‹ Un manifeste libéral [microforme]Chapitre 9 sur 14 · VÉ · texte numérisé non relu

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demande même de nos représentants dans la Législature canadienne, il ne nous reste plus, N.T.C.F,, qu'à nous y soumettre de bon cœur ; c'est même pour nous tous un devoir de conscience. Si depuis plus d'un siècle que notre pays a été cédé à la Grande-Bretagne, la forme de notre Gouvernement a varié à plusieurs reprises, souvenons-nous que l'essence de la société ne varie pas, mais qu'elle reste toujours la même.

L'autorité est nécessaire au maintien de toute société humaine, et l'expérience nous démontre plus que jamais dans quels malheurs tombent les peuples qui osent la rejeter.

“ N'oublions pas, N. T. C. F., l'origine toute divine de cette autorité, que l'on a si souvent méconnue dans notre prétendu siècle de lumières. C'est à Dieu qu'il faut remonter pour en trouver la source ; c'est lui qui la délègue aux hommes pour la conservation cle la société qui est sortie de ses mains.”

Suivent les textes apostoliques et évangéliques qui établissent cette doctrine,

“ Ainsi donc, N. T.C. F., continue Île Prélat, comme l'Union fédérale, qui vient de s'opérer, émane de l'autorité légitime, vous la regarderez comme votre loi, et vous obéirez à l'ordre de Dieu, en l'acceptant en toute sincérité. Il est d'ailleurs de votre intérêt, comme c'est pour vous un devoir

de conscience, de le faire, pour qu'elle

puisse contribuer à la prospérité commune et procurer par là l'avantage des individus, Bientôt vous serez appelés à choisir ceux qui, soit dans le parlement fédéral, soit dans le narlement local, devront travailler à mettre en pratique la nouvelle constitution, Vous vous gvarderez donc de donner vos voix à des hommes disposés à la combattre ou à mettre des entraves à son fonctionnement, mais vous la donnerez à des citoyens éprouvés et reconnus comme ayant à cœur de la faire servir au plus grand bien du pays.

“ Avant que la Confédération eût été décrétée par le Parlement Impérial, et lorsqu'elle n'était seulement qu'à l'état de projet, il était sans doute permis de la discuter, et même d'employer tous les moyens permis pour l'empêcher de devenir

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loi, En effet, bien des personnes, dont le patriotisme ne saurait être révoqué en doute, croyaient y voir des dangers sérieux pour l'avenir, et regi-daient comme un devoir de s'y opposer, Mais aujourd'hui la discussion n'est plus possible ; la loi est promulguée : l'œuvre de l'autorité doit être respectée ; refuser de s'y soumettre, ce serait renverser l'ordre établi de Dieu, et résister à sa volonté ; ce serait marcher à l'anarchie, à la trahison, à la révolte et à tous les maux qui en sont la suite.

“ Ce qui doit nous rassurer, N. T, C. F.

c'est que la nouvelle forme de gouvernement, qui vient de nous être donnée, a été préparée avec soin, par des hommes bien connus, eux aussi, par leur patriotisme, aussi bien que par les services qu'ils ont rendus à leur commune patrie. Si elle n'est pas sans défauts, si elle n'est pas tout ce qu'on aurait pu désirer qu'elle fût, rappelonsnous que rien n'est parfait dans ce monde, et que, dans un pays comme le nôtre, où tant d'intérêts divers sont en présence, il était impossible de se refuser à de mutuelles

102 UN MANIFENTE LIBERAL

concessions, et d'arriver à un arrangement qui pût donner satisfaction à tout le monde, C'est aux hommes, à qui vous allez confer le soin de vous représenter dans l'un et dans l'autre parlement, de s'unir fortement ensemble pour conjurer le danger, s'il existe, et pour tirer le meilleur parti possible de la situation, Vous avez donc une raison le plus de les choisir parmi ceux qui se distinguent davantage par leur honnêteté, leur énergie et leur dévouement, à la chose publique."

Je le demande à tout lecteur qui n'est pas, comme M. David, dispensé de raisonner par quelque noble et grande passion, était-il possible à un évêque de tenir un langage plus empreint à la fois de sagesse politique’et de charité chrétienne? Etait-il possible de pousser plus loin la courtoisie et l'impartialité pour les hommes politiques des deux partis ?

