‹ Un modèle pour chaque jour de l'annéeChapitre 2 sur 68 · IV · texte numérisé non relu

IV

dans la piété et dans l'étude des lettres. Doué d'une rare intelligence, il fut envoyé de bonne heure aux écoles où il surpassa en savoir et en vertu tous ceux qui lui étaient supérieurs en âge. Ses progrès dans la voie de la perfection ne furent pas moins rapides. Il exerçait une grande vigilance sur lui-même, attentif à tempérer les mouvements trop vifs de son cœur. Dès l'âge de dix-huit ans, on admirait sa piété, son savoir et son éloquence; lui seul semblait ignorer son mérite ; il aimait la retraite et la prière, et au sortir de ses classes, il se retira au château de Laon, où sa famille, le voyant de plus près, fut plus édifiée de ses rares vertus, qu'elle n'était illustrée par son savoir et par son éloquence. Il y passa jusqu'à l'âge de vingt-deux ans, lorsque le Ciel voulut enfin tirer cette éclatante lumière de dessous le boisseau et le placer sur l'un des premiers sièges de l'Église de France.

Le siège épiscopal de Reims étant devenu vacant, Rémi, malgré sa jeunesse, fut désigné pour le remplir. Il fit tous ses efforts pour rejeter la charge qu'on lui imposait, mais Dieu qui l'avait choisi par la voix du peuple, fit connaître d'une façon sensible combien ce choix lui était agréable. Un rayon de lumière illumina tout à coup le front du Saint et une huile sainte répandue par une main invisible consacra sa tête en exhalant dans la salle le plus suave parfum. A ce prodige, l'enthousiasme du peuple redoubla, et Rémi, craignant de résistera l'appel si manifeste de la divinité, accepta le joug du Seigneur.

Sa conduite pendant son épiscopatfut admirable;

tout son temps était employé à la méditation des divines Écritures, à l'instruction de son peuple, et à la conversion des hérétiques et des infidèles. Il vendit son riche patrimoine, en distribua l'argent en bonnes œuvres, et se regarda comme un pauvre de Dieu. Sa douceur, sa modestie, son affabilité lui gagnèrent tous les cœurs; et comme son zèle était soutenu par une éloquence entraînante, son diocèse ne tarda pas à en ressentlir les effets. Dieu qui voulait rendre sa vie éclatante, le favorisa du don des miracles; on en raconte un nombre étonnant, opérés par la vertu du signe de la croix : c'est ainsi qu'il chassa le démon d'une femme possédée depuis longtemps, et remplit de vin un muid vide, pour récompenser la charité d'une pauvre femme qui l'avait logé chez elle avec beaucoup d'empressement. — Un jour, dans une de ses visites pastorales, on lui amena, près du village de Chaumiey, un homme aveugle et possédé du démon. Dès que ce malheureux fut en présence du Saint il fut en proie à de si horribles tortures qu'il se roula à teneen vomissant d'affreux blasphèmes. Saint Rémi demanda un miracle en sa faveur, et sa prière à peine terminée, les yeux de cet homme s'ouvrirent et sa langue, libre de toute entrave, remercia Dieu. Peu de temps après on lui amena une jeune fille de Tours aussi possédée du démon. Le Saint, sur les instances des parents, la délivra.

Dieu se plut encore à glorifier son fidèle serviteur dans plusieurs autres circonstances. Un terrible incendie dévorait la ville de Reims, tous les efforts pour conjurer le danger étaient inutiles et on déses-

pérait de sauver une seule habitation. Le Saint, sans perdre un instant, tourne ses regards suppliants vers le Ciel : « Seigneur, s'écrie-t-il, Seigneur, soyez propice à ma voix. » II court aussitôt vers le foyer de l'incendie, et armé du signe de la croix, les flammes reculent devant lui et cessent leurs ravages. Il serait trop long de raconter ici les merveilles que le Saint accomplit en sa vie ; il semblait qu'il n'avait qu'à parler pour que le Ciel exauçât sa prière. C'est ainsi qu'appelé au chevet d'un mourant, et n'ayant point d'huile sacrée pour lui administrer le baptême, après une courte prière, il reçut providentiellement une ampoule pleine d'huile sacrée. Cette huile salutaire donna la vie à l'âme et la santé au corps du malade. Mais ce qui donna le plus d'éclat à Tépiscopat de saint Rémi fut la conversion de Clovis, roi des Francs, à la suite de la victoire miraculeuse de Tolbiac. Instruit par saint Wast, prêtre de Toul, le roi fut baptisé par saint Rémi avec plus de trois mille hommes de l'armée française. Clotilde voulut que la cérémonie se fît avec une grande pompe extérieure, capable de frapper les sens du peuple encore barbare et de le pénétrer de respect- pour notre religion. On avait tapissé les rues, depuis la demeure du roi jusqu'à l'église. La procession était immense, les chants sacrés bien exécutés et l'église était brillante de lumière. Le roi, émerveillé de cette pompe, dit à l'évèque qui le tenait par la main : « Mon père, estce le royaume de Jésus-Christ que tu m'as promis? — Non, répondit le saint prélat, ce n'est que le commencement pour y arriver. » Le roi étant entré au baptistère reçut le baptême. C'est alors que le saint

