Un maître de ce temps Puvis de Chavannes
On dit que cette fin de siècle est mauvaise : Une douloureuse tristesse de la désillusion de toi.s leurs rêves a envahi Tûme des vieillards; les hommes d'â<j:e miir ne pensent qu'à Targent et aux jouissances vulgaires qui) procure; même avant d'avoir commencé la route, la jeunesse manifeste une mortelle fatigue de vivre, proclame l'inutilité de tout effort généreux, et de toute noble ambition. J^e scepticisme est devenu la philosophie universelle.
A une aussi désolante description, il est opportun et bienfaisant d'opposer la protestation éloquente de l'exemple superbe d'une
vie publique toute de volonté, d'énergie, de désintéressement et de foi, la vie d'un grand artiste français qui, pendant un demi-siècle, a travaillé et produit uniquement pour la satisfaction de sa conscience, pour l'honneur de son pays ; et dont la saine popularité, après de longues années de luttes, prouve que la génération actuelle, en dépit des accusations portées contre elle, sait comprendre un tel œuvre, une telle vie. N'est-ce pas la mission de la Critique de montrer tout cela, et de le glorifier? La Critique ne vit que de vérité et d'enthousiasme ; elle meurt de négation et de rapetissement. De tout artiste elle n'a le droit d'approcher qu'avec un profond respect; elle ne doit l'étudier qu'avec une austère discrétion, sans servilité, ni envie, écartant de ses jugements tout ce qui n'est pas la sincérité la plus loyale, l'impartialité la plus sévère. Si l'artiste est grand, si son œuvre est patriotique , elle aie devoir impérieux de les proposer hautement en exemple. L'œuvre et l'artiste font partie du patrimoine national, appartiennent à tous ceux qui veulent s'en faire honneur et s'en enrichir. Ce droit et ce devoir justifient ce livre. S'il peut contribuer à faire encore mieux aimer et mieux admirer le maître auquel