SCÈNE II CÉLESTIN, RAVINEL
CÉLESTIN.Il entre très flegmatiquement, portant une bouillotte.
Monsieur, voilà votre eau chaude.
RAVINEL, farieux.
Il y a deux heures que je sonne.
CÉLESTIN
Oh! Monsieur exagère, certainement. J'ai parfaitement entendu Monsieur m'appeler.
Ah!
CÉLESTIN
Mais je ne me pressais pas, l'eau n'était pas chaude.
RAVINEL, à part.
Son flegme m'exaspère. (Haut.) Donne.
Il veut prendre la bouillotte.
CÉLESTIN, la lui mettant dans les mains.
Voilà !
RAVINEL, se brûlant les doigts.
Oïe ! Fais donc attention... imbécile !
CÉLESTIN, très flegmatiquement.
Monsieur l'a prise avec trop de vivacité.
RAVINEL.
Ah! Si je ne devais pas signer mon contrat tout à l'heure...
GÉLE8TIN.
Monsieur est donc bien décidé ?
RAVINEL.
A quoi ?
CÉLESTIN
Mais à se marier.
Gomment !si je suis décidé...
Dame! ce que j'en dis, c'est dansl'intérèt de Monsieur. Je pensais au mariage de Monsieur, tout en regardant chauffer sa bouillotte.
RAVINEL.
Ah ! Et tu te disais?
CÉLESTIN
Je me disais qu'à l'âge de Monsieur, on ne se mariait plus.
RAVINEL.
Gomment, à mon âge. Mais je n'ai que quarantedeux ans.
CÉLESTIN
Quarante-huit. Monsieur, trois mois et vingt-deux jours.
RAVINEL.
G'est bon; inutile de me faire mentir pour si peu.
CÉLESTIN
Monsieur a tort de ne pas avoir confiance en moi. Un valet de chambre est un confident tout indiqué, presque un confesseur. Rien ne lui échappe. — Nous éti me si heureux avant, tous les deux: nous avions chacun nos habitudes, nous nous passions mutuellement nos petites manii
Gélestin