SCÈNE IX
JULES, MADEMOISELLE PRÉVAL
JULES
Allons... c'en est fait .. elle refuse de m'entendre.
MADEMOISELLE PRÉVAL, se levant après avoir signé.
Monsieur Jules, voilà qui est fini.
JULES, sans l'écouter.
Me traiter ainsi!... moi qui venais lui rendre un service ! ... C'est incroyable !
MADEMOISELLE PRÉVAL , le prenant par le bra^.
A qui enavez-vous?
JULES
Aqui j'enai?... Eh! mademoiselle... à. ..à madame Dervilly, qui fait exprès de me désespérer!...
MADEMOISELLE PRÉVAL
Et comment cela ?
JULES
Comment? .. Elle sait que j'aime sa nièce, que je ne puis vivre sans elle, et quand je veux lui parler de notre mariage , elle élude toujours... elle a l'air de ne pas comprendre... ou bien elle me quitte sans daigner me répondre, comme tout à l'heure.
Quoi! c'est là ce qui vous chagrine?
JULES
J'ai p€ut-être tort?
MADEMOISELLE PRÉVAL
Je ne dis pas cela; quand on aime on est impatient, et il paraît que vous aimez Cécile.
JULES
Comme un fou.
MADEMOISELLE PRÉVAL
Et Cécile vous aime ?
JULES
Je l'avais toujours pensé jusqu'ici... mais \v vois bien maintenant que la tante et la nièce sont contre moi et que mou rival i'eniporte.
MADEMOISELLE PRÉVAL
Voire rival! >'ou.s avez un rival '.'
UN MÉJNAGE PARISIEN,
JULES
Eh! sans doute... monsieur Olivier.
MADEMOISELLE PRÉVAL, tressaillant.
Monsieur Olivier ? Ainsi je ne me trompais pas ; il pensait à Cécile !
JULES
Pas autrefois, mais il aura profité de mon absence pour lui plaire... pour se faire aimer...
MADEMOISELLE PRÉVAL
Eh bien!... vous voici... soutenez la lutte... voyez Cécile... parlez-lui...
JULES
Elle me fuit.
MADEMOISELLE PRÉVAL
Eh! non... Allons, du courage... j^arrangerai cela... Je ne souffrirai pas que monsieur Olivier trouble votre bonheur... en épousant Cécile... je m'y oppose...
JULES
Vous auriez la bonté?...
MADEMOISELLE PRÉVAL
Oui, je l'aurai... je parlerai à madame Dervilly... je ferai votre mariage... Ça me portera bonheur pour le mien.
JULES
Plaît-il?
MADEMOISELLE PRÉVAL, SB reprenant.
Je dis : Faire des heureux porte bonheur... { On entend sonner très fort. ) Voilà madame Dervilly qui sonne!... Qu'a-t-elle donc?...
JULES
Je ne sais... elle est sortie très agitée.
MADEMOISELLE PRÉVAL
Vous aviez pris un mauvais moment... {On entend sonner encore.) Oh! mais, il paraîtqu'elle est pressée... on dirait même qu'il y a de la colère dans sa manière de...(E^/e fait le geste d'agiter une sonnette.) Et Alexandrine qui ne vient pas ! Mais, tenez, j'aperçois Cécile dans le jardin... Venez, je commencerai par vous raccommoder ensemble... c'est l'essentiel... Vous voulez bien ? JULES, avec chaleur.
Oui... oh! oui... mademoiselle. Que de reconnaissance!...Venez, carje ne puis plus attendre... l'en mourrais.
MADEMOISELLE PRÉVAL
Mourir! Comme ils y vont, ces jeunes gens!... J'ai bien attendu plus longtemps, moi, et je n'en suis pas morte ! ( On sonne de nouveau. A une domestique qui entre par le fond. ) Vite donc , Alexandrine ; voilà trois fois que votre maîtresse vous sonne. Et tenez, la voici... Venez, monsieur Jules.
( Elle sort avec Mes. )