‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 63 sur 158 · MATTHIEU · texte numérisé non relu

MATTHIEU

Ou distribuer quelque argent aux pauvres. JUDAS, ei sortant de la maison.

Quelle nui7 obscure ^1 Jamais les ténèbres n*ont été aussi épaisses. Mais il fait jour au-dedans de moi. Je vais avertir Caïphe de réunir sans tarder les gens qu'on a mis à mon commandement.

SATAN, remontant dans le nnage, à Sammaêl.

Dans peu d'heures le Fils de Dieu sera aux mains de nos amis.

UN ANGE

Comme le Seigneur a l'âme soulagée par le départ du traître ! Mais il ne peut encore laisser un libre cours à son

» Jean XHI, 30.

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amour pour ses disciples. Il doit auparavant les prémunir contre leur présomptueuse confiance en leurs. propres forces sans toutefois les décourager.

JÉSUS

Le Fils de l'homme vient d'être glorifié et Dieu avec lui par la retraite de celui qui n'était pas des nôtres. Mes chers enfants, je ne suis plus que pour peu de temps avec vous; vous me chercherez; mais, là oii Je suis, vous ne pourrez venir.

PURRE.

Seigneur^ oii vas-tu f

JÂSUS.

Là où je vais, tu ne peux m,e suivre maintenant; mais tu me suivras un jour (à ptrl) par la croix au ciel.

PIERRE

Pourquoi ne puisse pas maintenant te suivre? J'exposerai ma vie pour toi.

JÉSUS

Vous serez tous cette nuit scandalisés à cause de moi; car il est écrit: < Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées. » Mats après ma résurrection , j'irai devant vous en Oalilée.

PIERRE

Quand rnême tous seraient scandalisés, je ne le serai pourtant jamais.

JÉSUS

Simon^ Simon, voici Satan a demandé instam» ment à vous cribler comtne le blé. Mais j'ai prié pour toi que ta- foi ne dé faille, point. Toi donc, quand tu seras un jour converti, fortifie tes frères.

PIERRE

Seigneur ! je suis tout prêt à aller avec toi, soit en prison, soit à la mort,

JÉSUS

Tu exposeras' ta vie pour moi! En vérité, en vérité. Je te dis que le coq ne chantera point que tu ne m,' aies renié trois fois,

PIERRE

Je le le déclare : Quand Anême il me faudrait mourir avec toi, je ne te renierai point,

LES AUTRES APOTRES, JeaD eicepté.

Nul de nous, Seigneur, ne te reniera*.

SATAN

Ils comptent sans moi et mon crible.

JÉSUS aoi apétres.

Que votre cœur ne soit point troublé. Vous croyez^ en Dieu : croyez aussi en moi, H y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ; je vais vous préparer le lieu et je reviendrai vous prendre avec mot, afin qu^ là où je suis, vous y soyez aussi*

SATAN à Samfflad.

Il cherche à consoler ses disciples de son départ. Moi, je donne à mes amis des biens palpables et des jouissances présentes : le temps et la terre sont à moi. Lui, ne peut que promettre à ses élus les trésors invisibles des cieux et de Téternité. Mais Thomme a-t-il été créé pour se repaître d'espérances? Avec sa soif inextinguible de

» Jean XIII, 31 sqq.; Matth. XXVI, 31 sqq.; Marc XIV, 27 sqq.; Luc XXII, 81 sqq.

SCÊNK lï. 187

bonheur, le moindire verre d'eaù qu'il tient des deux mairt» ,n*aura-t-il pas toujours potir lui mille fois plus de pfix et d*attrait que toutes le^ sources possibles d*eau vive dans les inaccessibles parages de TaTenir? Aussi les apôtres me font-ils pitié ! Les laisser ainsi seuls derrière soi sans faire miroiter à leurs yeux la moindre ^perspective, vraie ou fausse, de gloire imndédiate ! Ne pas même leur accorder» à la demande de Philippe ^^ ce qu'avait obtenu Moïse pour ses soixante et dix anciens sur le Sinaï : de voir le Djeu d^Israël sur son trône de saphir I C'e$t cruel et ce n'est pas prudent. Il y a là comme une insulte à mon adresse : on ne daigne pas les fortifier contre mes desseins I Et ces pauvres pêcheurs, à supposer qu'ils échappent de mes mains, que feront-ils quand II les aur^ abandonnés à euxmêmes? Coniment s'y, prendront -ils pour fonder son royaume? Comment réussiront-ils quand il a échoué?

