‹ Un laboratoire dramaturgiqueChapitre 31 sur 112 · Filigrane d'une palmette · texte numérisé non relu

Filigrane d'une palmette

quand Hugo changea le titre de sa pièce, comme nous le verrons plus loin. — Les f""* 2 à 5 (inclusivement) nous donnent le texte de la Préface de 1831, sur papier Hollande de format plus petit. Là se remarque le timbre: c Inventaire de la succession de V. Hugo, 102'' cote, unique pièce ». — Point, — ou peu, — de variantes à signaler dans cette préface. Est-ce une copie, ou plutôt un morceau très rapidement écrit? Je pencherais pour cette dernière hypothèse, en raison de certaines faiblesses de style. « Les deux drames ont été écrits.... » — « Quelques changements qui n altèrent en rien.... » — « Quelques personnes (au lieu de plusieurs)... ayant bieu voulu lui écrire pour s'informer auprès de lui des obstacles.... » — « Toutes les pièces que

la censure » — « Tous les théâtres.... » — w L'auteur

doit le dire ici, comme il le déclara franchement.... »

— « Idées de progrès, d'affranchissement.... » — « Il se souvint que ses premières opinions. . . . » — « Les succès de scandale... luisourient^jeu. » — « C'est LouisXIII... et non Charles X. » — « Ce public, travaillé par tant d'intérêts. » — « Quel progrés des siècles passés.... »

— « Le moindre de ces jeunes hommes.... » — Voilà toutes les corrections de détail. C'est peu. Les additions interlinéaires ne sont pas moins rares. Les phrases suivantes, cependant, ont été ainsi jointes au texte : « Et l'auteur écrira peut-être un jour celte petite histoire, demi-politique, demi-littéraire... » — « La police, occupée ailleurs.... » — Là où la première version était : « La censure tenait lart... », le poète a continué sa phrase :« .... en échec devant le théâtre. Vidocq bloquait Corneille. » Il a rajouté encore ceci : <( ISIaintenant, l'art est libre. C'est à lui de rester digne. » — Le public n'a jamais été meilleur, « na jamais été plus impartial et plus grave... » — « Une

époque trop avancée? pas de génie primitif possible ? Laissez dire (corr. : « laissez-les parler »), jeune homme ! » — Enfin, aux noms de Beaumarchais, de Louis XV, de Marat, Hugo joint, en interligne, celui de Caglioslro. Il avait même risqué le souvenir du Père Duchfhie; mais une rature énergique est survenue.

Notons en passant que V. Hugo écrit, à cette époque, Shakspeare (sans e après le k). On sait qu'il modifia plus tard cette orthographe. — La préface est datée du .22 août 1831. Le chiffre 22 est barré, et, l'édition ne varietiir ne la point rétabli. Il paraît bien, pourtant, que la date était exacte, d'après cette note pour l'éditeur, au verso du f " 5 : « Voici la préface. Il faudrait limprimcr en caractères plus gros que la pièce. Je prie M. Évcrat (?t de m'en faire envoyer deux épreuves. — J'ai encore une petite note à envoyer pour mettre à la fin '. — Le 23 au matin. » — Et, plus bas: « Je recommande les corrections ».

Préface de 1 87 3, écrite lors de la reprise du drame au Théâtre-Français, avec Mme Favart et M. Mounet- Sully. — Ici, l'écriture est toute différente; beaucoup plus grosse, quoique cursivc; la plume s'écrase; on sent l'autorité du Maître. Quarante-deux ans ont passé. Le papier même a cliangé. C'est, maintenant.

\. Celle note, la première de celles qu'on lira dans l'édition ne rarietur, est consacrée à quelques conseils destinés aux directeurs de théâtre; l'auteur y distribue aussi, à tour de bras, <les éloges à ses interprètes : « Peu depièces ont été exécutées.... »

Daprès le premier texte, les nMes dhommes avaient été joués avec une rare et parfaite intettir/euce. }iïme Durval avait dit merveilleusement ces mots atut^uels elle donne tant de valeur. La formuleparul ambitieuse à l'auteur: il y substitua ces termes, plus modestes : '■ ... qui n'ont d'autre valeur.... » (Cf. nos remarques sur la proface des liurf/raves, dans une élude ultérieure.) Parmi ces mots, ■■ Monseigneur, je ne ris plus... • a remplacé : Parlez pour les deux. Monseigneur!