Où donc M. David voit-il dans cette page une approbation de la Confédération ?

Mais, reprend-il, on a lu ce mandement et d'autres de même genre sur les Æustines :

on les a commentés, et c'est ainsi que les

libéraux ont été vaincus.

De deux choses l'une, Ou ces commentaires étaient mal fondés, et les Evêques n'en sauraient être plus responsables que le Saint-Esprit ne l'est de tous les abus que l'on à toujours faits et que l'on fait encore des écrits des Apôtres et de l'Evangile, Ou ces commentaires étaient justes et fondés en raison ; alors de quoi M. David se plaint-il ? Si ses amis se sont mis dans une position fausse et impossible, la faute en est-elle aux Evêques qui les avaient avertis comme tous leurs fidèles de ne pas s'y mettre, parce qu'elle était légalement, socialement et chrétiernnement intenable ?

M. David ne peut donc en justice accuser les Evêques ni d'avoir fait la Confédération à laquelle ils n'ont eu aucune part, nid'avoir approuvé la nouvelle constitution, encore

moins de ‘“ l'avoir fait accepter comme un dogme par le peupie” (p. 37). Tout ce qu'il peut leur reprocher, c'est d'avoir empéché, par des avis inspirés à la fois de la plus vrande charité chrétienne et de la plus haute sagesse politique, quelques esprits peu équilibrés d'entraîner une partie du peuple dans une voie illégale et factieuse, également réprouvée par le bon sens politique et par le premier principe de la morale sociale. C'est un crime dont il est inutile de les excuser.

Relevons en passant deux phrases où nous trouvons M. David tout entier.

* Inutile de dire que les libéraux, vaincus aux élections de 1867, en grande partie, par le clergé, pour avoir combattu un projet qu'ils trouvaient fatal à l'avenir de la

religion et de la nationalité, furent profondément blessés et humiliés.”

D'abord, nous l'avons prouvé, ce n'est ni en grande ni en petite partie par le clergé que les libéraux ont été vaincus: le

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clergé n'a fait que donner au peuple, comme c'était son droit indiscutable, les principes éternels de morale chrétienne et sociale qui devaient le guider dans ces circonstances.

Si le peuple a jugé que ces instructions ne lui permettaient pas d'élire des représentants libéraux, la faute en est aux libéraux euxmêmes qui n'ont pas su rassurer le peuple sur la fermeté de leurs principes.

En second lieu, ce n'est point pour avoir combattu le projet de confédération, mais pour avoir combattu ou menacé la constitution déjà votée, sanctionnée et promulguée, que le peuple les a rejetés.

En troisièmelieu, il n'est nullement prouvé que ce fut par pur intérêt pour l'avenir de la religion que les libéraux d'alors combattirent avec tant d'acharnement le projet de confédération. Il n'a guère été dans les traditions du parti libéral de chercher avant tout le bien de la religion, et aujourd’hui encore ce n'est pas le principe du grand

chef. Nous le verrons plus loin.

Que les libéraux aient été “ blessés ”, c'est possible ; mais ils n'avaient pas à se plaindre d'une blessure injuste faite par le

clergé en général—moins encore par la

main des Evêques.—Il y a dans le parti libéral comme ailleurs des gens qui se blessent de peu de chose, et quelquefois de rien, qui s'en prennent à tout le monde de tous les malheurs qui leur arrivent et de ceux mêmes qu'ils ont cherchés. Ces blessures vuérissent difficilement ; mais la faute

en est rarement à ceux qu'on accuse.

“ Le clergé pour la deuxième fois fut accusé d'avoir entravé x gouvernement national et d'avoir assume la responsabilité d'un régime politique plein de dangers pour nos destinées religieuses et nationales, d'avoir froissé bien des âmes françaises et vraiment catholiques."

1--Le texte porte assuré : nous avons pris sur nous de corriger ce que nous croyons l'erreur du prote. M. David est assez riche pour qu’on ne lui prête ras les fautes d'autrui.

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M. David, qui est pour l'instruction pratique, doit savoir compter jusqu'à trois.