JÉSUS ani apôtres.

En vérité, en vérité, je vous le dis : celui qui croit en moi, fera les œuvres' que Je fais, et il en fera même de plus grandes, paràe que Je m* en vais à mon Père, qtie j'éxaticerai toutes les demandes que vous ferez en mon nom, et qtre le Père vous donnera l'Esprit de 'Vérité qui demeure déjà avec vous et qui bientôt sera en vrms. Je ne vou^ taîsserai point or'^ phelins; int>n Père et moi viendrons vers vous en cet autre Consolàteikrét nous ferohs nôtre demeure che'^ vous: Je vous laisse, Je vous donne ma paix, qui ne ressemble point à celle du monde. Que votre cœur ne soit point apité'^ ne craignez point. Je ne parlerai

UeanîïV, ^;Éx.XXIV, •

188 TROISISIIS JOURNÉE.

jpilus ,gv,ère^ avec votis; car le Prince de ce monde vier^t Mais il n'a rien en moi, .

SATAN à Snmaêl.

Que je n'aie aucune prise sur lui, c'est vrai; mais que ses disciples soient plu$ heureux et puissants que lui, c'est ce que je ne puis admettre.' Il affirme sans cesse ce que je nie; Tabsurde lui paraît tout ce qu'il y a de plus simple et raisonnable ; l'impossible, à l'en croire, va se faire sans le moindre effort. Comment transmettrait-il à ses disciples plus de force qu'il n'en possède lui-même ? Par quels procédés obtiendraiMl pour eux de son Père ce qu'il n'a pu lui arracher pour lui-même dans ces longues nuits de prières ? Comment enfin ce fameux Esprit saint produirait-il phis de fruits, dissémihé sur tous ses disciples, que concentré tout entier fen lui? '

SAMMAEL.

Je crois que nous avons le monopole du bon sens.

SATAN

Quels .moyens d'action Jean et les quelques autres élus auront-ils à leur disposition? f^es prophéties? Qui les connaît hors de la Judée? Dans ce pays même, qui les comprend? Et qui, pour en avoir constaté l'accomplissement, renoncerait aux voluptés de la terre? •<-* Les miracles?... j^ L'ai vu guérir les malades par milliers. J'ai cru que la reconnaissance allait lui <|onner une immense armée de disciples. Mais j'ai été bientôt détrompé : je ne croyais pas, Sammaël, avoir Cait l'homme aussi ingrat xii aussi aveugle. De tous ceux auxquels il a rendu la santé, combien y en a-t-il qui m'ont quitté pour lui ? J'en compte tout au plus quelques dixaines. Si les Galiléens* ont voulu le pro-

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damer roi, c'est quMl arait, par un miracle, apaisé leur faim au désert. Ils imaginaient que sous son sceptre ils pourraient manger et boire à souhait sans travailler: Il a dissipé leur illusion avec une loyauté dont je lui suis fort reconnaissant. La résurrection de Lazare lui a valu l'autre jour son eqirée. triomphale à Jérusalem ; les foules se trompaient sur ses intentions, et en se dérobant à leur enthousiasme, il a fait preuve d'une non moin» grande loyauté. Les miracles n'agiraient avec efficace sur les consciences que s'ils flattaient le vrai homme et ses fortes passions. Aussi tous les élus recevraient ce don des prodiges qu'encore je redouterais peu leur action sur nos sujets, et, s'ils sont réduits à raconter les exploits de leur Maître, comment le récit se^ai^iI plus impressif que ne l'a été la vue ? Mais écoutons la morale qu'Û prêche à ses apôtres.

JÉSUS

Je suis le cep, et mon Père est le vigneron. Il émonde tout sarment qui porte du fruit. Vous êtes les sarments : vous ne pouvez produire des fruits qu'en demeurant en moi. Si quelqu'un ne demeure pas en 7noi, il est Jeté dehors^ comme le sarment; il sèche ; puis on l'amasse, et on le met au feu, et il brûle.

