‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 112 sur 158 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

nul prophète n'a prédit sa venue, sera la consolation et la joie de Thuinanité tout entière. Juifs et Gentils se prosterneront un jour à ses pieds en lui disant : c Tu as par ta mort rendu la paix à nos consciences. Ton amour a gagné notre amour ; nous t'offrons en tribut avec nos cœurs tous nos trésors ^, et nous nous dévouons à toi comme tu t'es dévoué pour nous! »

MOÏSE

Les profondeurs du mystère s'illuminent à mes regards. J'entrevois, je comprends : cette victime qui s'offre à Dieu en holocauste de bonne odeur, c'est celle qui, dans ce grand jour de l'universelle expiation, purifie non plus le seul temple de Jérusalem*, mais la terre entière; non pas la seule patrie de la race d'Adam, mais toutes les terres souillées comme la nôtre...

MicAEL rinterrompant.

Et même les cieux^ que les rachetés, en y entrant, flétriraient de leurs vieilles impuretés.

MOÏSE

Et c'est avec la pleine conscience de sa divinité qu'il se laisse crucifier par ces insensés t II sait que sa mort est l'éternelle rédemption de l'incommensurable univers, et son âme^ détournant ses pensées des espaces et des temps infinis, est tout entière à la scène qui se passe devant elle. Elle la reflète paisible et pure, comme le lac le plus lim<

ï Apoc. XXI, 24, 26. Comp. Matth. II, 11. « Lev. XXI, 16.

» V. plus bas § 95.

pide. Amis et ennemis, Juifs et Gentils, il les voit, il les aime, il les juge. Son regard lit tout ce qui se passe au plus profond de leur cœur.

ELIE

Nous étions heureux, ô Moïse, de nous sacrifier pour notre peuple et d'attirer sur nous les châtiments dont le menaçait la justice divine. Nous Faurions été même de subir pour un seul ami la prison, la mort. De quelle félicité doit donc déborder le cœur d'un Dieu qui par son trépas arrache à l'éternelle condamnation tout ce qui souffre dans l'immensité de la création ! Aussi Jésus sourit-il aux douleurs de sa chair, et du sein de ses tortures contemple- Ml sans nuage son Père qui l'inonde de son amour. Mais cette joie ineflable, il la réprime, il la tient comme en réserve pour l'avenir. Sa compassion se concentre à cette heure sur ses frères qui le font souffrir, et sur ceux qui souffrent avec lui.

MIGAEL.

Si vous pouviez pénétrer plus avant dans son cœur, vous verriez qu'il attend , mais sans crainte, l'heure affreuse de l'abandon, que son Père lui a révélée en Gethsémané.

SAMMAEL à Satan.

Entends-tu, là-haut, leurs propos?

SATAN

Oui.

SAMMAEL.

Comprends-tu ce qu'ils disent?

Page 1