C'est bien la troisième fois que le c/ercé est accusé.—Comptons plutôt.—En 1837-1838, une fois ; c'est la première.-—Depuis l'Union jusqu'à la Confédération, une fois ; c'est la deuxième, En 1867, une fois ; c’est bien la troisième,

M. David, cette fois, a la modestie de ne pas nous dire que l'accusation a été prouvée et qu'on en doit tenir compte :

c'est un bon point de sagesse que nous lui donnons de grand cœur.

“ Le clergé fut donc accusé ” faussement et sottement—on ne prouve nullement le contraire‘ d'avoir entravé un mouvement national.” --Un mouvement national !

le mouvement de M. Dorion et de ses quelques satellites !—Oui, tout est national avec M. David, excepté l'immense majorité de la nation.

Quant à ces âmes vraiment catholiques

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qui ont été froissées de paroles comme celles de Mgr Baillargeon, il nous est permis de mettre en doute ou leur froissement ou leur catholicisme. Il y a catholiques et catholiques, et il est fort à craindre que M.

David ne soit pas ici très bon juge moins qu'il n'ait reçu un certain don de discernement des esprits, que rien n'a trahi jusqu’à présent.-—Puis,nous ne sommes pas sûrs de ses nombres :-—“ bien ” des âmes ! ce “ bien” n'est guère défini, et pourrait bien signifier quelques-unes, quelques esprits chagrins et quelques caractères malheureux qui en veulent au ciel et à la terre de toutes les mésaventures où ils se jettent uniquement par leur faute. Avec M. David, on n'est jamais bien fixé sur le sens des mots.

Ainsi il dit, page 36, que le clergé est accusé d’avoir entravé un #ouvement nalional, c'est-à-dire une faible opposition représentant une petite partie de la population ;

et, à la page 37, les conservateurs et le clergé en faisant accepter au peuple la Confédération ont commis une grande erreur nalionale. Alors la nation était moralement entière avec M. Dc. on et le parti libéral, puisque le mouvement de M.

Dorion était alional ; et elle était tout entière, ou à peu près, avec les conservateurs dans un mouvement contraire que M.

David appelle une erreur rafionale. Elle avait donc le don de penser à la fois le “oui”

et le “non” sur le même sujet, —à peu près

comme M. David.

Vraiment, M. David est un homme national.

Ne passons pas à une autre page avant d'avoir fait observer à notre écrivain national une lacune dans son argumentation. Il se demande à qui les résultats de la Confédération ont donné raison? (p. 36). Voici la réponse ; elle mérite d'être lue et complétée —ou notamment abrégée :

“ La manière dont le droit de veto et de désaveu a été exercé, la destitution par le gouvernement fédéral des lieutenants-gouverneurs, l'argumentation, tous les discours, de la majorité anglaise et protestante dans le parlement fédéral, l'abolition des écoles séparées et de la langue française dans les

ritoires du Nord-Ouest et dans la province du Manitoba, etc.... tout fait voir que ceux qui ont manqué de prévoyance patriotique ne sont pas les adversaires de la Confédération ; ils l'ont fait accepter comme un dogme par le peuple et ont commis une grande erreur nationale.”

Cette argumentation ne nous satisfait point.—Elle est loin d'énumérer tous les désastres qui nous sont venus avec la Confédération : l'invasion de la chrysomèle si désastreuse aux pommes de terre, l'incendie du faubourg St-Jean à Québec et l'éboulis de la rue Champlain à Québec, les désastreuses inondations du St-François et de la rivière Chaudière en 1896, etc. Si M.

David voulait énumérer tous les griefs

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griefs

M. L.-0, DAVID ET LE CLERGE CANADIEN lit

sérieux contre la constitution présente du pays, sa phrase déjà longue d'une page serait évidemment longue de plus d'un volume. Le lecteur y verrait aussi clair.

Telle qu'elle est, puisque M. David veut bien ne pas tout dire, pour conclure sensément, elle est encore trop longue des deuxtiers. M. David aurait dû supprimer Îles vingt lignes avant les quatre points. S'il eût dit immédiatement ‘.,,.tout fait voir, etc.” les lecteurs qui ne le connaissent pas auraient pu croire sur sa parole qu'il pouvait démontrer que la Confédération a été une grande erreur nationale. Après les preuves qu'il en apporte, l'illusion n'est plus possible.