Peut^n imaginer une morale plus antipathique ik la bonne nature humaine ? Où les hommes puisentriis leurft forces, si ce n'est dans leur cœur .et leur esprit ? L'abondance de leurs œuvres n'est-elle pas en proportion de l'ardeur de leurs désirs ? N'est-ce pas exiger d'eux Timpossible que de leur imposer le devoir de se faire les sarments d'un cep étranger ! Et si un sur dix mfllè obéit à cet or-

d9Q TBOISISHS JOUHNÉE.

dr^ quelle perspective lui o^¥^e-t-OQ.? D'-ètre émandésans pjtié, s'il est. fertile; s'il est stérile, d':ètre brûlé I Le Na* zf réen. luet autant de soins à repo^isser lesliommes que j']en mets à les aUirer !..

moASL if 9)110.

li connaît l'hombie que Dieu a fait à son image. Toi, fti ne vois que ta propre image dans le cœur de tes victimes.

SATAN

J'y vois ce qui est. Il y voit ce qui était et ce qui n'est plus.

' ' JÉSUS

C*est ici mon commandement^ que vous vous aim,iez les un^ les autres comme je vous ai aimés. Personne n*a un plus grand amour que d'exposer sa vie pour ses amis,

SATANE

Le dévouement est sur ma terre une chose qu'on admire, macis qu'on pratique fort peu. Aussi me gardé-je bien d'en imposer le devoir à mes gens ; je laisse un libre cours à leur égoïsme; et je me. ris de là niorale du sacrifice et de Tamour fraternel, comme de celle de la contrition, du renoncement et dé la sainteté. Je suis devenu le dieu de la race humaine en flattant les sens, Tàme et l'esprit de la première femme : ce li'esit pas en Usant de moyens contraires qit'on* me fera dépendre de mèn trône.

Si le monde vous fiait,, sachez que j'en ai été haï €Lvant vous. Le serviteur n'est pas plus gvfiLnd que son n^aitre: s'ils m'ont persécuté^ ils vous persécute-

SGÂNK II. i9ft

ront aussi. Même le ten^s vient que quiconque vof4s fera mourir^ croira servir Dieu. Je vous ai dit ces choses^ afin qv/e, quand l'heure sera venuey il vous en souvienne et que vous ne soyez pas scandalisés ^,

mx ANOi i Ketél.

Nous irons à la rencontre des martyrs, lés palmes à la main, avec des ctïi de joie et des champs de triomphe.

SATAN à Sanmaël.

Et pour récomipense des plus héroïques Yertus> la persécution ! A droite le bûcher, àjgauche la volupté; Tbomme peut choisir t

MicASL à Sataa.

L'homme préférera le bûcher et le ciel à la volupté et à l'enfer.

JÉSUS

Je vous enverrai l'Esprit de vérité qui rendra té^ moignage de moi, et, vous aussi, - vous me rendrez témoignage,

SATAN

Voilà donc toutes les forces qu'on nous oppose! Une douzaine de mes esclaves rebelles et l'Esprit de véritlé ! Et l'on espère fonder paf eux un empire qui détruira le mien !

La vérité ? Là bas, elle est double, il y a la nôtre et la leur. Quelle est la plus puissante? Celle qui subsiste. Qu'est-ce qui a disparu de la terre entière? La foi et le renoncement. Qu'est-ce qui s'y maintient, y prospère, y grandit de siècle en siècle et y jette des racines de plus en plus profondes? Notre ctilte* et la soif des jouissances.

» Jean XV, 18, 30; XVI, 1, 2, 4.

td2 TROISIÈME JOURNÉE.

Leur Térité, à eux, s*est perpétuée chez les Juifs. Mais au prix de quels efforts? de combien de miracles, d'apparitions, de lois, de prophéties ? Que de fois néanmoins le peuple n'esMl pas revenu à moi! Quand enfin il a cru m' avoir chassé pour toujours et qu'il a nettoyé sa demeure de toutes mes idoles^ n'y suis-je pas rentré plus puissant que jamais avec les sept passions bien parées du pharisaïsme ^ ? Et les Pharisiens ne vont-ils pas faire mourir le Verbe fait chair ?

