CHAPITRE PREMIER
lia Liane.
S'élancer dans l'espace, monter toujours, s'éloigner de la Terre et s'enfuir à tire-d'aile vers la Lune, descendre sur son sol argenté, parcourir des plaines et des vallées inconnues, examiner en détail la structure de ce ^lobe suspendu au-dessus de nos têtes, revenir enfin raconter aux Terriens les prouesses de ce lointain voyage... quel rêve!
Et tous nous l'avons fait à quelque soir d'automne, lorsque revenant mélancoliques d'une excursion terrestre, le mince croissant de la nouvelle Lune s'élevait sur le fond du ciel encore teinté des lueurs du crépuscule.
. Ceci me rappelle un autre soir de va eances passées en Solcgne, mon pays natal; j'avais accompagné mon père dlOfi une tic ce- promenades qu'il affectionnait particulièrement, et où il ne laissait passer aucune occasion de développer en moi le goût pour les phénomènes si variés que la nature »t à chaque instant sous nos yeux.
Derrière nous le soleil s'était couché, la nuit s'annonçait d'une pureté parfaite.
Nous cheminions à travers un rentier bordé de genêts et de bruyères ; un pâtre en chantant ramenait lentement ses troupeaux vers l'étable, mais peu à peu, avec l'approche de la nuit, les mille bruits de la Terre s'éteignirent; on eût dit que la nature se recueillait en silence, pour mieux préparer l'homme à goûter le charme d'un ciel bientôt panel'étoiles.
Maintenant que les teintes B'étaienl atténuées, mon imagination d'enfant s'en donnait à cœur joie.
La grande plaine monotone se déroulait jusqu'à l'horizon qu'elle paraissait joindre, et je pensais que la me. devait présenter pareil spectacle. Les touffes deî iiautes herbes mettaient çà, et là des I ches grises sur le sol, et j'en fis de gran vagues; les bouquets de sapins irrégulièrenient dispersée an loin, masses s i indécises, émergeant de F ensemble, de-
vinrent d'immenses bateaux dont je dis-
is les mâts se balançant mollement
uffle de la brise du 6oir.
Tout à coup une lueur d'incendie
s'alluma derrière eux, le disque rougeâ-
Kllief de la Lune construit par la l,irra astronomique g. tliomas, a paius.
tre de la pleine Lune se dégagea des objets terrestre*, et, immédiatement mon esprit fut aiguillé vers d'autres pensées.
Pourquoi la Lune n'apparaît-elle pas toujours ronde?
Que signifient ses phases?
Le visage qu'elle présente n'est qu'une grossière apparence, je le savais, et souvent j'avais dirigé sur co disque éclatant une modeste longue-vue, le seul instrument astronomique qui fût alors en ma •n.
Ces taches grisâtres aperçue , à l'œil nu paraissaient plus nettes avec un gros-
sissement de 10 fois, mais ma lunette ne suffisait guère à me montrer les cirques et les cratères lunaires. Je les soupçonnais bien quelque peu, toutefois mon ambition rêvait déjà d'instruments plus forts.
Est-il vrai, demandais- je souvent à cette époque, que la Lune est parsemée de montagnes gigantesques, que sur son sol un homme pourrait marcher, se tenir debout, photographier des paysages ?
Et ces cratères aperçus dans notre satellite, ont-ils été de véritables volcans dans les âges précédents?
Si l'homme avait vécu au temps des Brontosaures et des Iguanodons, aurait -il pu apercevoir les panaches des éruptions lunaires?
Pourquoi cet astre qui tourne autour de nous montre-t-il les mêmes apparences depuis que l'homme contemple son énigmatique surface?
Sur la Terre les générations se sont succédé; les hommes l'ont peuplée et envahie.
Chaque soir le laboureur revenant à la ferme a examiné le firmament.
A l'heure où la civilisation [rie des villes, et l'éclairage ar-
tificiel, éteint les étoiles et dérobe au citadin le spectacle de l'univers, l'homme de la campagne contemple le ciel étoile et se pose toujours les mêmes questions sans chercher à les résoudre.