En quoi la manière dont le droit de ve/o et de désaveu a été exercé a-t-elle pu prouver quelque chose ? Voyons, M. David, Dieu vous a donné la raison pour raisonner juste : mais quand pour raisonner à tort et à travers vous aimez mieux rester sous l'empire d'une noble et grande passion, en

112 UN MNANIFESTE LIBERAL

quoi vos erreurs prouvent-elles que votre raison n'est pas raisonnable et que Dieu a fait une grande erreur de vous la donner ?

En quoi la destitution d'un lieutenantgouverneur, accusé de gouvernement personnel au mépris de la constitution d'une Province dont il devait être le premier gardien et le plus fidèle serviteur, porte-t-elle une atteinte sérieuse et funeste aux intérêts nationaux des Canadiens-français, surtout s'il est remplacé par un autre qui est également canadien-français et, croyons-nous, également catholique ?

Par quel procédé de logique M. David prouvera-t-il que, si les écoles séparées et la langue française ont été abolies au Manitoba, la Confédération en est cause ?—Vos amis, les libéraux fanatiques du Manitoba, se sontils inspirés de la constitution pour violer les droits des catholiques vos compatriotes, et manquer à la parole solennellement donnée par leur chef à l’'Archevêque de St-Boniface ?

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nous,

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iface ?

La constitution n'a-t-elle pas, au jugement du Conseil Privé d'Angleterre, pourvu au redressement des griefs de nos frères opprimés par vos amis ? Les catholiques canadiens-français du Manitoba ne seraient-ils pas déjà rentrés en possession de leurs droits comme catholiques et comme français, si vous tous, libéraux canadiens-français et catholiques, à l'exception de cinq seulement qui ont su être catholiques et canadiens avant d'être libéraux, vous n'aviez lâchement et honteusement trahi au moment décisif cette cause sacrée de ceux qui sont deux fois vos frères par les liens du sang et ceux de la foi ?

Si écourtée qu'elle est, la preuve de M.

David est encore infiniment trop longue pour les intérêts de sa thèse et ceux d'un parti politique qu'il veut justifier et glorifier aux dépens de l'honneur de l'Eglise,

Est-il plus heureux dans les suggestions

et injonctions qu'il fait au clergé pour l'avenir ?

Recueillons-nous. Nous voici arrivés au point culminant du chapitre, —peut-être de toute la brochure, Nous ne serions pas étonnés qu'elle ait été écrite tout entière pour faire accepter à Rome et au public ces quatre ou cinq pages (39-43).

Que veut bien dire M. David dans ces

quelques pages ?

Sa pensée nest pas facile à saisir : ici plus encore qu'ailleurs elle ondoie à travers une multitude de petits alinéas qui se succèdent quelquefois sans se suivre parfaitement ; on la voit bien glisser à travers les touffes épaisses des phrases et des mots, mais où est le corps ? où est la tête ? où est la queue ?—Essayons de voir et de saisir.

M. David commence par apprendre aux Evêques et au clergé qu'il ne faut pas songer à avoir au Canada une politique française et catholique, —ce qu'ils savaient déjà

ces pas elle etits sans olisrases est la

voir

* aux sonfran-

t déjà

presque aussi bien que M. David. 11 leur dit ensuite que l'organisation d'un centre catholique ici, comme en Allemagne, est une impossibilité manifeste (ce qui est uniquement pour M. Tardivel, lequel n'est pas encore évêque ni prêtre, que nous sachions, mais à peu près laïque comme M. David); que le groupement des députés canadiensfrançais en un seul parti politique serait très dangereux au point de vue religieux et au point de vue des intérêts de notre race, (ce qui entendu dans un certain sens n'est contesté ni par les Evêques ni par les prêtres); que la Providence nous sauvera sans doute des effroyables dangers que M. David seul a su prévoir dans l'avenir, non point par un miracle—il ne serait pas sage d'y compter— mais par un homme providentiel dont M, David a bien vérifié la mission, et qui est l'unique ressource de la Providence dans l'impasse où elle se trouve; que cet homme

providentiel est M. Laurier, premier ministre

de la Confédération canadienne, lequel est le seul homme qui puisse avoir raison de toutes les difficultés politiques présentes, futures, et même passées ; qu'enfin le clergé et les catholiques ne doivent pas demander beaucoup à un homme d'une telle valeur et d'une si grande mission, parce que ce serait perdre la seule chance que nous aurons peut-être jamais d'avoir un premier ministre canadien-français.

