CHAPITRE XI
li'aetioû de la liane sur* l'Homme et les Animaux.
Si l'on peut admettre que la Lune exerce une action eur les phénomènes végétatifs, on ne voit a 'priori aucune raison pour que 1* accroissement de l'animal ne soit pas jusqu'à un certain point sous la même dépendance.
Tout le monde connaît les effets du printemps sur l'organisme animal, et personne que je sache n'a pu en trouver une explication définitive.
Au moment de la poussée de la sève dans les plantes, il semble qu'un a renouveau » envahisse en même temps les hommes et les animaux.
.Si donc la Lune, par son action, favorise l'ascension de la sève ou les combinaisons chimiques de la cellule végétale, on conçoit la possibilité d'une action semblable sur la cellule animale qui diffère peu intérieurement de la première.
Et en fait les observations ne manquent pa6. Il faudrait des volumes pour les collationner toutes.
M. Latourte, à Dieppe, écrivait récemment :
« J'ai chez moi quelques poules et depuis une quarantaine d'années, j'en ai élevé un grand nombre.
« Or, chaque fois que je fais couver des œufs, les poussins, qui naissent dans la période du premier quartier à la pleine Lune percenl îeur coquille plus facilement et sont plus vigoureux que leurs congénères qui sont nés dans la période du dernier quartier à la nouvelle Lune. »
Ceci confirme tout à fait les observations de M. Gallé-Defond qui pratique l'élevage concurremment à l'horticulture :
a La Lune, écrit-il, n'est pas sans influence sur la bonne ou la mauvaise réussite des couvées, poussins ou oisillons. »
La croissance des animaux nés au début d? la lunaison, suit les mêmes règles que celle des plantes. Elle paraît plus prompte que celle des animaux nés au déclin de la Lune.
Alors nos ancêtres n'étaient peut-être pas si sots lorsqu'ils prônaient leur méthode de tailler barbes et cheveux en nouvelle Lune.
Il n'est pas jusqu'au vin qui ne se trouve bien de ces préceptes. Il ne faut jamais faire de soutirage sur la fin de la lunaison.
La fermentation du vin, on le sait maintenant, tient au développement d'un microorganisme, d'une cellule, et si l'on admet l'influence de la Lune sur les êtres organiques, on comprend que là encore son action rentrerait dans une loi générale.
Nous ne pouvons donc que répéter ce que nous avons dit aux chapitres précédents : La lumière n'est qu'une forme de l'énergie et nous sommes bien loin d'en avoir analysé toutes les radiations.
Peut-être, est-ce, dans cette influence mystérieuse qui favorise le développement de la cellule et de l'activité générale du corps humain qu'il faut rechercher l'explication et l'origine du mot lunatique donné autrefois aux personnes sujettes aux pertes de raison, aux folies intermittentes.
Pour les anciens, l'action de la Lune était hors de doute sur l'état mental de certains sujets.
Dans un livre de 1399, un savant historien de la folie de Charles VI, écrivait :
a Le roi qui avait recouvré la santé célébra la solennité de Pâques, en son hôtel royal de Saint-Paul... Chacun se réjouissait de sa convalescence, mais cet heureux état ne dura pas longtemps.
Cette même année il retomba six fois en
démence, soit à la nouvelle Lune, soit à la pleine Lune. d
Ptof.émkk, Alphonse An/.achfj..
{D'après un négatif agrandt.j
Si ce fait était isolé, il ne prouverait rien évidemment, mais nous allons le voir corroborer par des témoignages analogues.
Dans un ouvrage de médecine publié en 1578 par le docteur Joubert de Montpellier, le mal caduc ou épilepeie, ainsi
Les trois cirques principaux sont de naut en bas <.\rille et Catherine 'ima?e droite).
que la mélancolie, sont classés parmi les maux qui suivent fort évidemment le coure et les faces de la Lune. Menuret considère les maladies cutanées comme celles dont les reprises se lient le plus incontestablement aux phases lunaires.
Il assure avoir observe lui-même, en 1760, une teigne qui, pendant la période du décours de la Lune, s'aggravait de plus en plus, parvenait à son maximum
d'intensité vers la nouvelle Lune, envahissait alors tout le visage, la poitrine et causait des démangeaisons insoutenables. Après cette époque, tous les symptômes disparaissaient peu à peu, le visage se nettoyait, tandis qu'on voyait les mêmes accidents recommencer dès que la pleine Lune était passée. »
Ce même médecin observa des phénomènes analogues, mais se produisant en sens contraire lorsqu'il s'agissait de la gale.
