SCÈNE HUITIÈME
Parfaitement ! Tu ne connais pas les sauvages, toi.
GÉLESTIN.
Monsieur a donc peur ?
RAVINEL.
Non ! mais... je ne suis pas rassuré du tout... Ah ! Célestin, dans quel guêpier je suis allé me jeter ! Jamais ils ne m'avaient parlé de ce sauvage-là, rue du Temple.
GÉLESTIN.
Monsieur a entendu comme je lui ai répondu.
RAVINEL.
Très bien. Je trouve même que tu es allé un peu trop loin parfois, dans tes réponses. Tu le bravais.
GÉLESTIN.
Je ne voulais pas lui laisser croire que Monsieur reculait devant ses menaces.
RAVINEL.
Ça, c'est gentil I Mais tu ne faisais que l'exciter davantage. Et puis il y a des moments où il faut savoir reculer... un peu... Peut-être que quelques ex* plications l'auraient satisfait.
GÉLESTIN, allant au fond.
Si Monsieur veut que je le rappelle.
RAVINEL, l'arrêtant.
Jamais de la vie ! Mais que faire ?
GÉLESTIN, timidement.
Dame! Monsieur, à voire place, j'écrirais à ma future famille de ne plus compter sur moi. Que des motifs graves me forcent à renoncer à la main de mademoiselle Euphémie.
RAVINEL.
.Mais encore faudrait-il expliquer...
CÉLESTIN
Les meilleures raisons, Monsieur, sont celles qu'on ne donne pas.
RAVINEL.
Mais le père et la tante vont me tomber dessus.
CÉLESTIN
Monsieur n'aura qu'à prétexter un voyage pour raison de santé. D'ailleurs vous n'avez qu'à mettre les torts de votre côté. Dites-leur, par exemple, qu'après avoir réfléchi, vous ne vous jugez pas capable de faire le bonheur de mademoiselle Euphémie.
RAVINEL, allant à la table.
Bravo! C'est cela même! Excellente idée. ..Célestin, tu es un garçon plein de ressources.
CÉLESTIN, modeste.
On me l'a dit quelquefois, Monsieur, mais je n'en ai rien cru.
RAVINEL, s'asseyant.
Je vais écrire immédiatement, (il prend du papier et
une plume.)... Cher beau-père... (s'interrompant.) Ah !
non, je ne peux plus l'appeler ainsi, puisque nous rompons. (Môme jeu.) Cher ancien beau-père, (s'interrompant.) Il croirait que je me moque de lui. (Même jeu.)... Cher Monsieur Beauperthuis... je... (Déchirant le papier.) Non, ça n'est pas ça encore, c'est trop familier. (Même jeu.) Monsieur... je regrette... (Déchirant le papier et se levant.) Jamais je ne pourrai écrire ça, Célestin.
■ CÉLESTIN, à part.
Allons bon ! il cane encore. (Haut.) Mais le sauvage I