SCENE
DARDARD.
Deux heures du matin... Mais ça ne fait rieu... je n'y tiens plus 1 je n'y tiens plus !
pon tbichet, à part, effrayé.
Deux heures... j'ai peut-être eu tort d'ouvrir ma porte...
DARDARD.
Monsieur, je suis un jeune homme pressé, dites-moi tout de suite si c'est vous?
PONTBICHET.
Moi ! quoi?
DARDARD.
Le père... ou non?
PONTBICHET.
Ah ça 1 si c'est pour jouer à ce jeu là....
DARDARD.
Etiez vous, oui ou non, ce soir au théâtre de monsienr Dormeuil ?
Oui, en famille... Mais je ne vois pas...
DARDARD.
Occupicz-vous le n° 13, second rang, première galerie, côté gauche?... dites moi si vous étiez bien ?
PONTBICHET.
Oh! extrêmement bien...
DARDARD.
Enfin, n'y avait il pas près de vous une jeune fille... avec des yeux ! un nez !... une bouche !...
PONTBICHET.
En effet... ma fille Cornélie... Après?
dardard, ôtant son paletot.
Ça suffit. (Il paraît en habit unir, gants blancs, costume de prétendu.) Monsieur, je suis un jeune homme pressé, Ernest Dardard Lacassagne, de Dumirac, près de Bordeaux ; et j'ai l'honneur de vous demander la main de mademoiselle Cornélie, votre fille.
PONTBICHET.
Ah ça ! monsieur, vous flanquez-vous de moi ? Comment! vous venez à deux heures du matin violer mon sanctuaire !... et me conter vos polissonneries !...
DARDARD.
Il me semble que ma démarche...
PONTBICHET.
Sortez 1
Par exemple !
PONTBICHET.
Monsieur, je vous préviens que ma table de nuit contientdeux objets !...
k UN JEUNE HOMME PRESSE.
dardard, l'arrêtant pudiquement.
Chût ! on ne nomme pas ces choses-la !
pontbichet, continuant.
Une paire de pistolets pour les malfaiteurs, et un verre d'eau sucrée pour moi... quand je tousse.
DARDARD.
En vérité ! eh bien !
Air de V Apothicaire.
Woi, je blâme cet imbroglio.
Des pistolets, de l'eau sucrée!
On croirait pour un quiproquo La chose à dessein préparée.
Voyez d'ici l'affreuse erreur..
Vous pourriez, prenant l'un pour l'autre, Sucrer... la cervelle au voleur, Et percer un trou daus la vôtre.
PONTBICHET.
Ah ça, monsieur, vous faites de l'esprit... moi j'ai envie de dormir.
DaRDARD.
Recouchez-vous.
PONTBICHET.
Quand vous serez parti.
Moi ? partir ! sans l'avoir vue 1 sans avoir revue Cornélie I
PONTBICHET.
C'est ça, je vais la faire habiller pour vous.
DARDARD.
Ah ! je ne demande pas ça !
PONTBICHET.
C'est heureux.
DARDARD.
Qu'elle vienne comme elle est... ce n'est pas sa robe que j'aime? ce n'est pas sa robe que j'épouse...
PONTBICHET.
Mais, monsieur...
DARDARD.
Ah ! vous ne me connaissez pas ; je suis de Bordeaux, monsieur !... j'ai la tête chaude !...
PONTBICHET.
Qu'est-ce que ça me fait !
DARDARD.
Et h Bordeaux, quand on aime, quand on distingue une jeune fille au spectacle, on ne s'informe ni de son rang, ni de son nom, ni de sou sexe...
PONTBICHET.
Mais, monsieur...
SCSXE I. o
DARDARD, s'dliillHint.
On la suit. Si elle monte dans un fiacre, on galope , on traverse les ponts, on rejoint le sapin, on grimpe derrière...
PONTBICHET.
Mais monsieur...
dardard, de même.
On reçoit un coup de fouet, v'ian! ça ne fait rien... on tombe, on se relève, on arrive chez le père !
PONTBICHET.
Mais, monsieur...
dardard, continuant.
Un gros qui dort; on lui dit: Réveillez-vous, habillez-vous, mariez-nous !
PONTBICHET.
Est-ce que vous êtes tous comme ça a Bordeaux ?
DARDARD.
Tous !
PONTBICHET.
Eh bien! à Paris c'est différent ; quand on nous'réveille... nous prenons un bâton, bien rond, que nous cassons, sans façon, sur le Gascon.
DARDARD.
Tiens nous jouons au corbillon ! qu'y met-on?
PONTBICHET.
Terminons.,.
Ah!... le mot est bon.
POMBICHET.
Vous désirez voir ma fille ?
DAKDARD.
Oui.
PONTBICHET.
Eh bien ! vous ne la verrez pas...
DARDARD.
Très-bien !
PONTBICHET.
Vous demandez à l'épouser?
DARDARD.
Oui.
PONTBICHET.
Eh bien ! vous ne l'épouserez pas.
DARDARD.
Très-bien !
BONTBICHET.
Maintenant, mon petit ami, je vais vous mettre à la porte.
DARDARD.
Non.
^^ PONTBICHET.
Savez-vous que je suis plus gros que vous... et par conséquent plus...
DARDARD.
Gras?
PONTBICHET.
Non, plus fort.
DARDARD.
En entrant, j'ai fermé votre porte à double tour, et j'ai mis la clé dans ma poche... la voici ! '
PONTBICHET.
Eh bien ?
DARDARD.
Pour rester, il ne tiendrait qu'à moi de la lancer par la fenêtre !
PONTBICHET.
Oui, mais je vous ferais prendre le même chemin.
DARDART.
Non.
PONTBICHET.
Pourquoi ?
DARDARD.
Parce que, casser un Gascon, c'est très-cher, c'est un grand luxe !... Ça se paie double.
po^tbicuet, à part.
Il a raison.
DARDARD.
Tenez, je suis bon diable, je sors de bonne volonté !... mais pour revenir... Dites-donc, je vais toujours acheter la corbeille.
PONTBICHET.
La corbeille !
DARDARD.
Oh ! soyez donc tranquille ! je ferai bien les choses.
PONTBICHET.
C'est trop fort !...
DARDARD.
Au revoir... beau-père !