‹ Un mariage sous l'empire :Chapitre 12 sur 38 · OCTAVIE, VICTORIN · texte numérisé non relu

OCTAVIE, VICTORIN

VICTORIN , la regardant , à part. Peste I ... on ne m'avait pas trompe... Régiment d'élite!... premier numéro.

OCTAVIE , à part. Je suis sure qu'il doit être à faire peur.

VICTORIN , il part. Attention ici : il faut être sur le cpii vive.

OCTAVIE, Cl part. Je me fais d'avance une joie de le remettre à sa place.

VICTORIN, il part. Allons, en avant.

( Haut. ) Mademoiselle...

OCTAVIE. Monsieur... {Aprè^ l'ui'oir re~ ^^«rr/r'.) C'est singulier, il n'est pas si malque je croyais.. Connue l'uniforme les change ! VICTORIN. En l'absence des grands parens , la présentation est peut-être un peu hru'^que...

OCT.WIE , le regardant toujours , ii part. Mais non... ce n'est pas l'uniforme. . c'est qu'il est très-bien... Un roturier ! Que c'est bizarre !

VICTORIN. Que voulez-vous?.., en vous trouvant là , je n'ai pas pu résister... Ces fleurs me rappellent que mon devoir est d'être amoureux de vous , et voilà un visage qui ne permet pas de manquer à la consigne.

OCT.WIE, il pari. Il ne s'exprime même pas trop grossièrement — N'importe — {Haut.) Ces fleurs, monsieur, si vous les vovez là... croyez que ce n'est pas de moimême... et cpie je... { ii part.) Allons... voilà que je ne sais plus conunent lui tourner...

VICTORIN. Ah! oui.... je vous comprends... ce revirement de circonstances... ce niariagê enlevé d'assaut connue une redoute... Il est sur que pour une jeune personne...

OCTAVIE. Ont , moiisiem- , voilà justement ce (pie je voidais dire.

VICTORIN. Et ce que je m'élais dit d'avance... Dam !... c'est l'empereur... il ne faut pas hii en vouloir... Avec lui , l'action doit marcher commela pensée... et il pense si vite!

OCTAVIE. Vous conviendrez pourtant que cette manière de disposer de moi...

VICTORIN. Sans doute... parce qu'au fait, ce n'est pas votre faute si j'ai reçu ])<)nr lui im coup de sabre en Egypte... Ça n'aurait j)as du retomber sur vous... \ ous lui .servez de récompense impériale... ça prouve du mviiis qu'il est généreux.

OCTAVIE , h part. Comment donc? de la galanterie... Je n'en reviens pas...

viCTORix. Et ça me faisait même faire tout-à-l'hcure un bien drôle de rapprochement...

OCTAVIE , in^cc cHiiosité. Lequel?

VICTORIN. Je me rappelais involontairement la cause première de notre mariage , ce grand diable de maineluck tout basanné, tout sanglant , qui, à la bataille d'Aboukir, s'était lancé au galop, cimeterre au poing, sur notre généi-al, et je me disais en vous regardant là : Parbleu I Victorin, quand lu t'es jeté au-devant de son coup , et que tu l'as étendu sur le sable , tu ne te doutais guère , mon garçon , qu'au bout de sept ans , il se transformerait toutà-coup pour toi eu un vrai bijou de grâce et d'élégance , une petite femme charmante , qui te rendrait presque aussi timide que tu étais hardi avec l'autre.

OCTAVIE , à part. Ah ! ça... il a donc de l'esprit ?

VICTORIN. Car au fait , jusqu'ici vous me représentez mon mameluck , pas autre chose... Seulement, je l'aime beaucoup mieux sous cette forme-ci que sous l'autie.

OCTAVIE , ne poinmnt s'crnpéc/ier de sourire. En vérité!... ( A pari. ) C'est qu'il est très-amusant.

VICTORIN. Aussi , à l'avenir , je vais être le partisan le plus fidèle de la métempsycose...

OCTAVIE , étonnée. La métempsycose !...

hein?... plaît-il?... Vous savez ce que c'est ?

VICTORIN. Mais oui... un souvenir du collège...

OCTAVIE . Du collège ! . . . Vous y avez été ?

VICTORIN. Deux mortelles années. C'est même pour n'y pas rester que je me suis fait soldat à quinze ans... en achevant ma cinquième.

OCTAVIE , à part. Mais alors il est instruit.