A l'école on lui apprend la division de la Terre en compartiments et anches; il 6ait par cœur les hauts faits des héros sanguinaires; il sait la date de la bataille de Crécy, où pour la première fois on vit apparaître un instrument lançant des projectiles meurtriers; il connaît la propriété des explosifs et celle de la balle des fusils modernes.
Ceux qui possèdent la fortuiK' ne vi-
vent pas davantage en contact avec la nature : les réunions mondaines, les jeux, les théâtres, les courses, forment le fond de leurs occupations futiles et sans but. La littérature à la mode reflète cette vie désœuvrée et inutile : la plupart des romans étalent au grand jour les tares d'une société décadente, et, sous prétexte de psvchologie, raconte les écarts désordonnés des passions.
Le progrès industriel et matériel envahit tout et c'est un bienfait, mais le progrès moral ne le suit pas ; on abandonne l'étude de la nature, on fuit le contact des phénomènes qui pourraient infailliblement nou6 conduire aux grandes questions de la science et de la philosophie.
Depuis les Egyptiens, les Grecs et tous les anciens peuples qui ont engendré notre civilisation, les hommes sont restés tout aussi ignorants des grandes question» qui seules méritent d'occuper un cerveau pensant.
L'homme, penché sur la Terre, ne regarde plus le ciel et ne rend plu6 hommage à son Auteur.
Interrogez un millier d'habitants de notre planète, et demandez-leur où ils 6ont: parlez devant eux du Système solaire, de Jupiter, de Saturne, ou des étoiles, un seul à peine — et encore ! — vous entendra peut-être et comprendra qu'en dehors de nos mesquines préoccupations journalières il est d'autres sujets intéressants.
Presque tous en sont restés, au point
de vue astronomique, non à l'époque de Péricîès ou d'Auguste, mais à celle de l'âge de la pierre.
Et cependant que à? progrès accomplis dans toutes les sciences physiques en général, et dont l' Astronomie a été la première à bénéficier !
Nous pouvons répondre maintenant à des questions dont la solution paraissait autrefois d'une insurmontable difficulté.
Les découvertes en Astronomie physique nous initient de jour en jour aux Merveilles des Mondes lointains.
Que dire de ceux qui sont plus proches de notre patrie terrestre, et que nous avons étudiés sommairement en passant Quelques Heures dans le Ciel !
Ceux-là se laissent examiner par nos magnifiques instruments ; ils font partie de notre famille, sont liés à notre sort et « rien de ce qui ies intéresse, selon le mot renouvelé du philosophe antique, ne devrait nous être étranger ».
Ce rêve de visiter des mondes si différents du nôtre, la science peut le réaliser, grâce à la pénétration des instruments qu'elle met à notre disposition.
Les notions acquises vont nous permettre désormais d'entrer dans l'étude détaillée de chaque globe planétaire, et comme la Lune est de tous les astres du firmament celui qui est le plus proche, il est tout naturel de commencer nos excursions célestes sur ce monde voisin que les lois de l'attraction unissent à notre planète par des liens aussi subtils que mystérieux.
Le '.IHQUE Guti l. BERG.
[Dessin de M. Hoitnoral.)
Frontispice de a l'Almagestum Novum » de Riccioli (1561). CHAPITRE 11
lies anciennes observations.
Depuis l'apparition de l'homme sur la Terre, il n'est pas certain, quoi qu'on en dise, que l'intelligence humaine ait progressé d'une façon notable.
Il y avait parmi les anciens, n'en doutons pas un seul instant, des hommes supérieurs à tous points de vue, et l'étude de leurs écrits, de leurs préoccupations, de leurs théories est bien propre, tout en contribuant à nous pénétrer de l'imperfection de nos connaissances, à éclairer d'une lumière nouvelle nos récentes acquisitions.
