‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 35 sur 158 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

TOUS asseoir au repas de ses noces, votre Jérusalem sera incendiée et yous-mèmes tous périrez par )*épée.

Les menaces du méchant ne sont devant TEternel que de vaines paroles.

BLIÂB à PhiloD.

Philon, vous ne m'écoutez plus. Faites-moi donc part des pensées qui vous absorbent.

PHILON

Plus je réfléchis à cette parabole de la vigne, plus j*en admire, sous une forme aussi simple que concise, Toriginalité et la profonde vérité. Elle suppose chez son auteur une intelligence très remarquable de Thistoire dlsraël. Ce temps du Désert et de la conquête où Jéhovah est présent au milieu de son peuple, et au terme duquel il remonte dans les cieux ; cette longue éducation des Hébreux par les prêtres ou par les juges et les rois ; cette saison des fruits qui est celle des grands prophètes dont on maltraite les premiers et fait mourir les derniers : un philoso phe n'aurait pas mieux dit.

ELIAB

Tu oublies, Philon, Tenvoi du Fils de Dien qui sera à son tour mis à mort, et dont la ruine d'Israël vengera le martyre. Mais un philosophe n'aurait pas inventé la parabole toute prophétique des noces royales. Ce Jésus qui ce matin encore réjouissait nos cœurs par ses promesses de salut et de pardon, est bien le même qui convie à un joyeux festin tous les hommes. Il croit, il sait que Dieu l'appelle à ouvrir l'ère de miséricorde, à fonder l'alliance de grâce produite par les prophètes. Les Juifs rejetteront

ses appels, feront périr ses serviteurs et seront égorgés ; puis, parmi les convives de toute race et de toute condition qui viendront s'asseoir à sa table, il y en aura d'indignes qu'il fera jeter dans les ténèbres du dehors; car beaucoup sont appelés, peu sont élus.

SATAN à Stmmaël.

Tu viens en effet de l'entendre toi-mèmè répéter cet inconcevable aveu : Peu d'élus. Il ne perd pas une occasion d'effrayer ses partisans.

Huitième heure ou deux heures après midi.

ELDAD.

Quel est ce groupe de jeunes gens et d'hommes âgés qui s'avance d'un air modeste et pacifique vers le Prophète*?

' JAHIR.

J'y vois de mes compatriotes bien connus par leur dévouement à la cause des Hérodes et par leur violente opposition au patriotisme des Pharisiens.

- JOKSAN.

Mais ces jeunes gens sont les disciples des Pharisiens. Que signifie cette alliance entre deux partis ennemis, et pourquoi le nôtre n'est-il représenté par aucun de nos docteurs et de nos prêtres?

ELDAD.

S'ils se sont fait remplacer par leurs élèves, c'est sans doute qu'ils ont craint de se compromettre eux-mêmes.

^ Matth. XXII, 15 sqq.; Marc XII, 13 sqq.; Luc XX, 20 sqq.

SGÈNB II. 105

UN DES HÉBODiENS à soii Yoisiii, 60 passant devant EUad et ses amis.

Il ne peut nous échapper. C'est un Galiléen. Un de ses apôtres, son cousin, dit-on, est même un zélote. Nous allons le livrer à la domination et à la puissance du gouverneur romain,

les Hérodiens et les Pharisiens se sont rangés en demi-cercle au-devant de Jésus. Le plus jeune de ces derniers s'avance vers loi:

Maitre, il est une question aussi grave que difficile, que nos docteurs ne parviennent pas à résoudre. Or nous savons que vous enseignez la voie de Dieu dans toute sa vérité, ne regardant qu'à la loi et à la prophétie et ne vous souciant aucunement des hommes. Est^ilper^ mis ou non, à la race d'Abraham, au peuple de l'Eternel, de payer le tribut à César?

ELDAD.

Le piège est bien tendu; si le prophète dit : non, il pousse la nation à la révolte; si oui, il renonce à être le roi d'Israël.

JÉSUS

Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ? Montrez-moi la monnaie du tribut, — Le jeune Pharisien loi teod un denier. — De qui est cette image et cette inscription ?

LE PHARISIEN

De César,

JÉSUS

Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu,

JOKSAN.

Votre Messie est plus rusé encore que ses ennemis.

106 PREMIÂRB JOURNÉE.

ELDAD.

Voyez donc leur étonnement et leur surprise. Ils ne trouvent rien à redire à cette parole-là et se taisent. Le peuple s'amuse de leur embarras.

jAmR.

Rendre à César sa monnaie. . . jusques au jour où notre roi frappera la sienne.

ELDAD.

Il ne nous donne aucune espérance pareille.

JAHIR.

Mais il la sous-entend; autrement il ne serait pas le grand monarque de la prophétie.

ELDAD.

Ce qu'il nous dit de payer le tribut, n'est-ce pas ce que Jérémie avait ordonné aux Juifs emmenés captifs à Babylone ? ^ Mais sous le joug de l'étranger , nous pouvons rendre à Dieu ce qui est à Dieu, et ce que Dieu attend aujourd'hui de nous, c'est que nous croyons au Sauveur qu'il nous a envoyé. Notre conversion et notre salut n'ont rien de commun avec notre liberté ou notre servitude politique.

JAHIR.

Tu distingues, tu opposes ce qu'unit la prophétie.

ELDAD.

Je crains bien, Jahir, que tu ne comprennes pas les Ecritures.

scàNB II. 107

BLDAD.

Joksan, connais-tu ces hommes qui s'approchent du prophète avec l'intention évidente de lui poser quelque grave problème.