VICTORIN. Tout le monde me blâmait alors , surtout mon frère , qui est posé et flegmatique... Eh bien!... qu'on vienne encore me dire que j'ai fait une folie , que j'ai manqué mon avenir... Je suis bien tranquille : ( //// prenant la main) voilà nia réponse.

OCTAVIE, Cl part , sans retirer sa main. Il se croit sûr !.. . Pauvre jeune homme I. .. Il faut pourtant bien le détromper. . . après ce que j'ai dit à mon oncle... Mais comment m'y prendre ?( /7«j/^. ) Monsieur... cet avenir dont vous parlez là , que vous vous peignez en beau... il est possible... je crains...

VICTORIN. Oh ! necraignezrien.. . Quelle différence désormais dans mon sort ! . . . Jusqu'à présent j ai couru le monde sans intérêt, sans but, en ahuri !... Par exemple , tenez , c'est à peine si , à mon retour d'Egypte, j'en ai rapporté trois cachemires.

OCTAVIE. Trois!

VICTORIN. Et encore , il ne m'en reste plus que deux , parce que ce diable d'Opéra...

OCTAVIE. Hein?...

VICTORIN , se reprenant , à part. Oh ! quelle bêtise ! ( Haut. ) Les deux plus beaux!... Je les gardais pour mon frère quand il se marierait... mais sa femme est encore à venir... tandis que la mienne... ils seront pour elle.

OCTAVIE. Pour moi !

VICTORIN. Des palmes longues de ça !

OCTAVIE, à part. Il est plein d'attentions.

VICTORIN. Comme je vous disais donc , j'ai négligé les occasions les plus belles ; avec quelle ardeur je vais maintenant les saisir!... Et dans notre carrière, il s'en trouve tant !.. Ce n'est pas pour la fortune que nous nous battons , nous autres Français , et c'est peut-être pour ça qu'elle vient à nous d'elle-même. Les présens de l'empereur, les dotations qu'il nous prodigue. ..

Air : Ah ! si madame me voyait.

En pensant que moi, votre c'doux.

Je nuis conque'rir par mes armes De quoi doubler encor vos charmes , Oli ! combien il me sera doux De courir ra'cxposer pour vous!

Oui , le premier, au fort d'une bataille , J'irai, m'ëlançant au galop, Braver les balles, la mitraille!..

OCTAVIE, vivement.

Ah ! ne vous exposez pas trop !

VICTORIN , avec Joie. Ça vous fait peur.,, merci . . . merci ! . . .

OCTAVIE à part. Qu'est-ce que je viens de dire ?...

VICTORIN Je ne vous ai donc pas déplu ?

OCTAVIE. ]Mais, monsieur... je ne sais... je...

VICTORIN. Ah!., si t'est vrai... P>ah !... dites-le hardiment... Allez... vous ne vous en repentirez pas... je ne suis qu'un soldat... mais capable de réflexions... et j'en ai fait... oui... en apprenant que pour votre oncle, 'pour assurer son bonheur, vous n'aviez pas hésité à exposer le vôtre, je me suis dit : C'est bien , c'est d'un bon petit cœur !

OCTAVIE, (i part. Ciel !... une si bonne opinion de moi , et la lui ôtcr !,.,

LE MAGASIN THEATRAL

VICTORIN , continuant. Mais elle en sera récompensée... Oui, je la rendrai heureuse... à tout prix... Si elle est laide, t'est égal , je lui ferai accroire que je l'adore...

OCTAVIE. Monsieur..

VICTORIN. Dam!... nous autres militaires, il faut du courage., c'est notre état.. Mais si elle est jolie...

OCTAVIE. Eh bien?...

VICTORIN. Ah! par exemple!... je ne supposais pas que ça serait autant que ça.

OCTAVIE. Yous vous disiez ?...

viCTORl.\ , a<.^ec feu. Tout mon sang pour elle... et ce ne serait rien encore... 3Iieux que cela... tous les petits soins, toutes les prévenances... Aucun sacrifice ne me coûtera pour lui plaire... pour satisfaire son moindre désir , fût-ce aux dépens de tous les miens.

OCTAVIE , émue, à part. C'est qu'il a les meilleurs principes... toutes les qualités réunies! Dans l'état où ils ont mis la France , je ne pouvais jamais trouver mieux. . . Qu'est-ce que j'allais donc faire ?.. Et s'il faut que mon oncle soit déjà parti...

LE BARON, en dehors. Bien!... bienl...

OCTAVIE , à part. Non !... ah !.., je respire !...

LE BARON en dehors. Tu dis , Jcnny , que ma voiture est prête ?. .

JE.WY , en deliors. Oui , mon oncle...

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