‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 104 sur 158 · SCÈNE II. 2S · texte numérisé non relu

SCÈNE II. 2S

quoi ?... Ne me parles-tu point? Ne sais- tu pas que J'ai le pouvoir de te délivrer ?

Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, s'il ne t'était donné d'en- haut. C'est pourquoi celui qui m'a livré, est coupable d'un plus grand péché. *

PILATE à part.

Que signifient ces paroles? Elles sont plus étranges que son silence. Lui que je puis d'un mot envoyer à la mort, me juge. Il pèse à sa balance le Sanhédrin juif et le gouverneur romain. U ne m'absout pas, mais il me déclare le moins coupable l Que me reproche-t-il ? De Tavoir fustigé? C'est pour le sauver. Ou me croit-il assez lâche pour le livrer à ses ennemis? Au moins reconnaît-il que le pouvoir de Rome sur la Judée nous a été donné de Dieu, tandis que le Sanhédrin à l'entendre n'aurait pas le droit de le juger et de me le livrer ! N'est-il pas Juif et n'est-il pas comme tout Juif soumis au tribunal suprême de sa nation? Ou prétend-il réellement être le Roi des Juifs, que sais-je? un fils des dieux 1 Non, non, il y aurait folie à le prétendre et ses regards ne sont pas d'un fou. — A Hemianii. Tu as raison, Ârminius ; cet homme est un fidèle sujet de César.

HERMANN

Délivrez-le donc de ses liens et déclarez-le solennellement innocent. Il serait en vérité par trop absurde qu'ils eussent le droit de vous faire relâcher un brigand, et que vous n'eussiez pas celui de sauver de leurs mains impies un honnête homme.

' Jean XIX, 9 sqq.

256 QUATRIÈHE JOURNÉE.

PILATE

Aussi ne m'arracheront-ils pas sa condamnation. Mais je dois ménager Anne et Caïphe ; ils se disent nos amis^ et leur amitié nous garantit la tranquillité de la Judée.

HEAMANN.

Dans le cœur du Romain comme dans celui*du Germain^ la conscience juge de tout sans appel.

PILATE

Sans doute, mais ma conscience, c'est le salut de l'empire. Une libération immédiate de ce Prophète provoquerait une dangereuse émeute. Je dois aviser aux moyens dela prévenir, différer la sentence, faire venir de Césarée plus d'une cohorte. N'entends-tu pas comme redoublent les cris et la fureur de cette populace? On dirait qu'ils répètent les mêmes paroles. J'entends sans cesse revenir le nom de César. Approchons-nous.

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