Tout cela mérite d'être pesé, sauf la question du centre catholique que nous abandonnons à ses patrons.--Reprenons.

M. David a-t-il l'intention de faire croire que les Evêques voudraient organiser un parti politique purement catholique ?- Ce n'est pas, que nous sachions, un désir de l'épiscopat ni même d'aucun Evêque. Tout ce que l'on demande aux députés canadiensfrançais, à Ottawa, c'est qu'ils ne prêtent jamais leur concours à des mesures hostiles aux croyances catholiques et aux intérêts

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érêts

canadiens-français : c'est que, se tenant sur le terrain constitutionnel, ils ne perdent pas une occasion de servir ces croyances et ces intérêts : c'est que, tout en faisant au bien public les concessions permises par la foi

et la morale catholiques, ils ne sacriñent

jamais à l'esprit de parti politique des inté

rèts de race et de religion que la constitu tion garantit et qu'eux ont le devoir de protéver. Or, cette ligne de conduite n'a rien qui puisse légitimement froisser nos concitoyens d'une autre croyance et d'une autre origine, ou les engager à former contre nous un parti anglais et protestant.

Rendons-leur cet hommage, que, s'il y a parmi eux des hommes, en certain nombre, que la passion, les préjugés et l'ignorance surtout fanatisent, il y en à aussi un bon nombre -et parmi les chefs- qui ont, avec un grand sens politique, un esprit large et droit, un amour sincère de la justice, un

grand respect des droits qui savent s’affir-

mer-—et plus d'un parmi eux a su faire au moment décisif, pour sauver et défendre nos droits, des actes de justice et de courage dont quelques-uns des nôtres, même aux premiers rangs, ne se sont pas sentis capables.

M. David au fond sait bien qu'il n'est

question nulle part d'un parti catholique

qui n'a aucune raison d'être, Il veut seulement faire entendre ce qu'il n'ose pas dire

franchement, comme son chef, savoir qu'au-

jourd'hui on ne doit plus demander à un

député catholique de régler sa conscience

suivant les principes de la foi et de la morale

catholiques dans la vie politique comme

dans la vie privée. IT veut surtout faire

entendre que demander à tous les députés

catholiques, libéraux et conservateurs, de

voter une loi rétablissant les écoles catholiques du Manitoba avec tous leurs privi-

lèges et garanties, ce serait créer un parti

politique exclusivement catholique et donner

l'est ique seu- À dire qu'au ca un jence orale omme faire éputés 1rS, de catho- ; privin parti

donner

lieu d'organiser un parti exclusivement protestant qui nous accablerait par le nombre,

La raison qu'insinue M. David est si manifestement fausse qu'il ne peut pas l'alléguer de bonne foi. Il sait comme nous que le parti conservateur tout entier, comme parti, s'est engagé solennellement par la voix de son chef à voter pour cette lévislation réparatrice. Or le parti conservateur, depuis les dernières élections, est en grande majorité anglais et protestant. Lors même que tous les catholiques qui sont dans les rangs du parti libéral appuieraient une pareille mesure en ralliant le parti conservateur, la division de la Chambre ne se ferait pas entre catholiques et protestants, mais entre constitutionnels et inconstitutionnels, entre protecteurs et oppresseurs des minorités, de quelque religion et de quelque langue qu'elles soient. La loi votée, tous les députés reviendraient dans

les cadres ordinaires de leurs partis.

Nous ne conviendrons pas davantage, avec M. David, que ce n'est qu'à force de concessions que nos hommes politiques se font pardonner leur religion et leur nationalité. Que par ce moyen quelqu'un des nôtres ait pu arriver au premier rang et S'y maintenir à la condition très humiliante de ne jamais commander et de toujours obéir, M. David peut en être mieux informé que nous ; mais il ferait mieux de ne pas le dire, dans l'intérêt de ses chefs. Pour nous, nous avons d'autres principes et une autre expérience à l'appui.