168 THÉAtRE de VICTOR HUGO.

une de ces feuilles presque carrées, bleues, que le poète adopta dans la dernière partie de sa carrière. Improvisation, d'ailleurs; brouillon rapide, non recopié. Peu de corrections. L'auteur avait, par négligence, laissé passer ce pléonasme: « ... des œuvres finales à terminer. » Il a rayé Tépithète, ajouté, plus loin, le mot éclatant, et remplacé, vers la fin, V ombre par les ténèbres. La phrase : w Ils peuvent être brusquement interrompus par l'arrivée subite de la fin... etc. » est une addition interlinéaire. V. Hugo, dès cette époque, songeait souvent à la mort, vraisemblablement prochaine, ({ui l'empêcherait de réaliser les œuvres qu'il concevait encore . Peut-être , malgré l'affirmation de tel de ses biographes, n'en avait-il point pris aisément son parti. La période : « D'ailleurs, tous les départs veulent quelques apprêts..., etc. » avait été encadrée, avec la mention: A réserver. Réflexion faite, l'auteur l'a conservée. A partir de ces mots, l'écriture se rapetisse. Il semble que la main se fatigue. — L'hommage à Mlle Favart était, à l'origine, rédigé comme il suit : « // n oublie pas la triple reconnaissance quil doit à Mlle Favart, qui fut avec tant d'éclat dofla Sol... ». — Enfin, le poète, distrait, et revivant par la pensée les belles soirées romantiques, a daté : l""^ février 1 831 (sans correction).

A la page suivante, nous trouvons des indications qui ont disparu du texte imprimé. Louis XIII y est qualifié de roi de France (ce qui était au moins inutile) ; le marquis de Nangis, à'oncLe de Saverm/; l'Angely, de fou du roi. Le duc de Laffemas est désigné par son titre de Lieuti-nanl-rriminel. Parmi les seigneurs, le comte de Villac s'appelait le comte de Charnij (nom changé, sans doute pour ne point créer de confusion avec le comte de Charnacé). Je note que le duc de Beau-

MAKION DE LORME. 109

préau a disparu de la liste donnée {)ar rédition ne varietur. Au nombre des personnages muets, ou peu loquaces : des ouvriers; dame Rose, jeune fille, femme de chambre de Marion (je crois qu'elle a vieilli, depuis, et peut compter parmi les duègnes) ; des seir/neurs du lever du roi; gardes du paliis, gardes de la prison, peuple, etc. — La date 1G38, que donnent les éditions, manque au volume autographe.

Avant d'aborder l'étude du premier acte, reportonsnous à la fin du manuscrit. Nous y découvrirons, par fortune, des traces précieuses de la première pensée du poète. Est-ce bien par fortune? J'estime que, par une heureuse précaution, l'auteur a bien voulu nous léguer les moyens de nous renseigner sur la genèse de son œuvre. Il envisageait en riant, nous dit-on, le jour où l'on commenterait ses moindres productions; et sans doute n'avait-il pas oublié le mot du président de Bro.sses : « Il n'y a pas trois lignes qui ne servent à l'histoire ». C'est pourquoi nous pouvons lire, aux folios 83, M, 8.0, 86 et 87, des plans schématiques, sortes de résumés très instructifs, où Victor Hugo avait noté, acte par acte. Tordre primitif des scènes, quelques indications rapides, et certains vers, venus de verve, auxquels plus tard il ne changera presque rien. Nous déchiffrerons des grimoires semblables en d'autres manuscrits, notamment dans celui de Rui/- Ulas. Rien de plus conunode pour reconstituer l'histoire de l'œuvre. — Voici ces plans en raccourci :

Page 1