Quelle que 6oit l'opinion qu'on professe sur le mécanisme du développement de semblables maladies, il ne serait pas ridicule de les rapprocher des manifestations nerveuses dépendant de l'influence lunaire jusqu'à un certain degré. Méad a cité le cas d'un enfant qui éprouvait toujours des convulsions au moment de la pleine Lune et Pison a observé une paralysie revenant' à toutes les nouvelles Lunes, c'est-à-dire aux périodes de moindre activité.
D'après Menuret les accès chez certains épileptiques reviennent au moment de la pleine Lune.
On ne voit pas très bien de prime abord comment no tre satellite peut agir sur de semblables sujets, mais nous pouvons tout au moins remarquer que toutes les maladies nerveuses et en certains cas celles qui affectent les terminaisons des nerfs dans certaines maladies cutanées paraissent sous la dépendance directe de 1 influence électrique ; or que la charge d'électricité atmosphérique, surtout dans les hautes régions de l'atmosphère, puisse varier sous l'influence de la lumière lunaire, cela ne peut faire aucun doute, on pourrait donc, à la rigueur, ratta-
Ihéophile,
La Lune a son premier quartier (image droite). 'iraprès une photographie
Le cirque lunaire de Pétavius d'après une photographie du docteur Weineck.de Prague. Dans l'intérieur sont visibles des rainures ressemblant a des lits d'an iennes rivières.
cher les deux ordres de phénomènes.
Ce qui, au surplus, paraît corroborer ces vues un peu hardies, c'est l'ensemble des faits organiques relevés de longue date dans les hôpitaux sur certains malades atteints de troubles nettement et exclusivement nerveux : vertiges, hystéries, somnambulisme, etc.. plus ou moins liés aux phases de la Lune.
C'était l'opinion du célèbre Gall, qui affirmait avoir enregistré sur des personnes faibles deux époques d'irritabilité correspondant à la nouvelle Lune et à la pleine Lune.
Le célèbre médecin et astronome 01bers a essayé une vérification expérimentale de tous ces faits, et après une longue pratique, il les nie catégoriquement.
Ceux qui 6ont d'un avis opposé objectent à cette manière de voir que les faits
observés dans nos contrées sont bien moins nombreux que dans les pays chauds.
Sauvages et Méad au xvnr siècle disaient que l'influence lunaire est très peu sensible dans les pays situés près de l'équateur « parce que les marées y sont plus fortes ».
Quoi qu'il en soit, Balfour s'est assuré qu'au Bengale la marche de certaines maladies et particulièrement celle des fièvres intermittentes suit le cours de la Lune.
Bruce affirme avoir observé plus d'une fois que la Lune exerce une action telle sur les épileptiques, une influence si régulière, que c'est toujours le troisième jour de la pleine Lune que U paroxysme de la maladie *e terminait par une fièvre intermittente.
I) ailleurs c'était une opinion générale chez les Orientaux que les épileptiques étaient agités par la Lune et que ce l après cette opinion qu'on lui donna le nom de lunatiques, mot qu'on appliqua plus tard aux fous.
Les observations de Fontana relativement au mène sujet ont été faites aussi dans les pays chauds, mais le cas le plus nettement accusateur de l'influence lunaire, est celui que rapporte le tome I des Mémoires de l'Académie royale de Madrid. Le sujet dont il est question était atteint d'une difficulté de respirer périodique, s'accentuant aux approches de la nouvelle et de la pleine Lune
Cette singulière maladie dura plusieurs années consécutives.
C'est probablement au petit nombre d'observations semblables dans les clini ques françaises et européennes qu'il faut
attribuer l'opinion des pathologistes peu disposés à accepter les influences lunaires sur leurs malades.
Cependant, c'est l'avis de plusieurs aliénistes actuels, que leurs sujets sont plus agités à l'époque de la pleine Lune qu'au moment de la nouvelle Lune
Il y aurait donc lieu de reprendre la question aussi bien chez nous que dans les stations tropicales
Voilà un beau sujet de thèse de doctorat pour ceux de mes anciens élèves à court d'idées ou de copies
L'expérience seule peut décider de la question. Ce que nous devons affirmer.
néanmoins5 c'est que notre organisme est parfois infiniment plus sensible que bien des appareils inventés par les physiciens modernes, que d'autre part le corps humain doit être un récepteur d'ondes admirablement synthonisé pour des ra
Les EUlNCREa de Marius. d'après Khieger
Dans le golfe des Iris, bordant la mer des Pluies. Cassini a dessiné le promontoire d'Héraclides sous la forme d'une tète de femme, revue dans la suite par différents observateurs. A gauche carte de Lohrmaiin; a droite.
la tète de femme lunaire d'après Schrœter.
diations ineonnues, que nous avons un sens électrique ou magnétique, nous permettant de déceler des variations dan6 ce sens d'ordre infinitésimal, et que les savants de notre siècle lorsqu'ils parlent de l'influx nerveux, cachent sous ce mot
Lh cirque Fracastor.
