EXÉCUTÉ A GRENOBLE, LE 23 MAI
Sar l'air da psaume XGI*.
Prêtez tous l'oreille à ma voix.
Que l'univers admire Roger, héraut des saintes lois ,
Appelé au martyre.
Le ciel m'a rendu languissant ;
Une fureur barbare A trempé les mains dans mon sang,
Par un zèle bizarre.
t62 UN Mi^TYll DCI nisERT.
Le parlement du Dauphiné ,
Ci-devant pacifique , Qiangeant de loi a fulminé
Une sentence inique , Contre un innocent , en effet , < Des méchants la victime.
Ah I Seigneur, qu'avais-je donc fait ?*
Et quel était mon crime ?
Annonçant au peuple, en détail,
Les véritéi^ sacrées, Je ramenais dans le bercail
Les brebis égarées.
J'avais inspiré la candeur,
La justice et le zèle ; J'avais instruit avec douceur
L'impie et l'infidèle.
J'avais exhorté constamment
Le peuple à se soumettre Au roi, à son gouvernement,
Par ordre de mon Maître.
Et, condamnant à tout jamais
Le trouble et la cabale , Je prescrivais d'aimer Va paix ,
D'éviter le scandale.
Mon langage était écouté , Mon travail efficace,
Et je voyais Satan dompté Par la divine grAce.
JI^CQUES ROGER. t63
Le vice était anéanti ,
La vertu sur le trône , Mon troupeau sage et converti,
Ma joie et ma couronne.
Bourreaux, vous m'avez enlevé,
Par vos mains sacrilèges, Et vous m'avez , hélas ! privé
De ces doux privilèges.
D'un grand roi , par votre noirceur ,
— Quel attentat ! quel crime 1 — Vous avez surpris la douceur,
St la bonté sublime*
Ne nous laissons pas détourner
Par la cause seconde ; Mais sachons tous nous élever
Au Monarque du monde.
Vous n'avez, juges, nul pouvoir
Si le ciel ne le donne.
Vous trahissez votre devoir ,
Quand Dieu vous abandonne .
L'esprit des persécutions
N'est point évangélique ; C'est le génie du démon
Et de ses satellites.
Jésuâ est un Prince dfe paix ,
Et jamais ses ministres N'eurent récours, dans leurs projets,
A des moyens sinistres.
En nous conduisant au trépas,
Vous hâtez nos victoires ; Au milieu des plus grands combats.
Nous trouvons notre gloire.
Plus vous flétri^ssez notre nom ,
Plus il devient célèbre.
Nous scellons notre religion
Dans ce moment funèbre.
L'Eglise, semblable au phénix,
Renaîtra de ses cendres.
Le Tout-Puissant nous Ta promis.
Vous ne saurez comprendre Sa bonté, sa fidélité.
Ni sa grande clémence, Par votre esprit de cruauté
Et votre violence.
Notre sang et celui d'Abel
Crient toujours vengeance Au juste Juge, à l'Eternel
Notre unique défense.
Jusques à quand , dans ce péril ,
Maître du tonnerre.
Tarderas-tu , s' écrient-ils ,
A confondre la terre ?
A vous tous, auteurs de mes maux.
De bon cœur je pardonne ,
Cruels juges, cruels bourreaux, Comme Dieu me l'ordonne,
Jacques roqer. 265
Qui me refusez un tombeau,
Me jetez dans l'Isère, Croyant d'ensevelir dans l'eau
L'honneur du ministère.
Mais en vain, ô Romains ardents,
Prétendez-vous me nuire, Les flots me rendent plus brillant.
Bien loin de me détruire (l).
L'élément qui m'a submergé
Représence la grâce, Qui, dans mes maux, m'a soulagé
Et réjoui ma face.
Mon âme , à l'heure de la mort ,
Au paradis portée, Triomphante entre dans le port,
De la gloire escortée , Parmi les acclamations
De la troupe angélique, Pour célébrer le sacré nom
De mon Roi magnifique.
XY
Mon faible corps fut exposé
Au caprice de l'onde.
Il fut hsu et méprisé ,
Abjet aux yeux du monde.
(1) L/aatear fait ici allusion à nn brait concernant le corps de Roger qtif s'était répanda dans les Eglises et que nous trouvons reproduit dans le fragment suivant d'une lettre de cette époque : «> M. Roger resta vingt-quatre heures pendu , sans que l'on pût reconnnltre qu'il eût changé de mine. 11 Tut cnsnite traîné jusque sur le pont de pierre et jeté dans la rivière. Au bout de trois Jours, il fut trouvé sur un gravier où l'eau i'a\ait laissé. Sa mine étant toujours que plus vermeille, je ne sais pas ce que l'on a fait de son pauvre cadavre. »
Mais mon esprit, ferme et constant,
Ck>uronné de justice, S'abreuve depuis cet instant
Au fleuve de délice.
Je contemple de mon Sauveur
La face ravissante ; Je suis au comble du bonheur.
Ma gloire est plus brillante Que le soleil , les diamants
Et que les diadèmes.
Elle surpasse infiniment
La pompe des rois mêmes.
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Confessant, sous les grands fracas.
Les célestes doctrines , Je chantai , jusqu'à mon trépas ,
lies louanges divines.
Présentement surpris, ravi,
Loin de la noire clique.
Je puis entonner , à Tenvi ,
Des élus le cantique.
Je quittai la société Terrestre et sanguinaire.
Pour entrer dans cette cité De paix et de lumière,
Oîi j'ai trouvé mon frère Rang Plein de gloire et de vie,
Après avoir perdu son sang Dans la ville de Die.
Ah ! vous qui pleurez sur Roger,
Mes brebis fugives, Ne regrettez plus ce berger ;
Pourquoi ces voix plaintives ?
Ne plaignez pas de mon bonheur
La lutte terminée.
Pleurez plutôt sur le malheur
De votre destinée.
Pleurez, pleurez sur vos enfants,
Surtout sur votre vice I Amendez-vous , il en est temps !
Cessez votre injustice !
Le ciel est armé contre tous :
Son tonnerre et sa foudre Vont éclater aussi sur vous ,
Et vous réduire en poudre,
Tendez vers cet heureux séjour ,
Animés d*un saint zèle, Avancez- vous plus chaque jour,
Réglés sur mon modèle.
Dans ces jours de tribulation,
Montrez votre constance , Vos mœurs , votre religion ,
Votre persévérance.
Réjouissez- vous au Seigneur ;
Rendez-lui vos hommages; Exempts de crainte et de frayeur
Reprenez vos courages.