D. — OFFICE DES MORTS
Cet office se compose d’abord des neuf leçons ordinaires des Matines des Morts, empruntées au livre de Job: Parce mihi Domine, etc. Suivent les versets, les répons, les oraisons.
Ces dernières sont au nombre de six : la première est pro patribus, c'est-à-dire pour les évêques de Chartres que les chanoines appelaient toujours révérends Pères en Dieu , même lorsqu’ils étaient en dispute avec eux. En voici le texte : Presta, quesumus, Domine , ut anime famulorum tuorum hujüs sancte sedis episcoporum, quos in hoc seculo commorantes sacris muneribus décor asti, in celesti sede gloriose semper exultent.
Dans la liturgâe romaine, cette oraison ne se dit plus pour les évêques, mais il y en a une semblable adaptée aux simples prêtres. On n’v trouve pas les mots : liujus sancte sedis episcoporum .
La seconde oraison est intitulée : Pro fratribus. Elle se disait, pour les chanoines eux-mêmes , qui, dans l'Obituaire et tons les documents officiels, se donnaient entre eux le nom de frères, feutres, en souvenir de leur vie commune d’autrefois. L’oraison commence ainsi : Deus, renie largitor . .. Elle se retrouve au Missel Romain parmi les Orationes
’ Manuscrit de Saint-Etienne, folio 135.
DU XIe SIECLE
diversae pro defunctis, avec cette rubrique : Pro defunctis fratribus , propinquis et benefactoribus .
La troisième oraison était pro benefactoribus , c’est-à-dire pour ceux qui avaient fait quelque bien au Chapitre et à l’Église de Chartres, par leurs libéralités ou leur zèle. On sait que les chanoines reconnaissants fondaient, pour le repos de l’âme de leurs bienfaiteurs, des services à perpétuité, ou un certain nombre de messes par semaine à dire par un chapelain renté à cet effet. G élait, dans ces occasions que se disait la troisième oraison dont voici le texte : Deus , fidelium lumen animavum , adesto supplicationibus nostris et du famulis vel famulabus tais , qui huic sancte ecclesie bénéficia contulerunt , refrujerii sedem , quietis beatitudinem , luminis claritatem. Per Christurn Dominum nostrum. Cette oraison, comme les deux précédentes, se retrouve, quoique appliquée à d’autres personnes, dans le Missel Romain. Elle y est marquée à la Postcommunion, pro Iris qui in cœmeterio requiescunt , et au lieu de qui huic sancte ecclesie bénéficia contulerunt, on dit, quorum corporel hic et ubique in Christo requiescunt.
On voit que l’Eglise de Chartres s’était fait dans la liturgie romaine une liturgie spéciale.
Des trois autres oraisons, il y en a deux : Pro anniversariis. Toutes deux sont connues et littéralement conservées. La troisième et dernière, appelée Oratio commuais , est l’oraison, connue elle aussi, Concédé nobis , quesumus , qui est la première des Orationes diversae du Missel Romain et s’adresse à tous les saints.
Enfin, après l’office des Morts, se lisent, dans le manuscrit de Saint-Etienne, les capitules et les collectes des vêpres, complies, primes, tierce, sexte, noue de l’office ordinaire de la sainte Vierge. Conformément à la liturgie, les chanoines récitaient cet office chaque matin, comme ils disaient chaque matin une messe de Beata au petit autel qui était au fond du chœur. Ce qui est transcrit de cet office dans notre manuscrit (folio 137 v°) est la partie réservée au célébrant. Ces prières se récitaient avant primes et un peu avant la lecture de l’obi-
tuaire. Ce qui semble prouver que noire manuscrit fut longtemps conservé dans la cathédrale à côté du maître-autel pour servir à l'office du matin.
Nous terminerons ici l’étude du manuscrit de Saint-Étienne. Bien que nous ayons consacré un long temps à ce travail, nous ne pouvons prétendre avoir extrait de ce précieux livre tout ce qu’il y avait à en dire : c’est le propre de ces sortes de manuscrits, qui pendant tout un siècle furent entre les mains et à l’usage d’un corps aussi important que l’était le Chapitre de Chartres, d’offrir aux érudits une mine presque inépuisable de renseignements. 11 ne nous reste plus maintenant qu’à adresser à la Société archéologique d’Eure-et-Loir nos sincères remerciements pour le concours qu’elle a bien voulu nous prêter. Elle n’a rien négdig’é pour que le soin de l’exécution typographique répondît à l’intérêt du manuscrit que nous avions entrepris de mettre en lumière.