évêque prononça ces paroles si connues : « Courbe la tête, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré, w La cérémonie eut lieu le jour de Noël de l'an 496. — En cet instant il arriva que le clerc chargé de porter le saint chrême avait été séparé du cortège royal sans pouvoir le rejoindre tant la foule était compacte, et quand le pontife voulut mêler le saint chrême à l'eau baptismale, il ne le trouva pas. Rémi, les mains et les yeux levés vers le Ciel, se mit en prière, les larmes inondaient son visage. Soudain une colombe plus blanche que la neige s'approcha de lui, elle tenait dans son bec une petite ampoule pleine de saint chrême; le pontife l'ouvrit, il s'en exhala une odeur suave et la colombe disparut. Clovis, étant incliné devant le pontife, fut baptisé au nom du Pcre, du Fils et du Saint-Esprit, avec deux de ses sœurs et trois mille soldats de son royaume.

Après cet heureux jour, l'archevêque de Reims employa tout son zèle à convertir le reste de la nation. Son crédit près du roi lui servit uniquement à faire des conquêtes à Jésus-Christ, et à faire fleurir la discipline ecclésiastique; c'est ce qui lui a valu le titre d'apôtre des Francs.

Saint Rémi était déjà fort avancé en âge lorsqu'il fut invité au premier concile d'Orléans où devait se trouver un évêque arien très instruit. Saint Rémi, malgré ses vieux ans, ne manqua pas de s'y rendre. Dès qu'on le vit entrer, tous les Pères du concile se levèrent pour lui faire honneur. L'évêque arien, très orgueilleux, fut le seul qui resta sur son siège par mépris, ne daignant pas même le saluer. Son arro-

gance fut punie sur-le-champ. Saint Rémi ayant fait un beau et solide discours contre Terreur, tout le monde était dans l'attente de ce que l'arien allait répondre, mais il fut à l'instant rendu muet. Cet hérétique, frappé de terreur, reconnut sa faute, détesta ses erreurs et tomba aux pieds du Saint qui lui rendit l'usage de la parole pour confesser que Jésus- Christ est un seul Dieu avec le Père et le Saint- Esprit.

Saint Rémi mourut le 13 janvier 533, âgé de quatre-vingt-seize ans, après soixante-quatorze ans d'épiscopat. De nombreux miracles s'accomplirent au sépulcre du Saint.

Réflexions pratiques.

Saint Rémi dont nous venons de raconter Thistoire fut, à l'exemple des Apôtres, des Saints et de Jésus-Christ lui-même, un homme de prières. Après ses études il avait l'habitude de se retirer dans un appartement séparé du monde, pour se livrer au saint exercice de la prière avec plus de recueillement et de ferveur. Toute sa vie il a fait de la prière son occupation principale. C'est à cause de cela qu'il est parvenu à un haut degré de sainteté et qu'il a sanctifié tant d'âmes. — Avons-nous compris nousmêmes le devoir rigoureux de la prière pour nous sanctifier et pour travailler efficacement au salut des autres? L'avons-nous toujours rempli? Comment avons-nous prié?

0 mon Dieu ! en nous imposant le saint exercice delà prière, vous connaissez bien le cœur de l'homme! Vous savez que sans la grâce il ne peut se soutenir

dans l'étroit et pénible sentier de la vie, voilà pourquoi vous voulez que sans cesse il soupire vers le Ciel. Seigneur, nous prenons la résolution de toujours vous prier; apprenez -nous à le bien faire.

Plan de méditation.

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