Non, le secret de la vraie force politique n'est point ici plus qu'ailleurs tout entier dans l’élasticité de la conscience et la souplesse sans limite de la volonté ; il est ici, comme ailleurs, avant tout, dans une intelligence à vues larges et droites, dans un tact exquis, dans un jugement sain et solide, dans une volonté énergique et persévérante qui ne doute jamais d'elle-même, dans l'élé-

M. L.-0. DAVID El LE CLERGE CANADIEN 121

É vation et la fermeté du caractère. Est-ce le à force de concessions et de capitulations n: que Sir George E. Cartier s'est fait la répusd tation de premier homme d'Etat de notre de pays et qu'il a exercé une si profonde influ- Le ence sur la politique de son temps ?—-Plus de | près de nous, est-ce en dissimulant ses LT croyances et en sacrifiant ses principes que qu Sir John Thompson, un catholique de fait dire et de pratique, pas de nom seulement, a 10e exercé un si grand ascendant non seulement autre sur le parti qu'il a dirigé, mais sur le Parlement et le pays tout entier ? Et quand ce tique converti, catholique sans reproche dans sa entier vie publique comme dans sa vie privée, A sOU- mourut soudainement sur les marches du st ici: trône, ne fut-il ps honoré des regrets de intel- la Souveraine qui l'avait comblé d'honneurs, ns un unanimement loué et regretté de l'élite polisolide, tique de l'Angleterre et du Canada ? érante Personne ne désire plus que nous que

VA A. . , s l'élé pour le bien du pays et l'honneur de notre

race M. Laurier soit l'homme incomparable et vraiment providentiel que M. David prétend, Mais, à coup sûr, ce n'est point par un système de concessions indéfinies qu'il nous sauvera et qu'il acquerra l'ascendant propre à un chefd'Etat. C'est par le commandement, et non par l'obéissance, que le pouvoir s'empare des volontés ; c'est par la conviction de sa force, et non par l'aveu de son impuissance, qu'il en impose aux

passions.

M. David, qui est encore jeune à cinquante ans, et naïf comme les jeunes gens, insinue au clergé que c'est l'intérêt suprême

+. Era P# DS con fE

de notre race, voire même de la religion, que

Du EM ee RATS TE ASE T

le chef du gouvernement fédéral soit l’un

des nôtres et que nous devons tout sacrifier, même nos plus légitimes revendications, J pour garder longtemps un si grand honneur. ;

Nous sommes d'un autre avis Nous

savons que si M. Laurier, pour rester le chef politique de notre pays, doit être le 0

: moins catholique des catholiques et le d moins français des canadiens-français— nous de | allions dire, plus protestant que les protes- “ tants et plus anglais que les anglais, — nous Fe NE SCTONS Jamais moins protégés ni défendus . ; que SOUS son gouvernement. C'est pour | quoi, malyré M. David et comme nos E véde | ques, nous ne désirons point avant tout " | que le chef du gouvernement soit de notre He race, mais qu'il soit droit, loyal et fort, et

sache rendre justice à tous. sans égard

pour ses intérêts personnels où ceux de son es parti. Si M. Laurier veut être cet homme, de laura l'appui de tous : s'il ne peut pas ou is ne veut pas l'être, au'il ne compte point ce sur nous. Son règne ne durera qu'un parï lement, et un autre viendra qui saura rendre . Justice à tous. C'est ce que nous désirons, Re et le peuple comme nous.

. Au fond, le peuple pense comme ses de Evêques. Il est facile de tromp er sa cré-

D dulité, parce qu'il est honnête. Il n'a pas

cru qu'on pût le trahir, parce que lui ne trahit jamais ; mais l'illusion ne durera qu'un temps. Un jour viendra, et ce jour n'est pas si loin qu'on pense, où, voyant qu'il a été honteusement joué et vendu par les siens, il se retournera vers eux dans un superbe mouvement d'indignation et de mépris et arrachera de leur front déshonoré cette couronne du pouvoir pour laquelle ils auront inutilement sacrifié, avec les droits de ceux qui sont deux fois leurs frères, l'honneur de

leur race et de la sainte Eglise leur mère.

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