‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 106 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

PILATB MOi.

Je suis perdu. Ces cris affreux yont retentir jusques à Rome: « Pilate s'est déclaré Tenneini des sacrificateurs et des anciens qui sont les amis de Rome, et Tami de leur redoutable ennemi qui se dit le Roi des Juifs, qui compte déjà par milliers ses partisans, à qui d'anciens oracles promettent l'empire du monde. » Ma chère Procla et moi sommes morts. Il verse le sang comme Feau. Il est tout soupçon, et sur un seul soupçon il tue. — Mais pourquoi ce jeune fanatique est-il venu dans cette cité affronter la mort et braver ses tout-puissants adversaires? S'il est vrai qu'il est un thaumaturge, pourquoi s'est-il laissé faire prisonnier? Pourquoi ne pas faire le moindre miracle devant Hérode qui l'aurait à l'instant même relâché? S'il a soif de la mort, qu'il en boive la coupe malgré moi t J'étais décidé à le sauver; mais je ne le pourrais plus sans exciter une épouvantable émeute et verser des flots de sang. D'ailleurs ne suis-je point la dupe d'un adroit hypocrite qui vise réellement au trône et m'endort par de faux semblants d'innocence? — Je voudrais me le persuader et je ne le puis. Je me trouve aujourd'hui en présence d'une vertu que je n'avais jamais rêvée. Ses regards, ses paroles, son silence, tout en lui m'étonne et me charme. S'il était un dieu ? Mais que dis-je ? y a-t-il un Dieu? y a-t-il des dieux? et qui serait au siècle des Césars assez insensé pour croire à des apparitions de dieux sous des formes humaines? Ce Galiléen, tout vertueux qu'il est, a le cerveau malade. Se dire le Fils de Dieu et se faire condamner à mort par ses juges pour un tel blasphème : ce n'est pas d'un sage. Socrate était plus sensé, plus humble, plus vrai. — Oui, mais il ne faisait pas de miracles, il ne ressuscitait pas les morts,

et il ne parlait pas avec cette autorité surhumaine. 0 Jupiter, Jupiter ! toi que je n'ai jamais invoqué, aie pitié de moi à cette heure! fais-moi connaître par un signe quel est cet homme ? Mais tu l'as dit cette nuit même à Procla 1

— Je le sauverai.

SATAN à Pilate.

Tibère !

Tibère! Tibère! c'est la hache du licteur, c'est la mort! La mort ! le sépulcre ! la nuit éternelle ! le néant ! Le néant ou l'enfer ! — Mais vivre les mains souillées du sang du Juste? — Il est longtemps plongé dans ses pensées, les regards fixés an sol. Il sort lentement de la salle, fait signe à Jésus de le snWre, le laisse au pied du tribunal et monte sur son siégea

SATAN à Sammaêl.

Notre cause est gagnée par la haine juive et par la lâcheté romaine.

PILATE à la foule.

Voilà votre Roi, que vous acclamiez il y a peu de jours encore. — A part. Où se cachent donc ses partisans ?

ELDAD.

Notre Roi, notre Messie, relâchez-le.

JOKSAN se jette sur lui et le frappe.

Te tairas-tu, vil Galiléen?

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