avec de petites notes de sa facon. Il y met la Vulgate et la version sur l’hébreu.

Quesnel à M"° de Fonteprtus 24% juin 1690,

Notre bon Père abbé [Arnauld| est fatigué, depuis plus de quinze jours, d’un rhume qui a été violent et

À. Mathurin Queras, docteur de Sorbonne, né à Sens en 1614, mort à

Troyes en 1695, exclu de Sorbonne pour refus de souscrire à la censure contre Arnauld et de signer le formulaire. Quesnel doit parler de son ouvrage sur l’Altrilion, paru en 1685.

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composé de plusieurs fluxions qui se sont succédé l’une à l’autre. Les efforts ont été grands, beaucoup de nuits fâcheuses, les éjections abondantes, et avec cela on ne peut pas dire qu’il ait eu la fièvre, quoiqu'on ait senti quelquefois son pouls un peu plus élevé et plus fréquent. Il est assez tranquille présentement, et j'ai cette confiance qu'il sera bientôt quitte de ce qui lui reste. Il a souhaité que je vous fisse savoir cel accident, quoiqu'il soit persuadé qu’on vous l’aura écrit du refuge qu'il a quitté, il y a près de trois mois.

Quesnel à du Vaucel, à Rome 28 juin 1690.

Il y a trois semaines que nous avons notre abbé [Arnauld] malade de fluxions etcatarrhes fort opiniâtres. On le purge aujourd’hui pour ladeuxième fois. Il a beaucoup travaillé sa poitrine à force de tousser, d’expectorer et d’arracher ses phlegmes; mais, Dieu merci, elle ne s’est point enflammée ni causé de fièvre. Quoiqu'il tousse encore beaucoup, je crois néanmoins que le mal est sur le déclin. Nous avons un autre ami malade, à Paris, qui nous donne bien de l’inquiétude : c'est M. Michelin [Pontchäteaul, qui a, depuis les huit heures du soir du mardi (il y eut hier huit jours), une fièvre continue. Le 24 qu'on m'écrivait, 1l avait déjà été saigné six fois, trois palettes à chaque fois. Depuis vingt-quatre heures, il était survenu une toux qui le tourmentait fort, et il était dans un extrème abattement. Nous perdrions beaucoup si nous perdions un tel ami. Dieu est le maitre, il sait ce qu'il en veut faire.

M. l'abbé ni sa compagnie ne sont point, comme vous l’aurez déjà appris, à M***, mais à quatre ou cinq lieues de là. Ils sont chez des amis très zélés et très affectionnés à la vérité. On peut dire qu'il y en a dans

ce lieu-là beaucoup plus qu'au lieu où ils étaient, il y a trois mois.

M. Ernest {Ruth d’Ans] vous a envoyé, il ya huit jours, dix pistoles pour aider aux faux frais que vous êtes obligé de faire en ports et en écritures, ce que je crois vous devoir dire, et pour que vous ne les partagiez pas, comme vous fites l’autre fois, en vous réservant peu de chose.

Je viens de lire la lettre de l’empereur au cardinal . Médicis et une du P. Massoulié au P. d’Elbecque, dominicain de Louvain, très zélé pour la vérité et les amis.

Il lui parle de la censure de Salamanque; il lui demande tout ce qui s'imprime pour le Père général. Il fait les mêmes plaintes que vous avez marquées de ce qu'on ne se ménage point assez sur Jansénius, sur la grâce suffisante, sur les millions de milliards. Le P. d’Elbecque lui envoie la troisième partie de la Tradition. Ainsi votre ménagement aura été inutile!. Il y trouvera les fantômes dont il a peur. Je crois qu'il faut se ménager, quand on le peut faire sans que la vérité, la justice et la charité en souffrent; mais il y a des occasions où c’est une lâcheté criminelle de ne pas défendre des gens calomniés, sous prétexte qu'ils sont

odieux. C’est beaucoup qu'on laisse en repos ceux qui ont flétri injustement un évêque très catholique; mais il faut arrôter la liberté qu’on se donne de les déchirer à cause qu'on les a flétris. Je ne mettrais guère de différence entre signer dans le formulaire la condamnation d'un évêque catholique, et le laisser condamner par d’autres par timidité et respect humain. Les Pères agissent conséquemment, ayant signé le formulaire ; il faut que ceux qui ne l'ont passigné agissentaussiconséquemment qu'eux.

