‹ Un journal inédit du Parlement de Paris pendant la FrondeChapitre 1 sur 64 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

UN

(l^r DÉCEMBRE 1651-12 AVRIL 1652).

Lmeoduction.

On a parfois déploré la disparition d'une des sources les plus précieuses, ou réputée telle, de l'histoire du Parlement de Paris pendant cette époque de la Fronde où ce grand corps joua un rôle si considérable. Trois registres de la série du Conseil secret, embrassant la période du ^3 novembre ^ 645 au 34 octobre-! 652, n'existent plus; or, c'est dans cette partie du fonds des archives du Parlement que l'on recherche et que l'on trouve d'habitude, à côté de renseignements précieux sur la composition de la Cour, la réception de ses membres, les enquêtes touchant les divers officiers royaux du ressort, tout ce qui se rapporte à l'action politique proprement dite de l'assemblée, et c'est à l'aide de ces registres que se peut surtout étudier l'histoire des relations de la royauté avec la première des grandes compagnies souveraines et définir la part que, élargissant ses attributions et son rôle, cette compagnie prit aux affaires de FÉtat. Pendant les quelques années de troubles qui marquèrent la minorité de Louis XIV, le Parlement de Paris, où les souvenirs de la Ligue n'étaient point encore effacés, où l'on suivait aussi avec une attention passionnée les étranges événements d'Angleterre, — une assemblée politique portant ce même nom de Parlement en lutte avec le pouvoir royal, Fabolissant et le jugeant même, — rêva manifestement d'un partage de la puissance gouvernementale et des droits régaliens, favorisa les rébellions princières et

î JOURNAL DU PARLEMENT DE PARIS

chercha à donner le branle dans ce sens aux Parlements de province. On sait quel profond ressentiment Louis XIV garda de cette époque, et que la déclaration du 22 octobre ■1652, qui enleva au Parlement de Paris toute ingérence dans les affaires de l'État et que dut enregistrer sans discussion rassemblée à peine soumise, ne fit point oublier au jeune prince les injures, les avanies et les humiliations dont sa mère et son premier ministre avaient eu, pendant plusieurs années, à pâlir de la part de ces magistrats rebelles, oublieux qu'ils n'étaient que des « officiers du roi ». Sur le moment même, et redevenu maître dans sa capitale, il pensa, un peu puérilement, à effacer ce passé néfaste en supprimant, des registres du Conseil secret, où la trace s'en devait trouver inscrite au Jour le jour, tout ce qui se rattachait aux troubles des précédentes années; Colbert alors s'y opposa, et ce ne fut que quinze ans plus tard, en janvier -1668, que, sur l'ordre du roi, revenu à son idée première, les trois registres incriminés du Conseil secret du Parlement furent remis au garde des sceaux et anéantis'.

La perte ainsi faite pour l'histoire est-elle donc irréparable? La présente publication prouvera que, pour quelques mois au moins de l'époque de la Fronde, on peut y suppléer avantageusement. Mais il faut dire tout d'abord que, malgré l'exécution de la volonté royale, les registres détruits sont encore représentés dans nos grandes collections de manuscrits. Comme Grùn Ta judicieusement fait observer-, la mesure radicale ordonnée par Louis XIV devait être complètement inefficace, a les pièces relatives à la Fronde ayant été l'objet de plusieurs recueils imprimés, et des parlementaires zélés pour l'histoire de leur compagnie ayant, depuis longtemps, fait tirer des copies

1. Griin, dans sa Notice sw les archives du Parlement de Paris, publiée en tête de l'édition des Actes du Parlement de Paris de Boutade, t. I, a donné sur cette destruction tous les éclaircissements désirables (voyez p. ccLxxi-ccLxxii). On détruisit aussi les « minutes des guerres de Paris es années 1648, 1649, 1650, 1651, 1652 », d'après les termes du procès-verbal, dont il n'existe plus qu'une copie moderne, et on ne laissa subsister dans ces minutes, aujourd'hui conservées aux Archives nationales sous les cotes X^^ 8855-8857, que celles relatives aux affaires des particuliers; ces dernières, on eut le projet de les retranscrire sur un registre nouveau, qui ue paraît pas avoir été formé.

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