MOIS DE JUILLET
SAINTE FÉBRONIE, Vierge et Martyre
i'''' juillet
Fébronîe naquit vers la fin du quatrième siècle. Devenue orpheline à Tâge de trois ans, elle fut recueillie par sa tante, abbesse d'un monastère de filles à Sébapolis,en Syrie. La sainte abbesse, voulant surveiller elle-même l'éducation de sa fille adoptive, la garda avec elle au couvent, Fébronie se faisait remarquer autant par son esprit que par sa rare beauté. L'on doutait, avec raison, s'il y avait jamais eu une plus belle personne dans le monde, mais sa pudeur et son innocence ajoutaient un nouvel éclat à sa beauté. Sa tante qui savait apprécier les rares qualités de cette enfant priviligiée du Ciel, avait pour elle une affection m. 1
toute maternelle. Aussi la regardait-elle comme le plus précieux trésor de son cœur. Pour conserver ce trésor, elle le tint caché, et, pendant l'espace de dix-sept ans, Fébronie disparut entièrement aux yeux du monde. L'enfant profita merveilleusement des leçons de ses maîtresses et surtout de sa mère adoptive. Les progrès qu'elle faisait étaient surprenants. Elle avait à peine sept ans et déjà Ton pouvait prévoir combien elle brillerait et par les qualités de l'esprit et par les qualités du cœur. Bonne et empressée auprès de toutes les sœurs de la communauté, c'était surtout aux souffrantes qu'elle donnait les marques du plus vif attachement.
Fébronie avait douze ans quand elle fut admise pour la première fois au banquet divin. Il est impossible de décrire les sentiments, dont son cœur fut animé en ce moment solennel. Mais ce qui frappa sensiblement les assistants, ce fut le changement que l'on remarqua dans les traits de Tangélique fille après la sainte communion. Dès ce moment le sourire de ' Tenfant disparut de son visage, pour faire place au regard toujours doux et tendre, mais inspiré et réfléchi de la vierge. A partir de ce jour, Fébronie ne se livra plus à aucun jeu. Avec la permission del'abbesse, elle suivit tous les exercices de la communauté. On la vit jeûner presque tous les jours de l'année.
Ce qu'elle avait été enfant, jeune fille elle le fut encore. Aussi, dit un historien, quand elle arriva à sa dix-neuvième année, c'était peut-être la personne la plus accomplie qu'il y eût dans tout l'empire romaiU; soit pour les avantages extérieurs, soit pour
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la perfection de Tâme. Après avoir juré solennellement de ne connaître jamais d'autre époux que Jésus- Christ et s'être engagée par les vœux de religion à une chasteté perpétuelle, Fébronie voulut cesser tout rapport avec les personnes qui n'étaient pas de la communauté. Cependant sa réputation de sainteté était telle que plusieurs femmes avaient fait de nombreuses instances pour lavoir et lui parler, mais la pieqse enfant avait toujours refusé de les recevoir. L'on raconte cependant qu'une jeune veuve, catéchumène, qui était sur le point de se remarier, parvint auprès d'elle à Taide d'un déguisement toléré par la supérieure. Fébronie, trompée par le costume, accueillit la prétendue religieuse, comme une sœur et ne fit aucune difficulté de se lier avec elle. Dans leur entretien, elle lui parla de Dieu et du bonheur de l'état religieux avec tant d'onction que la veuve, qui ne songeait jusque-là qu'à convoler à de secondes noces, ne pensa plus, dès ce moment, qu'à se consacrer à Dieu dans la retraite. Le Ciel procura à la nouvelle chrétienne une seconde faveur. Après avoir reçu le baptême, elle convertit à la foi de Jésus- Christ toute sa famille qui était idolâtre jusqu'à ce jour.
Mais la tranquillité dont jouissaient les religieuses du monastère de Sybapolis fut bientôt troublée. La supérieure fut avertie des nouvelles persécutions suscitées par Dioclétien contre les disciples du Christ. On lui assura même que le préfet Lysimaque et Sélesse, son oncle, ennemis jurés des chrétiens, allaient venir à Sébapolis. A cette nouvelle trop confirmée par l'événement, la supérieure réunit ses
compagnes, a Vous ôtes libres, leur dil-elle, mes filles, allez où vous voudrez ; mcltcz en sûreté votre vie et votre innocence. Quant à moi, trop âgée et trop infirme pour fuir, j'attends ici le martyre. Hélas! ajouta-t-elle en versant des larmes, ma seule douleur est de laisser après moi Fébronie; que deviendra-t-elle? )> La sainte fille se levant alors, et puisant son courage dans la vivacité de sa foi : « Je resterai ici, dit-elle, ma chère tante, sous la protection de Marie, ma mère et de Jésus-Christ, mon époux. Avec leurs secours je ne crains rien. J'ai fait à THomme-Dieu le sacrifice de mon cœur. Je suis heureuse de lui faire celui de ma vie, et je ne désire rien de plus ardemment que de verser mon sang pour lui. » Toutes les religieuses admirèrent en pleurant, cette généreuse résolution, mais un grand nombre prit la fuite, regrettant de n'avoir pas le môme courage.