JOKSAN.

Ce sont des Sadducéens. Ces incrédules, ces païens prétendraient-ils être plus heureux que nos Pharisiens et réduire au silence votre Nazaréen? Ils engagent avec lui la lutte avec leur fameux argument du lévirat, que nous ne parvenons pas (j*en conviens^ à réfuter. Sept frères épousant successivement la même femme et mourant sans enfants, duquel d'entre eux [serait-elle la fem,me^ s'il Y avait une résurrection des morts ? Ecoutons la réponse de votre Prophète.

JÉSUS

Vous ne comprenez ni les Ecritures ni la puissarice de Dieu. Le Dieu qui a tiré du néant toutes choses, peut transformer en des êtres semblables aux anges ceux des hommes qui auront été faits dignes de Téter nelle félicité. Fils de Dieu, ils ne prendront point de femme en mariage. Et quant à la résurrection, n'avez'vous point lu dans le livre de Moïse comment Dieu lui parla dans le buisson en disant: « Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. » Or, Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants; car tous vivent en lui. Vous êtes donc dans une grande erreur.

JOKSAN, JAHIR, ELDAD, PLUSIEURS SCRIBES.

Maître, vous avez bien dit. — Nous admirons votre sagesse. — Vous découvrez dans nos Saints Livres ce que

personne n'avait su y trouver. — Nul ne peut lutter contre vous.

LA. FOULE

Hosanna au roi d'Israël !

JAHIR.

Pourquoi les Pharisiens s' assemblent-ils dans cet angle du parvis? Complotent-ils une nouvelle attaque? Veulent-ils être battus une troisième fois? Ou délibèrentils, les insensés, sur les moyens de s'emparer de sa personne en notre présence? Mais le voilà qui marche vers eux et va les surprendre dans leur conciliabule.

JÉSUS

Que vous semble-il du Messie? De qui est-il le fils?

UN PHARISIEN

De David ; la prophétie l'annonce clairement.

UN AUTRE PHARISIEN

Fils de David, il naîtra à Bethléem, la ville natale de notre grand Roi.

JÉSUS

Comment donc David inspiré l'appelle-t-il son Seigneur dans le psaume où il dit: ^Le^ Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite jusques à ce que faie mis tes ennemis sous tes pieds, • Si David

^ L'hébreu dit : L'Etemel (Jehovali) dit à mon Seiqneur (Adonaï). Jésus suit la traduction des LXX qui établit une pleine égalité entre Dieu et le Messie.

SGÈNB II. 109

nomme le Messie son Seigneur, comment le Messie peut-il être son fils ?

JESÇER.

Que veut-il nous prouver par ce psaume? Pourquoi donc enveloppe-t-il constamment sa pensée de voiles impénétrables?

ELDAD.

Ces voiles-là sont transparents pour ceux qui l'aiment et croient en lui. Le Messie, tout fils de David qu'il est, n'est pas moins le Seigneur. Michée^ ne dit-il pas à la fois qu'il naîtra à Bethléem et que ses issues sont de toute éternité? Esaïe,* qu'un fils nous est né et que ce fils est le Dieu fort?

JOKSAN.

Et il prétend être le Seigneur I II se fait de nouveau égal à Dieu î Oh ! que ne l'avons-nous lapidé il y a six mois dans ce parvis même, quand il se disait avoir existé avant Abraham !

ELDAD.

Joksan, ne te révolte pas contre les prophètes. S'il s'est dit tout à l'heure dans ses paraboles le fils de Dieu, David l'y autorise. Tu vois de tes yeux l'accomplissement de la prédiction de Malachie^ : « Le Seigneur ehtreradans son temple. »

JOKSAN.

Ce fils d'un charpentier, cet habitant d'une bourgade aussi décriée que Nazareth, serait notre Adonaï ! Votre foi vous trouble l'esprit et vous sondez les Ecritures à votre perdition et à la nôtre.

* V, 2. — » IX, 5. - • m, 1.

110 PREMIÈRB JOURNÉE.

JAHIR à Joksaii.

Adonaï rassemble aujourd'hui dans son temple sa sainte et invincible armée, et demain l'Eternel mettra sous ses pieds tous les ennemis qui lui résisteront dans cette cité.

Tes discours respirent la haine et le sang. Tu appelles de tes vœux la guerre civile. Mais je reconnais en toi un fidèle disciple de ce Démoniaque qui a déclaré apporter sur la terre l'épée et non la paix, et qui tout à l'heure nous annonçait qu'il allait brûler notre sainte cité, égorger le peuple de Dieu.

Après le sacrifiée h soir; vers la dixièDe heure du joor oa la ([uatrième 4e Taprès midi.

JÉSUS*

Les scribes et les pharisiens sont assis dans la chaire de Moïse: toutes les choses donc qu ils vous diront d'observer, faites-les. Mais n'imitez point leurs œuvres; car ils disent et ne font pas. Ils lient ensemble des fardeaux insupportables et en chargent les épaules des hommes; mais ils ne veulent pas les remuer de leur doigt.

Ils font toutes choses pour être regardés des hom,mes; ils aiment les premières places dans les synagogues comme dans les festins; ils prennent plaisir à être appelés: Notre maître, notre maître. Mais -vous, mes disciples, vous n'avez qu'un docteur, le Christ, et vous êtes tous frères. Que celui qui est le plus

^ Matth. (seul) XXIU ; comp. Marc XII, 38 sqq.; Luc XX, 45 sqq

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