Lorsqu'il s'agit d'étudier une science, la seule méthode acceptable est celle qui
consiste à suivre son développement et son évolution à toutes les époques de l'histoire. Un tel procédé nous montrera immédiatement que toute science s'accroît à la façon des êtres vivants : un progrès notable est toujours préparé de longue date et n'arrive jamais brusquement ; °omme dans un organisme aussi, les déchets s'éliminent peu à peu, cédant leur place à de nouvelles substances.
Au cours de ces causeries familières, la science de la Lune, la Sélénographic, nous en fournira de nombreux exemples.
Sans parler des rêveries mythologiques assignant à la Lune la personnalité
de Diane ou de Phcebé ou affirmant que le lion de Xéinée était descendu de notre voisine pour terroriser les mortels, il est fort intéressant de rechercher les opinions anciennes sur notre satellite, à des époques où la lunette était un instrument tout à fait inconnu.
Achille Tatius, qui écrivait trois siècles avant Jésus-Christ, nous a rapporté les opinions de ses prédécesseurs immédiats.
Pour les uns, la Lune n'était qu'un fragment détaché du Soleil, et de nos jours Laplace n'a guère trouvé mieux; pour d'autres, elle était formée d'exhalaisons terrestres qui ont pris feu dans les hautes régions du ciel.
Dans sa traduction de Plutarque, Amvot dit quelque part, en citant un disciple d'Aristote, que, pour ce dernier, « les images et figures de la grande mer océane, apparaissaient en la Lune comme en un mirouër ».
-bien des philosophes antiques avaient ;fet remarqué la liaison entre les phases lunaires et la position du Soleil, et cette idée de miroir appliquée à la Lune était devenue courante : « C'est, dit encore l'auteur déjà cité, le plus beau, le plus net mirouër en polissure unie et en lustre qui fût au monde. »
Toutes ces fantaisies étaient fort loin
La lunettf- de Galilée consiste en un verre convexe, servant d'objectif et un verre r,,ncave comme oculaire.
de la réalité et les premières lunettes astronomiques allaient plonger les astronomes anciens dans la stupéf action.
Nous avons vu dans les Merveilles des Moi"',, que la lunette d'approche n'a pas
été inventée par Galilée, mais c'est à ce 6avant que revient l'honneur d'avoir le premier appliqué l'instrument à l'étude du ciel.
Cela ne peut faire aucun doute et Galilée lui-même s'en explique dans son Sidereus Nuncius paru en mars de l'année 1610 :
« Il y a environ 10 mois que l'on m'apprit qu'un certain Hollandais avait imaginé une lunette, à l'aide do laquelle il voyait les objets éloignés aussi clairement que s'ils étaient rapprochés.
Cet instrument servait déjà à faire quelques expériences auxquelles les uns ajoutaient foi et que niaient les autres.
« Et c'est ce qui me fut confirmé peu de jours après dans une lettre que m'adressait de Paris, le Français Jacques Badovère. Tout cela enfin me fit appliquer entièrement aux moyens d'arriver à l'intervention d'un procédé semblable, et j'y parvins, en effet, peu de temps après à l'aide de la théorie des réfractions. Je me construisis donc d'abord un tube de plomb, aux extrémités duquel j'adaptai des verres de lunette, qui avaient tous deux d'un côté une face plane, tandis que de l'autre côté l'un des verres était convexe et l'autre concave, puis approchant l'œil de la face concave, je voyais les objets assez rapprochés; ces objets paraissaient trois fois plus près et neuf fois plus grands que dans la vue naturelle.
« Je me suis ensuite fabriqué un instrument plus exact qui grossissait les objets plus de 60 fois.
« Enfin n'épargnant aucune peine, ni aucune dépense, je suis parvenu à me construire un instrument si excellent, qu'il me mit à même de voir les objets 1 000 fois plus grands que la vue simple. »
Au sujet de6 grossissements dont parle ici Galilée, il faut entrer dans quel nues détails nécessaires pour comprendre ce texte un peu ambigu et pour fixer une notion qui revient souvent dans les sujets astronomiques.