Après quelques jours d'attente, une compagnie de soldats, envoyée par le furieux Sélesse, commandée par Prime, cousin du préfet Lysimaque, se présente aux portes du couvent. Les soldats les enfoncent avec violence et se précipitent avec fureur sur les religieuses. Déjà la supérieure est sur le point d'être immolée, quand Fébronie se jetant aux pieds des soldats, les conjure de commencer par elle le sacrifice. A la vue d'un si noble courage, joint à tant de beauté et de bonté, les soldats demeurent comme interdits. Prime étant survenu écarte la troupe, et puis s'adressant à Fébronie : « Que faites-vous là? lui dit-il. Pourquoi n'avez-vous pris la fuite comme la plupart de vos compagnes? Allez, je vous en
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donne la liberté, mettez-vous à Tabri des insultes. » Prime court aussitôt rendre compte à son cousin Lysimaque de ce qui vient de se passer, et, après lui avoir tout raconté il ajoute : « Je viens de trouver dans le couvent une personne d'une beauté incomparable. Son air indique qu'elle est d'une naissance distinguée ; croyez-moi, c'est elle que les dieux vous destinent pour épouse. Venez la voir et la protéger pour qu'elle ne vous soit point ravie. — Mais, répond le doux Lysimaque, j'ai entendu dire à ma mère que ces vierges chrétiennes qui sont dans les couvents, ne veulent point d'autres époux que Jésus- Christ et assurément je ne veux pas être son rival. » Pendant que Prime et Lysimaque s'entretenaient ensemble, un soldat qui les avait entendus, courut rendre compte à Sélesse de ce qui venait de se passer et de leur conversation. Sélesse, courroucé, les fit appeler l'un et l'autre et ordonna d'amener devant lui Fébronie. La timide vierge s'approche avec un air plein de dignité. Sur son visage était peinte une telle expression de sérénité d'âme que le tyran en la voyant demeura comme interdit, a Êtes-vous libre ou esclave? lui demanda-t-il. — Je suis esclave. — Quel est votre maître? — Jésus-Christ. Vouée à lui dès l'enfance, je n'ai jamais servi et ne servirai que lui. — C'est dommage que vous vous soyez laissé infatuer des principes de la secte chrétienne. Croyez-moi, quittez vos erreurs, sacrifiez aux dieux qui vous rendront heureuse. Dès aujourd'hui vous deviendrez ma nièce. Je vous donne mon neveu pour époux et vous serez une des premières dames de Rome, comblée de richesses et d'honneurs. Qu'on
lui ôte ses chaînes, ajouta-t-iU » Fébronie prenant alors un ton grave et solennel qui contrastait avec sa timidité et sa modestie ordinaires et tenant d'une main ses chaînes qu'elle était fière de contempler : (( Je vous en conjure, Seigneur, dit-elle, ne m'ôtez pas le plus bel ornement que j'aie jamais porté. Quant à la proposition que vous me faites, ô prince, je la refuse. Épouse du Christ, je n'aurai jamais d'autre époux que lui. Jamais je ne sacrifierai à vos dieux. )) Sélesse, outré de colère, fait déchirer à coups de fouet le corps de la généreuse Fébronie, qui ne fut bientôt qu'une plaie sanglante. Ensuite il ordonne qu'elle soit étendue sur un lit de fer et brûlée à petit feu. Les païens, à ce spectacle révoltant, détournent leurs regards. Fébronie seule paraît insensible, et sur son visage rayonne le contentement et la joie. Cette insensibilité met le comble à la fureur du tyran. Il ordonne qu'on lui déchire le sein et qu'on lui brise les dents. Comprenant enfin que rien ne pouvait faire faiblir le courage de cette héroïque chrétienne, il lui fait trancher la tête. Fébronie demeure ferme jusqu'au dernier soupir, et le nom de Jésus est la dernière parole de la vierge expirante.
Lysimaque et Prime, témoins du combat et du triomphe de la Sainte, s'entretenaient douloureusement de son ardeur et de la puissance du Dieu des chrétiens, quand on vint leur annoncer que Sélesse, devenu tout à coup furieux et enragé, s'était brisé la tête contre un pilier et avait expiré sur la place. Ils accourent, mais le cadavre ensanglanté les saisit d'horreur et d'épouvante. « Il ne manquait plus que ce trait à la gloire de Jésus-Christ et au
triomphe de Fébronie, dit Lysimaque. )) Aussitôt il ordonne de recueillir, dans un riche cercueil, le corps de la martyre, ainsi que la terre rougie de son sang. Dès ce moment il fait cesser la persécution et de concert avec Prime il embrasse le christianisme; et sa conversion est le prélude d'un grand nombre d'autres. La plupart des historiens placent le martyre de Fébronie au 25 juin de Tan 303.
Réflexions pratiques.
Sainte Fébronie, dès son ^enfance, ne reçut que des leçons de vertu ; elle n'eut devant les yeux que de bons exemples ; aussi quelle piété prématurée et persévérante dans cette jeune fille! Quel soin de conserver son innocence! Quel zèle pour marcher dans les voies de la perfection! Quel courage pour confesser la foi de Jésus-Christ! Dans l'interrogatoire que lui firent subir les tyrans, elle montra une force d'âme et une intrépidité que rien ne saurait ébranler. « Je suis chrétienne, je suis esclave de Jésus-Christ; je suis son épouse! Voilà mes titres de noblesse, voilà ma gloire ! Cela est tout pour moi, le reste n'est rien, » La véritable piété n'inspire jamais une moindre ambition. Voilà l'effet d'une éducation chrétienne. Voilà le résultat du bon exemple; voilà la puissance de la foi! Heureux l'enfant qui croît, grandit, se développe sous les regards d'une famille chrétienne! Malheur à celui dont les parents n'inspirent que l'esprit et les maximes du monde! Parents, maîtres, supérieurs, quels exemples donnez-vous à vos subalternes? En
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VOUS imitant est-on sur le chemin que suivirent les saints?
Plan de méditation.
Apostolat du bon exemple : 1« nécessité du bon exemple ; 2° efficacité du bon exemple.