Les philosophes dé mon empire font bien quelques efforts pour déchirer les rets dans lesquels j'ai pris l'espèce humaine. Ils se doutent que je leur dérobe la connaissance de l'Etre sans nom. Quelques-uns même l'ont entrevu; mais je leur ai troublé l'esprit par mille raisonnements qui se contrarient sans fin ni cesse. Les autres jouent, avec le sérieux le plus amusant, la plus folle des comédies : ils se persuadent qiie cet Être-là ne peut avoir plus d'esprit qu'eux, et ne permettent pas que personne lui attribue une pensée qui dépasse leur entendement. Nous^ nous le haïssons, mais nous ne pouvons nier sa nature incompréhensible! Là bas, le fini mesure à sa taille l'infini t le néant se fait le juge de l'être t l'aveugle prescrit au soleil sa marche) Et ces folies-là s'appellent sagesse 1 1 1

L'homme est tout peur de Celui qui est notre terreur; mais, enfermé dans la ténébreuse prison d'un corps grossier, son esprit a sur nous le privilège de pouvoir douter et d'oser nier. Son plus ardent désir serait d'être parfaitement certain que le ciel est désert. S'il n'y réussit pas, il donné au moins le nom de dieux, il érige des autels aux

* Matth. XIII, 43 sqq.

8GÂNB II. 193

sages qui lui aRirmeot effrontément, sans preuves, sans discussion, qu'il n'y a personne là haut, qu'il est son propre mattre,tqu'il est même le seul vrai Dieu, qu'il n'a pas d'âme ou qu'elle périt avec le corps, et que l'enfer est un conte de vieille femme. Plus on le trompe, plus il est heureux, et la gloire de ces philosophes-là croît en proportion des mensonges qu'ils lui débitent.

La plupart d'entre eux ignorent mon existence, et ceux qui la soupçonnent, couvrent de ridicule qui l'affirme. On ne peut me rendre un plus grand service. Je règne ainsi en paix sur les peuples. Comme personne ne me redoute, toutes les portes me sont ouvertes. Avec l'aide de mes anges, je puis me faire adorer dans les temples sous le nom qui me plait, attiser le feu des convoitises, enflammer mes amis d'une haine mortelle pour mes ennemis, posséder les uns, mettre les autres en rapport avec le monde des mânes, opérer mille prodiges, transmettre à des magiciens, à des sorciers mes pouvoirs sur les foules ignorantes, inspirer à chaque génération un nouvel esprit de vertige. Qui me nie, est mon meilleur ami.

Et pour arracher de m'es mains cette race dont je fais tout ce que je veux, on range en bataille contre moi une douzaine de pécheurs, de péagers, de zélotes ! Si du moins on les armait du miracle t Mais non, tout à l'heure il ne leur a promis rien de semblable. < Allez, témoignez de moi, racontez ce que j'ai fait et dit; votre force, c'est votre parole. »

A ces prédicateurs on associe l'Esprit de vérité? Mais cet esprit-là, je le connais fort bien depuis Hénoc, depuis Moïse et Josué, depuis Samuel et ses écoles de prophètes. Quel dommage m'a-t-il causé ? Quelle défaite m'a-t-il in-

fligée ? Quand il devient trop puissant, je pousse le cri de massacre, et l'heure des martyrs sonne. J'étouffe ainsi dans le sang la foi qui me menace. Je l'ai fait aux temps d'EIie, d'Esaïe, des Macchabées. Cela m'a merveilleusement réussi. J'y recourrai sans doute bientôt de nouveau.

L'Esprit convaincra le monde, vient-il de dire, de péché, de justice et de jugement? *^ Mais lui-môme, le Fils du Dieu tout puissant, a-Ml produit dans le monde juif une telle conviction ?

L'Esprit et les élus annoncent aux hommes le pardon de leurs péchés? Mais qui se reconnaît pécheur, doit se convertir, doit renoncer, et pour croire au pardon, il faut avant tout croire à la justice. Or la terreur d'un Être juste et les ennuis de la repentance repoussent cent mille fois plus drames que n'en gagnera l'espoir de la grâce.

SAMMAEL.