(D'Oprèh iatlcu photographique de Krxeçcr )
leur ignorance profonde du mécanisme qui préside à toutes nos actions organiques.
Conclusion : il faut étudier sans cesse, ne jamais délaisser les opinions des ancêtres surtout loisque nous les trouvons appuyées sur des faits dont l'authenticité ne saurait être mise en doute.
La Lune, ce gros satellite, si proche de la Terre, qui apporte à notre monde d'énormes perturbations au point de vue mécanique, ne doit pas être traitée de quantité négligeable, quel que soit l'aspect sous lequel nous la considérions.
Son influence sur la vie paraît indubitable, mais jusqu'à quel point s'exerce-t-elle? Là est la question nouvelle que doit se poser le savant comme l'ignorant, le physicien et le médecin, comme le physiologiste et l'astronome.
Ces sages réflexions sont de nature, il me semble à réhabiliter les recherches lunaires par trop délaissées des étudiants du Ciel. Peut-être, au surplus seront-elles assez efficaces pour me mériter l'absolution défi trologues dont j'ai tant médit au cours de ce volume.
On ignore généralement que l'étude de la Lune est à la portée defaibles instruments.
Avec une lunette de 56 millimètres on peut déjà faire de très i ressantes observation-.
La tête de femme lunaibe.
(D'après M. Mabire.)
Nous avens vu que bon nombre de sé- !énographe6 n'avaient à leur disposition que des appareils de petite ouverture et de faible distance focale. Ils n'en ont pas moins fait œuvre utile en fouillant notre satellite.
Pourquoi nombre de mes lecteurs n'en feraient-ils pas autant?
Et ici il faut se garder de tomber dans un défaut très répandu : dès qu'on aborde l'étude de l' Astronomie physique, on -imagine qu'on verra beaucoup mieux en employant de forts grossissements. C'est une grave erreur.
La vision dans les lunettes de petite puissance est toujours très nette, et c'est par là qu'il faut commencer à observer.
Faites d'abord l'éducation de vos
yeux, la faculté de peu à peu.
Ce travail est assez long, mais combien rémunérateur !
Vous verrez toujours assez de détails pour y prendre grand intérêt, et trop pour n'être pas embarrassé lorsque vont devrez les rendre par le dessin.
Depuis l'appli cation de la photographie à l'étude de la Lu>ne, on a trop abandonné la vision directe et l'étude de détail;
pénétration viendra
JH
:-' ^PrfitW»
La même tête.
D'après l'abbé Moreux)
il faut les reprendre sous peine de piétiner sur place.
Les photographies lunaires Gont utiles en ce sens qu'elles fixent d'une façon définitive mieux que ne le feraient les mesures directes au micromètre, la topographie de notre satellite ; mais dès qu'il s'agit d'observer des rainures, de faibles cratères, des ombres passagères ou des reliefs peu accentués, rien ne vaut l'observation visuelle.
Une lunette de 108 millimètres montre beaucoup plus d'objets que les meilleures photographies.
Enfin, il est des régions qu'il faut étudier spécialement, ce sont celles qui offrent certaines particularités curieuses au point de vue géologique et volcanique ; d'autres peuvent se recommander par leur caractère pittoresque comme le Mur droit de la Lune dont nous avons déjà parlé ou comme la fameuse tête de femme lunaire si connue des anciens sélénographes.
Dans 6es premières cartes, Cassini avait, en effet, dessiné à l'extrémité occidentale du golfe des Iris, le promontoire des Héraclides sous la forme d'une tête de jeune femme; on crut pendant longtemps que le célèbre astronome avait voulu distinguer sa carte des précédentes et la signer pour ainsi dire.
Or, ce ne fut nue longtemps après qu'on revit cette étrange apparence.
Dans le dessin de Schrœter que nous donnons, la forme indiquée par Cassini est n éconnaissable, celle de M. Mabire donne aussi au profil l'apparence d'une femme âgée. Un soir que j'étudiais la Lune, j'ai revu le même promontoire sous la forme approchée des dessins de Cassini.
