COQ CHANTANT
Parmi les échappements inventés par le mur Pichet, on doit remarquer celui de son coq chantant; car, soit qu'on le pose dans telle ou telle pièce , soit qu'on l'attache sur une porte ou sur un meuble ^ celui qui viendra pour MALFAIRE, fera chanter le coq en quatre langues différentes, et sera pris aussitôt,
M. Barbntin. Pour qui le prenez vous?
M. PicHBT. Pour un voleur, mossieur.
(fltre».)
M. Kbrnbn. Mon cer Picet, ne faites pas attention à Barentin. Zé vous trouve réellement très spirituel. (Rêres.}
DE BOtlFPONNEItlES. 365
M. PiGHET. Pour la troisième fois, monsieur, votre bienveillance m'honore.
M. Barentin. Je désire faire nne observation. Que dirait votre coq à celui qui viendrait pour bien faire?
M. Pichet II chanterait de même (Rtres), car il est pétri d'intelligence.
M. CoTTARD. Alors un honnête homme pourra être pris pour un voleur?
M. Pichet. Oui, monsieur, jusqu'à ce qu*une enquête ait prouvé le contraire.
M. G. Barbu. Mais enfin, si le roi de Prusse entrait?
M. PiCBET. Mossieu, mon coq chanterait pour le roi de Prusse, il ne fait pas autre chose. (Rires.)
M. Kbrnen. Ah! lou troun dé Diéou!
comme c'est inzénieux !
M. Barentin. Quel coq-à-l'âne!
M. Pichet. Je méprise ce calembour et je continue. Mon prospectus vous dit encore qu'en posant le coq sur un piano, il se mettrait à chanter s'il entrait uu malfaiCteur.
M. Barentin. Ainsi, le premier malfai -
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leur qui aurait rindiscrétion d'essaycar une chromatique, votre coq chanterait?
M. PicHBT. Oui, mossieu, jusqu'à œ qu'on ait eu le temps d'aller chercher la garde, pour le délivrer de l'accompagnateur.
M. Kernen. Bagasse! si la garde elle ne venait pas?
M. Pichet. Il chanterait toujours. {Rires.)
M. Barentin. Votre coq chanterait-il entre deux airs?
M. Kernen, vivemmt. II (;anterait faux comme M***^ Nathalie dans Adrienne^ troun dé Diou! (Très-bien.)
M. Barentin. Kernen, vous êtes trèsspirituel.
M. Pichet. Messieurs, j'ai subdivisé le crochetage des portes et des caisses en cinq circonstances plus ou moins aggravantes.
Unbyoix. Monsieur Pichet, puisque vous avez le talent de faire chanter un «oq, je vous prie de m'accorder la parole.
M. PiCRBT. Je ne puis vous la donner, puisque vous nétes qu'un {Hii4trilê.)
DE IKHIPPONNERIBS. 3ftT
La mèmb toix. Je n'obtiendrai donc jamais la parole, c'est intolérable.
M. Kbrnbn. Yoos m'ennuyez tons, troun de l'air! z'en ai assez pour auzourd'bui; ze vous couronnerai en masse dans la proçaine séance» car ze lève celle-ci. Ze voua envoie à tous .des baisers.
La séance est levée.
Bis In Idem.
CINOUANTE-OEOIIÈME SÉANCE.
M, Kernen* revêtu d'une robe en mousseline de VAiine , annonce que la séance est ouverte et sa boutique aussi.
M. GiLLOT levant l'index. J'éprouve le besoin de demander la parole. »
M. Kbrnbn. Troun de Vair! vous m'oblitérez d'éprouver un autre besoin, monsieur; 688ez-moi la paix.
M. PjcHBT. Plalt-il, mossieu le président?
M. Kbenbn. Zé. n'ai pas dit Picet, z'ai dit : monsieur, fissez-moi la paix ; mais ça
n'empéce pas, mon cer monsieur Picei, votre C09 çaniant m*a bien amusé, et vous devex encore avoir pas mai de petites çoses ài nous dire.
M. PiCHBT. G*est la vérité, uiossieu le présidept.
M. Kbrnbn. En ce cas, approssez ; ouvrez-nous le robinet de votre cur et le cadenas de votre imazination ; nous sommes tout oreilles, mon ser serrurier.
M. PicHBT. Mossieu, votre bienveillance m'honore.
M. Kbrnbn. Elle est zusiifiée.
M. Pichet. Elle m'honore, mossieu.
M. Kernen. Ze vous dis qu'elle est zustiflée, iroun de Diéou ! car vous êtes le fléau des malfaiturs, et la providence des coffres-forts; vous êtes un zéant auprès des autres serruriers, et votre coq il est un aigle auprès des autres coqs.
M. PicHBT. Je me rends cette justice de dire : j*ai consacré une partie de mon existence à humilier les malfoiCteurs.
M. GiLLOT. Je demande la parole.
M. Kbrnbn, avec colère, Vaï té favré pen* dré à Za$.
DE BOUt^ONNERIES. 369
M. GlLLOT. Le ciel in*eàt témoin qu'on me traite d'une manière toute carthaginoise. (Semaiion.)
M. Kbrnen. Est-il vrai, mon ser monsieur Picet, qu'au moyen dé vos éçappements de sûreté on surprend un malfaitur dans toutes les circonstances qui peuvent se présenter?
I M. PicilET. Sans doute.
PREMIÈRE GIRGONSTANGE.
Un malfaiCteur vient-il pour ouvrir un coffre^fort, soit avec la clef véritable ou avec des clefs étrangères, aussitôt Véehappement avertit au moyen d'une sonnerie che% le con- ! cierge y à la cuisine, dans l'antichambre et partout à la fois.
M. Rernen. G'est très-zoli! Continuez, mounpichoun!
M. l>icHET. La sonnerie peut être remplacée dans cette circonstance par le coq chantant, dont j*ai eu l'honneur de vous parler l'antre jour.
M. Bbrnaro-Làttb. Vous ne nous avez
S70 VN yiLUON
pas dit quel était l'air que vous faisier chantera votre coq?
M. Pichet. Ordinairement, je lui fais chanter : Tu n'auras pas, petit polisson,.. (Hilarité.) J*ai aussi des échappements de sûreté qui touchent du piano (Ah!), qui pincent de la guitare (Ohl), qui donnent du cor, comme Mengai (Bah !), qui joueni de la Oûle comme Coche. (Maiettel)
(L'enthousiasme est à son comble. M. Pichet s'incline, se mouche, avale un verre d'eau, se repose et croise les bras comme l'empereur Napoléon l«'.j
M. Kernen. Il y a quelque çose dans ce que vous venez de nous dire, mon ser monsieur Picet.
M. PiCHBT. Quoi donc, monsieur le président?
M. Kermen. Pourquoi appelez-vous vos çarmantes macines des essappements, puisqu'au contraire le malfaiteur il ne peut plus s'cssapper ?
M. Bernard-Uattb. J'allais le dire.
M. Pichet. Votre confiance m'honore:
mais permettez-moi de vous faire observer que le malfaiCteur ne peut plus s'échapper
t>e BOtlPfONNBniES. 371
précisément parce que ma machine s'échappe. Je suis étonné que cela vous ait échappé. {Rires.)
M. Kbrnen. Vous avez raison ; mais astenez -vous de calembours, moun pichoun^ nous né sommes pas ici pour faire dé l'esprit