Je le souhaite vivement , Lucifer ; mais l'homme se sent-il réellement heureux à notre service, et ne crains-tu pas que la bonne nouvelle de la rémission de ses fautes ne le séduise?

SATAN

Elle séduira ça et là quelques élus.

SAMMAEL.

Le pardon paraît Hé, je ne sais comment, à la mort de ce Jésus, n se dévoue pour l'homme, et l'homme ne lui en sera-t-il point reconnaissant?

SATAN

Tu plaisantes, Sammaël ! On serait là-bas reconnaissant du pardon, quand on ne l'est pas d'une guérison? Non, non ! sois sans crainte I L'homme n'est qu'ingratitude, qu'égoïsme.

* Jean XVI, 8 sqq.

SGÂNS II* 195

SAMMAEL.

Cependant nous ayons vu récemment le sentiment de leurs souillures et le désir d'en être lavés, faire descendre dans les eaux du Jourdain, à la voix do Jean-Baptiste, tous les Juifs, même des Pharisiens et des Sadducéens. Tu en iétais toi-même étonné et comme inquiet.

SATAN

Us croyaient que leur Messie allait venir, et ils se purifiaient pour mieux jouir à sa suite de toutes les voluptés de la terre.

SAMlfABL.

Je ne puis me défendre de la crainte que par nos fausses {H'omesses de bonheur, les hooimes n'ouvrent enfin les yeux et ne nous abandonnent.

SATAN

Sammaël, ils ne se doutent de notre habileté et de leur aveuglement qu'après leur mort, et l'expérience de chaque génération est perdue pour la suivante.

SAMMAEL.

Au moins ne peux-tu nier que les peuples commencent à rougir de leurs faux-dieux.

SATAN

Je le sais fort bien et je m'en réjouis. Je compte même sur le Nazaréen pour renverser le culte des idoles et je le seconderai de toutes mes forcés. Car, lorsque les hommes connaîtront Dieu, ils n'en seront ni moins ^oïstes, ni moins débauchés^ ni mofns sanguinaires; mais leur coulpe .en sera décuplée et mes droits sur eux d'autant mieux établis.

SAMMAEL.

Mais le pardon I le pardon complet, gratuit, sans condition, comme il Ta accordé à notre belle Madelainet

SATAN

Ce pardon-là sera pour les âmes un oreiller de paresse, où elles s'endormiront dans leurs péchés et se réveilleront à la mort dans nos bras. Puis enfin j'ai toujours à ma disposition la hache et le bûcher. Je dois m'attendre à des luttes plus violentes encore que celles des Macchabées et d'Antiochus. Aussi j'ai déjà dans mon esprit le plan tout tracé d'une machine de guerre que j'exécuterai au temps convenable. Au moyen à*\me inquisition consciencieuse, intelligente, infatigable, je découvrirai et j'extirperai sans fausse honte les moindres germes de foi et de piété. Je dépeuplerai ainsi de tous les élus mon empire ; j'en peuplerai les cieux. Et je réussirai : ne L'ai-je pas entendu dire qu'à son retour il ne trouvera plus de foi sur la terre*?

Ecoute ses disciples lui dire qu'ils le croient enfin issu du Père. Il lui a fallu plus de trois ans pour les convaincre de la chose du monde la plus simple. Ce n'est qu'au moment où il va les quitter, qu'ils reconnaissent en lui un Dieu. Mais il sait que leur foi est mal affermie. Vous allez être dispersés chacun de son coté^ leur dit-il, et vous me laisserez seul^. Nous verrons bien s'ils reviendront à lui!

Le voilà qui prie. Quand il invoque son Père, je ne comprends plus un mot de ce qu'il dit, et je le maudis.

Jésus.

... Père, mon désir est que là oiJtje suis, ceux que tu m'as donnés y soient aussi avec moi... Père Juste, ...je leur ai fait connaître ton nom et je le leur fe*

* Luc XVIII, 8.

• Jean XVI, 29 sqq.

8GÈNK m. 197

rai connaître, afin que l'amour dont tu m'as aimé soit en eux et que je sois moùméme en eux,

TOUS LES ANGBS.

Aiutti.., am^... amen.

SATAN

Quel affreux vacarme ils font dans le ciel I... Il prend le chemin de Gethséimané, suivons-le *.

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