Avec ses ailes étendue s, l'appari-
lion ressemblait plutôt à une nymphe ou à une naïade.
Il n'y a donc là qu'une pure question d'éclairage. En surveillant la surfaoe de la Lune, on arrive parfois à saisir des détails qui ne se représentent qu'en de rares occasions, en raison de la libration qui fait varier à l'infini l'angle d'incidence des rayons solaires.
On peut aussi, à l'aide d'une faible lunette, obtenir des épreuves intéressantes de notre satellite.
On sait, en effet, qu'il suffit de remplacer l'objectif ordinaire par celui de l'instrument, ou mieux d'adapter la chambre noire au long tube de la lunette en laissant l'oculaire.
Dans un instrument de petite ouverture, la différence des foyers chimiques et lumineux est presque insensible et on arrive vite à trouver le point après quelques essais.
Cette méthode rend d'inappréciables services lorsqu'il s'agit de photographier les phases d'une éclipse de L 111e eu de Soleil et je l'ai employée souvent avec succès en ces occasions. Une pose d'une fraction de seconde donne d'excellents résultats.
Ces réflexions d'ordre pratique termineront ce volume. Heureux serai- je si j'ai pu développer chez quelques-uns de mes lecteurs le goût pour les études lunaires qui sont à la portée de toutes les bonnes volontés.
La tète de femme du golfe des Iris.
(D'après une photographie ne l'Observatoire de Paris.)
Eléments lunaires
D'après Elger
D'après l'auteur
Diamètre apparent moyen. .
Diamètre apparent maximum Diamètre apparent minimum Diamètre réel en kilomètres.
Volume (celui de la Terrre étant i). .
Masse (celle de la Terre étant i) . . .
Densité par rapport à la Terre . . . .
Densité par rapport à l'Eau
Etendue
Superficie de la Terre
Superficie de la Terre étant i , celle de la Lune
— ou o,o2o33
49,20 0,01 28 ou
Action de la pesanteur à la surface.
Surface de la Lune jamais visible. . . .
Surface de la Lune vue à un moment ou à un autre
Révolution synodique ou intervalle d'une nouvelle Lune à la nouvelle Lune suivante lu: aison)
3y 800 000 kilomètres carrés.
509 65y 000 kilomètres carrés.
2 environ ou 0,07407
0,16489 ou
1 de celle de f l
Révolution sidérale ou intervalle de temps entre deux passages successifs devant la même étoile
Révolution tropicale ou intervalle entre âzux passages successifs au point Gamma [v
Révolution anomalistique ou intervalle entre deux passages au périgée . . .
6,ob5 la Terre 0,4100
0,5900 (22 3oo 000 k. carrés.
Eléments lunaires (suite)
D'après Elger
D'après l'auteur
Révolution nodique ou intervalle entre deux passages au nœud ascendant. .
Distance moyenne en termes du rayon équatorial terrestre
Distance moyenne en kilomètres. . . .
Distance maxima
Distance minima
Excentricité moyenne de l'orbite . . .
Inclinaison moyenne de l'orbite de la Lune sur l'écliptique
Inclinaison de l'axe de la Lune sur l'écliptique
Inclinaison de l'équateur de la Lune sur l'écliptique . . , . ,
Libration maxima en latitude
Libration maxima en longitude ....
Libration totale maxima du centre de la Terre
Libration diurne maxima. .......
Angle sous-tendu par un degré de longitude et latitude sélénographique au centre du disque de la Lune à la distance moyenne
Longueur d'un degré dans ces conditions
Arc sélénographique au centre de la surface lunaire, sous-tendant un angle de une seconde d'arc
Valeur d'un objet sous-tendant un angle) de une seconde d'arc (j)
Période de phase semblable.
Ou plus exactement
60,27 384 3oo k.
d'après les mesures
récentes)
1 Cette valeur doit être augmentée, i partir du centre, dans la proportion des sécantes de la distance angulaire nu centre.
= 2 lunaisons
442 i 23 h ±= i5 lunaisons
Principales Mers lunaires
Mer de la Tranquillité
Mer de la Fécondité
Mer de la Sérénité
Mer des Crises
Mer du Froid
Mer des Vapeurs
Mer de Humboldt
Mer de Smyth
Mer des Pluies
Mer des Nuages
Mer des Humeurs
Mer du Nectar
Mer Australe
Océan des Tempêtes
Lac de la Mort
Lac des Songes
Marais du Sommeil
Marais des Nuées
Marais de la Putréfaction
Golfe du Milieu
Golfe des Iris Golfe de la Rosée
Principales Chaînes de montagnes
lunaires