Considérez un carré de 1 centimètre
de côté, et augmentez de deux fois ses dimensions linéaires. Que deviendra-t-il?
Chaque côté du nouveau carré aura 2 centimètres de longueur et la surface primitive qui mesurait 1 centimètre carré sera devenue 2 x 2 = 4 centimètres carrés.
Ainsi en doublant les dimensions on quadruple la surface; en triplant les côtés, la surface deviendrait 3x3 = 9 fois plus grande.
Il a été convenu depuis longtemps en Physique que les grossissements des instruments seraient toujours présentés en unités linéaires. Parlons-nous d'un microscope grossissant 12 fois, nous voulons dire que dans l'objet considéré chaqu?
dimension est 12 fois plus grande.
Galilée, pour frapper sans doute l'imagination de ses contemporains, avait recours volontiers au procédé imaginé par certains constructeurs d'instruments d'optique, annonçant pour leurs microscopes des grossissements de 144 fois; ils oublient intentionnellement d'ajouter a en surface b ce qui correspond au grossissement linéaire de 12 fois.
Cette règle s'applique à un objet quelconque même différent du carré, comme un polygone ou un cercle.
La première lunette de Galilée grossissait 9 fois la surface, c'est-à-dire 3 fois en unité linéaire.
Plus tard, il est vrai, qu'il en construisit grossissant 32 fois le diamètre des astres, c'est-à-dire 32 x 32 = 1 024 fois en surface.
Nous avons donné dans Quelques Heures dans le Ciel une reproduction de ces appareils conservés aujourd'hui au musée de Florence.
Galilée était à Venise lorsqu'il apprit la découverte de la lunette. Il revint aussitôt à Padoue où il occupait une chaire de mathématiques, et c'est là qu'il construisit 6on premier appareil avec les verres qu'il avait sous la main.
Plus tard, il offrit une lunette dont le grossissement était de 32 foie au Doge Leonardo Donati, puis une autre du même genre au Grand-Duc de Toscane.
Le Sénat de Venise émerveillé de cette invention, le confirma dans sa charge de professeur pour toute sa vie, au traitement de mille florins, et le Grand-Duc de Toscane le combla de présents.
Lorsqu'on double les dimensions d'un carre, ou
obtient un nouveau carré quatre fois plus ^rand
on surface.
■ Il serait superflu, ajoutait Galilée dans le texte cité, d'énumérer les avantages que procure l'emploi de cet instrument, tant sur terre que sur mer. Mais, laissant là les choses terrestres, j'ai dirigé mes recherches vers le ciel en commençant par la Lune. »
Et ce que vit Galilée était bien propre à exciter l'admiration de ses contemporains.
Il découvrit d'abord de6 montagnes, des taches plus ou moins brillantes, des cavités circulaires qu'il compara aux yeux de la queue d'un paon.
Au moment des phases, la démarcation entre l'ombre et la lumière lui apparut sous la forme d'une ligne irrégulière, raboteuse, et il en tira cette conclusion logique que la Lune était loin d'être parfaitement polie et sphérique. Alors comment expliquer qu'au moment de la pleine Lune, le contour ne présentait ni saillies ni anfractuosités ?
A cette question Galilée trouva deux réponses fausses en partie : ou bien la Lune est entourée d'une atmosphère lumineuse qui agrandit 6on disque apparent, et fait disparaître les sinuosités, ou bien les montagnes vues en perspective se recouvrent les unes les autres.
En réalité, il fallait observer qu'un objet éclairé de côté projette une ombre qui découpe se6 sommets et met en valeur les irrégularités.
Avec nos télescopes actuels les bords lunaires sont loin d'être aussi réguliers quils le paraissaient dans les modestes instruments du commencement du xvne siècle. Il faut toutefois savoir gré à Galilée d'avoir noté un autre phénomène, très important, qui le mit sur la voie d'une méthode ingénieuse pour mesurer la hauteur des montagnes lunaires.
