I. — " Depuis la fondation dv pavs jusqu'en
Nous n'avons guère à reprendre dans les trois ou quatre pages que M. David consacre sous ce titre à un éloge sans réserve du clergé canadien dans le passé. Nous trouvons bien qu'il y a là moins de choses que de mots et plus de phrases que d'idées ; mais il ne faut pas demander à un homme plus qu'il ne peut faire. Condenser deux cents ans d'histoire en trois ou quatre pages, dire tout ce qu'il faut et rien que ce qu'il
!iS UN MANIFESTE LIBERAL
faut, c'est le travail d'un esprit robuste et d'une portée plus qu'ordinaire. Oui aurait la cruauté de l'exiger de M. David ? C'est beaucoup que ses jolies phrases de jeune homme sonnent à peu près Juste.
Pourtant ces pages qui sont peut-être les meilleures de la brochure — et qui seraient belles si elles étaient mieux remplies de faits et de pensées — ^ne laissent pas que de suggérer plus d'une réflexion peu favorable à l'auteur.
Il nous semble difficile de concilier M. David avec lui-même. Son principal grief contre le clergé cie son pays, celui-là même qui semble le prétexte de tout l'ouvrage, c'est l'intervention du clergé dans la politique — c'est-à-dire dans ce qu'il plaît à M. David d'appeler de ce nom. C'est le début même du réquisitoire au chapitre suivant : ''1837- " 1838. Date fatale qui marque le com- " mencement de l'intervention du clero-é " dans la politique et la diminution de son '' prestige."
Un lecteur intelligent conclura naturellement que si M. David a voué une admiration sincère et sans réserve au clergé canadien avant 1837, c'est que celui-ci s'est bien gardé d'intervenir dans la politique. — Or il n'en est rien.
S'il y a un fait évident, c'est que le clergé canadien a été bien plus intimement mêlé à la politique avant 1837 que depuis. Si M. Da\id n'y trouve point à redire, plus d'un écrivain de son école est encore aujourd'hui d'un avis différent. Qu'on relise la vie du premier Evêque de Québec, et l'on verra que l'intervention de l'Episcopat dans les affaires civiles et politiques qui intéressent le salut des âmes est aussi ancienne que l'Episcopat lui-même. Erontenac s'en est plaint de son temps avec autant d'amertume que nos libéraux d'aujourd'hui. — Mgr Plessis lui-même n'a point trouvé grâce à tous les yeux. M. David le sait bien, puisqu'il le justifie d'avoir cherché à concilier le peuple
et le pouvoir. Il en appelle même au bon sens pour rendre hommag-e à la sage et patriotique interv^ention du clero'é à cette époque difficile.
..." Depuis l'établissement du pays jusqu'en 1837 le clergé canadien a noblement fait son devoir ; il a mérité la confiance du peuple en rendant à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César, en ne séparant pas dans son cœur la cause de la religion de celle de la patrie."
Rien n'est plus juste. Mais c'est précisément en intervenant à sa manière dans la politique que le clergé jusqu'à i^^7 "n'a point séparé dans son cœur la cause de la religion de celle de la patrie." Voilà le fait que M. David ne peut nier, s'il n'ignore tout à fait l'histoire de son pays. Lors donc qu'il écrit immédiatement : " 1837-1838. Date fatale qui marque le commencement de l'intervention du clergé dans la politique, etc.," il oublie ce qu'il vient de dire, et condamne ce ({u'il vient d'admirer.
Ce n'est pas le clergé canadien qui a chang-é de direction et de conduite après 1837; c'est M. David qui chang-e de principe à ce moment donné de l'histoire et qui condamne après ce qu'il justifie avant cette date. Date fatale, non pas au clergé canadien qui a continué après ICS37 ce qu'il a fait avant et (|ui s'est inspiré dans sa conduite des mêmes sentinients de patriotisme et de religion et des mêmes principes éternels de morale politique qui ne changent pas comme certains esprits avec les intérêts et les passions, mais date fatale à M. David qui juge diversement des faits de même nature selon qu'ils gênent ou ne gênent pas ses sympathies et les intérêts des siens.
^I. David juge favorablement le passé, parce qu'il est désintéressé. Selon lui, ce ne serait pas faire preuve de jugement sérieux que de condamner ou de blâmer l'attitude du clergé canadien jusqu'à 1837. Cela nous
console et nous rassure sur la réputation future de notre clergé d'aujourd'hui — pris dans son ensemble. Un jour viendra, qui n'est peut-être pas éloigné, où les publicistes sérieux, — et ceux même qui sont droits et de bonne foi sans être tout à fait sérieux, — apprécieront notre clergé d'aujourd'hui comme M. David apprécie le clergé d'autrefois. L'histoire dira un jour que ce n'est pas le clergé canadien qui a séparé dans son C(eur la cause de la religion de celle de la patrie, mais des politiciens plus épris de leurs chimères que des vrais intérêts du pays, auxquels le clergé a résisté chaque fois que le demandaient les besoins de la religion et de la morale qui restijnt après 1837 comme avant les premiers intérêts de la patrie.