SCÈNE X Colardeau, Dardard
Dardard, sans voir Colardeau. Ah ! j’en ai mal à la gorge . . . c’est éreintant de se débattre comme ça avec une sourde . . . Elle est laide !... c’est étonnant, avoir une fille aussi jolie . . . Après ça, la nature se plaît aux antithèses. (Il aperçoit Colardeau, à part.) Tiens ! un musulman ! Il ne me voit pas . . . ma fiancée est là . . . si je . . . par le trou de la serrure ... (Il regarde à gauche de premier plan et recule épouvanté.) Ciel ! Qu’ai-je vu !... ce n’est pas celle-là ... je me serai trompé de porte . . . j’aurai suivi un autre père, je serai monté derrière un autre fiacre ... Et moi qui ai signé . . . Ah ! malheureux Dardard !
Colardeau, se levant. Dardard ! c’est vous? . . .
Dardard. Oui . . . Bonjour . . . Allah ! allah !
IO
Colardeau. Et moi qui lui écrivais . . . Dieu est grand !
Dardard. Et Mahomet est son prophète ! Allah ! allah! ( A lui-même) Que faire? C’est qu’elle res- 5 semble à sa mère, la malheureuse !... c’est une Pontbiche t !
Colardeau, lui 'présentant sa lettre ouverte. Monsieur, lisez ça !... ça vous intéresse . . .
Dardard. Non ... si c’est pour affaire ... je suis io sorti. ( A part.) Pontbichet n’est pas là . . . ( Prenant son chapeau.) Le moment est bon . . . c’est le seul moyen. (A Colardeau.) Si l’on demande après moi, vous direz que je vais revenir, que je suis allé . . . me faire faire la barbe ... au Kamtschatka ! Bonjour !
15 (Il remonte vivement.)