En raison de la convexité de la Lune,
Le premier dessin de la Lune, exécuté par Galilée en
1010, lui montra que le <dobe lunaire offre des saillies
et des anfractuositrs.
lorsque le Soleil se lève sur une région, ses rayons commencent d'abord par illuminer le- hauts sommets des montagnes.
De la Terre, l'astronome aperçoit donc une tache lumineuse séparée de la partie éclairée par. une bande noire correspondant aux vallées plongées dans l'ombre.
Mais il est facile, dans ces conditions, de mener un rayon solaire tangent au l^>rd de la Lune; cette droite atteignant le -ommet de la montagne forme avec deux rayons menés au centre de la Lune un véritable triangle rectangle dont nous pouvons mesurer les côtés. Par le calcul, on en déduit immédiatement la hauteur du sommet éclairé.
La considération de l'ombre portée par un pic élevé conduirait aux mêmes conclusions et, depuis, les astronomes n'ont pas manqué de perfectionner ces méthodes.
Quoi qu'il en soit, il demeure bien certain qu'en 1610 il se fit une véritable révolution dans les idées admises à l'époque sur la constitution de la Lune. Grâce aux constatations de Galilée, il devint indiscutable que notre satellite offrait les apparences d'un monde analogue à la Terre, avec un relief plus accusé en certaines régions.
Cette réduction de notre planète possédait-elle des mers, des fleuves, des forêts? Etait-elle habitée?
C'est ce que l'observation ne permettait pas de décider encore et l'imagination des savants pouvait, « la bride sur le cou », se livrer à toutes les fantaisies permises aux- littérateurs et aux poètes. On ne manqua pas une si bonne occasion et les voyages dans la Lune fournirent aux auteurs un thème d'autant plus facile à exploiter que les données positives manquaient presque entièrement.
Galilée était-il cependant, ainsi qu'on le répète, le premier à avoir distingué des montagnes dans la Lune?
L'Histoire, on l'a dit bien souvent,, n'est qu'un perpétuel recommencement.
La trouvaille récente des instruments qui rapprochaient les objets n'était-elle pas une redécouverte et faut-il croire que les anciens ignoraient totalement l'emploi des verres grossissants et même des lunettes? Telle est la question que nous pouvons examiner ensemble avant de clore ce chapitre.
Anaxagore, au rapport de Diogène Laërce, prétendait que la Lune a des montagnes, des vallées et des habitants.
On a souvent traité ce passage de fantaisie pure, mais qui peut nous affirmer qu'en écrivant ces lignes, l'auteur des Vers orphiques ne se faisait pas l'écho d'une tradition lointaine venue de l'Egypte, de la Phénicie ou de la Chaldée?
Les notions scientifiques les mieux assises se perdent comme les civilisations >
ât il m'a. paru intéressant de donner ici les conclusions d'une étude que j'ai faite autrefois sur ce chapi- :re peu connu de l'Optique des anciens.
Tout d'abord, le /erre était-il connu de .'antiquité? Cette proposition si discutée me tarait cependant hore le doute.
Dans un passage de es écrits, Aristophane 'apporte que, de son emps. on vendait des coules de verre chez les épiciers d'Athènes. Plus ard, Pline raconte que 'immense théâtre élevé l Rome par le gendre le Sylla, Scaurus, et jui pouvait contenir 10 000 spectateurs, posédait trois étages, dont e second était entièrement incrusté d'une moaïque de verre.
Au VIP livre des Récognitions, le pseudoclément rapporte que aint Pierre étant allé lans l'île d'Aradus, y it un temple dont les olonnes tout en verre, l'une grandeur et d'une ;ro6seur extraordinaires, xcitèrent encore plus on admiration que les >elles statues de Phidias lont ce temple était >rné.