1. M. du Vaucel voulait cacher ce troisième volume au P. Massoulié, 1 10

Quesnel à du Vaucel, à Rome

5 juillet 1690.

Quoique M. notre abbé ne soit pas encore tout à fait.

rétabli, son rhume est néanmoins beaucoup diminué. Il ne tousse plus tant et jette moins de phlegmes ; mais il est extrèmement dégoûté et, ayant voulu manger une aile de poulet à diner, il a fallu quitter à la première bouchée et faire cuire des œufs à l'ordinaire. Cela retarde bien toutes choses.

Je vous ai préparé à la triste nouvelle de la mort de notre ami | Pontchdteau]. Ce fut le 27, à cinq heures du

matin, qu'il quitta la terre pour aller vivre au ciel M

d’une meilleure vie. Il a toujours fait un usage bien chrétien de son esprit, Jusqu'au dernier soupir, à une heure près. Un de ses neveux, le duc de Coislin, voulut le voir la veille; mais 1l pria qu'on ne le laissât pas entrer, voulant mourir dans l’oubli et l’éloignement de la grandeur et séparé de la chair et du

sang, comme il avait vécu. Enfin il est mort de la … mort des justes ; il est enterré à Port-Royal, quoique

ses parents eussent bien souhaité Je faire enterrer dans le tombeau de leur famille. On dit que le bruit s’est répandu dans Paris qu'il était mort en saint et que

tout le monde va, ou plutôt a été en foule le voir. Vous

jugez bien qu'encore que cela console extrêmement et

qu'il n'y ait pas sujet de le souhaiter encore sur la « terre, nous ne soyons tout à fait touchés de cette séparation. Tout Je monde s'en va, et ceux qui étaient les plus zélés pour les intérêts de Dieu. Il en faut deman-

der d’autres à celui qui les forme par son esprit.

1. Plusieurs de ses parents vinrent le voir, la veille au soir de sa mort, et, n'étant pas admis près de lui, le regardèrent entre les fentes d’un

rideau sans être vus:

dé cod er de 2 AE OT AT a LES SR rl CS 5 1

Je laisse à M. Ernest [Ruth d'Ans] le soin de vous mander des nouvelles de la sanglante bataille donnée à neuf lieues de Bruxelles!. Ce sont des morts bien d'une autre espèce que celui dont je viens de vous parler.

On me mande que le Languedoc donne douze mille hommes au roi, et le clergé lui a donné douze millions.

Nous avons été bien aises de voir dans l'index les livres des adversaires de la grâce de Jésus-Christ. Je crois qu'on vous enverra bientôt un nouveau libelle dont on nous écrit de Hollande et qui paraît diabolique.

Il faut ménager ce P. Guzman*. Il peut servir en Espagne. Il est très vrai que la reine d’Espagne? et toute sa famille est possédée par les jésuites. On dit que l’impératrice sa sœur est fort raisonnable. Le prince de Salm*, gouverneur du roi de Hongrie, est très bien disposé et fort éloigné de se laisser conduire par les Pères noirs. Je le sais certainement. Le jeune prince a confiance en lui, quoique les jésuites aient fait leur possible pour le révolter contre ce gouverneur. Un jésuite en fut chassé de Vienne.

Il serait à propos, maintenant que M. Casoniÿ n’est

1. Victoire de Fleurus, remportée par le maréchal duc de Luxembourg, le 30 juin 1690.

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