Sénèque, dans ses ,) u es 1 io ?> 8 nai u i < ll< s, )arle des phénomènes le coloration que l'on iperçoit en regardant k travers des angles aillants de verre. Dès :ette époque on conlaissait donc le prisme
de coupes de verre blanc, qui, au dire de Pline, le disputaient en limpidité aux
\\f>- m)- télescopes actuels, les bords lunaires s<mi encore moins régulier qn'ils le paraissaient dans les premiers instruments Image non renversée
et la réfvaci io:i
Sous le règne de Néron, on se servait
coupes de cristal de roche taillé. Lc6 urnes lacrymales trouvées dane les tom-
beaux sont aussi en verre, et c'était sur des globes de verres qu'à la même époque on traçait les sphères célestes et les constellations.
Dans son Optique, Ptolémée a inséré une table des réfractions qu'éprouve un ravon lumineux en traversant le verre ; or, les indices de réfraction donnés par nos Physiques modernes s'en rapprochent tellement qu'il faut conclure que le verre
■ ^^1%-^iiiB
r ^fl
Lorsque les ravons du Soleil rasent la surface de la
Lune et viennent éclairer le sommet d'une montagne
élevée, il est facile par la considération d'un triangle
rectangle de mesurer la hauteur de la montagne.
de cette époque différait très peu de celui que nous fabriquons aujourd'hui.
Tous ces faits sont certains; ils ne prouvent pas, dira-t-on, que les savants antinues connaissaient les propriétés des Jentilles.
Sans doute, mais voici d'autres témoignages.
L'émeraude à travers laquelle Néron regardait les objets est devenue légendaire. Ce chaton de bague lui servait de monocle, mais Pline n'est pas très explià ce Bujet : c'était probablement une lentille concave.
' ndant, bien antérieurement, au iècle avant notre ère, Aristophane, dans sa comédie des Nuées, rapporte une singulière plaisanterie : Strepsiade explique à Socrate la propriété qu'ont les bou- Jes de verre d'allumer les corps combustible.. Par ce moyen, l'ingénieux person-
nage entrevoit la façon, dit-il, de se dispenser de payer ses dettes, en détruisant de loin toute espèce d'assignation dans les mains de ses créanciers sans qu'ils puissent s'en apercevoir.
Les Romains, héritiers de la science de6 Grecs, employaient pour cautériser les chairs, à défaut de la pierre infernale, des boules de verres exposées au soleil. Et, lorsque les Vestales, par négligence, laissaient s'éteindre le feu sacré, on devait le rallumer au moyen de la chaleur du Soleil concentrée par des sphérules de verre.
Lorsqu'en 1905, le gouvernement me confia la mission d'aller observer l'éclipsé totale de Soleil en Tunisie, je profitai de mon séjour à Tunis pour rendre visite au P. Delattre, qui a, comme on le sait, avec une patience admirable, ressuscité dans un musée unique au monde toute la civilisation carthaginoise.
Entre autres pièces remarquables, nous ne fûmes pas peu surpris, mes collaborateurs et moi, de trouver un camée gravé en creux et dont le dessin était dune rare perfection. Il représentait un cheval se grattant la tête à l'aide d'un pied de derrière. La crinière offrait de tels détails qu'elle me suggéra l'idée que l'artiste avait dû employer une loupe pour la ciseler. Et ce fut avec une lentille plan-convexe de cristal de roche, recueillie dans un tombeau de T'époque, que nous pûmes examiner le camée en détail. Depuis, j'ai appris que le cas n'était pas unique.
Il existe dans notre Cabinet des Médailles un cachet dit de Michel-Ange, qui date de fort loin et sur lequel quinze figures ont été gravées dans un cercle de sept millimètres de rayon : ces figures ne sont pas toutes visibles à l'œil nu.
Cicéron rapporte un fait plus extraordinaire encore : un artiste avait écrit sur un parchemin léger toute VIliade d'Homère, en caractères microscopiques.
On jugera de la délicatesse du travail, si j'ajoute que, au dire du même auteur, ce parchemin tenait en entier dans une coquille de noix.
La corne boréale de la Lune.
D'après une photographie.)
Pline raconte aussi que Mymécide avait sculpté sur un ivoire une figure représentant un quadrige qu'une mouche aurait pu recouvrir de ses ailes.
Les Grecs et les Romains connaissaient donc le pouvoir grossissant des lentilles optiques.
Si Ton en doutait encore, il suffirait de se rappeler l'histoire de la loupe trouvée au musée de Carthage ; dans les mêmes vitrines, on peut remarquer des lentilles analogues en verre, mais celles-ci ont été opalisées par le temps.
Déjà, en 1852, David Brewster présentait à la réunion de l'Association britannique, une lentille en cristal de roche qu'on venait de recueillir dans les fouilles de Ninive !
Il est donc tout naturel de penser que les anciens ont parfaitement pu arriver à la connaissance des instruments d'optique, tels que les microscopes et les lunettes; d'autant que ces instruments n'exigent d'une façon essentielle que l'assemblage de deux lentilles grossissantes.
\ Cette hypothèse est d'autant plus admissible que si l'on refuse aux peuples de l'antiquité cette connaissance intéressante, il devient impossible d'expliquer bon nombre de leurs assertions; celle-ci, entre autres, que j'emprunte à Démocrite.
Ce philosophe affirmait que la Voie lactée contient une quantité innombrable d'étoiles ; c'est le mélange confus de leur lumière qui est la cause de sa blancheur phosphorescente. Comment Démocrite aurait-il deviné pareille explication, s'il n'avait regardé dans une lunette, alors que chez les nations de son temps le peuple croyait encore à la légende des gouttes de lait échappées du sein de Jimon !
A moins que les anciens ne connussent le télescope, cet instrument formé d'un miroir concave réfléchissant. Et cette supposition n'est pas plus inviai- I ble que la première.
Certains écrivains citent à l'appui de cette thèse, les miroirs ardents qu'Archimède employa au siège de Syracuse, pour brûler les vaisseaux de Marceilus.
iMais il paraît bien démontré aujourd'hui que les miroirs en question n'étaient pas concaves, ni d'une seule pièce, mais formés d'un grand nombre
Porti; ut de Galilée.
après un tableau conservé au Muséi de Florence.)
de glaces renvoyant les ray aires
au même point .
Une telle disposition réalise la même concentration calorifique qu'un miroir d \ télescope, et, à l'aide de cent quarantehuit glaces, Bufion réussit autrefois à enflammer une planche de sapin de 49 m<
La critique, toutefois, s'e-t m< •
plus prudente lorsqu'il s'agit d'expliquer un fait rapporté par des historiens sérieux au sujet de la vision à l'aide d'un appareil inconnu.
lémée E vergeté, frère du roi Ptolémée Philadclphe, qui vivait au 111e siècle avant Jésus-Christ, avait fait établir au soir met du phare d'Alexandrie un instrument avec lequel on découvrait de très loin les vaisseaux. Beaucoup d'auteurs se sont demandé s'il ne s'agissait pas là d'un miroir concave.
La chose est très possible, mais je dois ajouter qu'un miroir de ce genre ne
suffit en aucun cas sans le secours d'une lentille pour rapprocher les objets, et rien ne s'opposait à cette époque à la réalisation de ce système optique. Cela ressort évidemment de tous les témoignages déjà cités.
Lorsque Galilée dirigea ses instruments ver6 la Lune, ce n'était donc pas la première fois peut-être que l'homme rapprochait les astres et qui nous assure que les prêtres de l'ancienne Egypte, du haut de leurs observatoires, n'ont pas assisté aux der.nières manifestations des volcans lunaires?
Cihçh/k lunmre d'Hkvklius.
•Dessin de M. Gaudibcrt.)
Le mouvement de la Lune autour de la Terre explique les phases de notre satellite. La pleine Lune a lieu lorsque notre satellite est derrière la Terre par rapport au Soleil. Au moment de la nouvelle Lune, le côte obscur est tourne vers nous. Au premier ou au dernier quartier, nous n'apercevons qu'une moitié éclairée.