‹ Un mystère de la passion, et la théorie de la rédemptionChapitre 69 sur 158 · JACQUES · texte numérisé non relu

JACQUES

Tout a disparu. • — Que la nuit est sombre et que les heures s'écoulent lentement ! Pourquoi le Seigneur tardet-il pareillement à revenir vers nous?

Les trois ap4tres s'endormest de DouTeau.

scàNB m. 201

JÉSUS M relcvaiit.

L'ange in*a restauré de son o^este aliment. "- Je suis seul à payer la rançon du monde par ma souffrance, comme je serai seul un jour à fouler au pressoir et à teindre mes Yètements dans le sang des peuples rebelles^. -«• Il ratokig* tMDps dans ses peiséen ; puis il va vers les trois disciples. Ils dorment et me laissent seul t Ceux mêmes de mes apôtres qui m'ai» ment le plus et me comprennent le mieux, m' abandon* nent dans cette lutte suprême I lis ne se doutent pas que le prix du combat est Téternel salut de leur âme. Oh 1 que rhomme déchu est un être infirme et aveugle t «— S'une voix forte. Mes amis, réTeillez-vous. — ^ S'adressaiit i Pierre: Est-il possible que vous n'ayez pu veiller une heure avec moif Veillez et priez, de peur que vous ne tombiez dans la tentation ; car Vesprit est prompt, mais la chair est faible. — Il s'éloigne.

PIERRE

Seigneur pardonne... nos y eux sont appesantis,., H s'en va et n'écoute pas nos excuses.

JÉSUS, à genotti, les yeax et les mains levés vers le ciel.

Mon Père^ s'il n'est pa^ possible que cette coupe passe loin de moi sans que Je la boive, que ta volonté soit faite I

piKRRB à Jean.

Le Seigneur s'est soumis à la volonté de Dieu.

URiEL à licaél.

La lutte est-elle vraiment terminée ?

' £s. LXIII, 2 sqq.

HICAEL.

Elk n'est que suspendue... Voyez-le se prosterner de nouveau contre terre... Les terreurs de la seconde mort le saisissent avec une violence croissante... La coupe lui apparaît plusamère à boire que jamais... Ses supplications se répètent toujours les mêmes, mais toujours plus instantes... Tandis que nous prions avec lui et nous associons à ses souffrances, ses disciples se sont endormis. Mais sa sollicitude pour eux ne dort pas; au milieu de ses angoisses personnelles, il est inquiet de leur assoupissement spirituel et des dangers qui les menacent. Le voyez-vous se relever ei retourner ver^ eux? H les trouve de nouveau plongés dans un lourd sommeil. Il les laisse pour retourner sur le champ du combat.

SATAN à Sammaël.

Cette lutte corps à corps de deux Dieux ne cessera-t-elle pas bientôt? Elle m'irrite et m'effraie. Elle se passe en une région où mes regards n'atteignent pas.

MICAEL.

Ses détresses redoublent. C'est avant la mort l'agonie de la mort. Plus il sonde les paroles de son Père, plus il s'épouvante des souffrances qu'elles lui révèlent. La peine des péchés du monde grandit, grandit tellement à ses regards, qu'il doit puiser dans sa nature divine des forces toujours nouvelles pour la concevoir et l'embrasser sans en être écrasé. Oh I voyez, voyez, vous tous qui m'entourez t la seule prévision d'une telle douleur couvre tout son corps d'une sueur de sang!... Les larmes inondent son visage. . . Ecoutez avec ses cris d'angoisse ses prières et ses supplications.

scàNS III. 203

Due traipe de démMs, aecMnit vera-Satan avec ok joie uxiease.

n a peur de la mort... Il pleare, crte^ gémit... Le moindre martyr aurait plus 4le <»urage que loi... Ce Fîlg de Dieu est moins qu'un honune.

SATAN

Taisez-vous ; je ne sais ce qui se prépare contre nous là-haut et dans ce jardin. Cette agonie, cette sueur de sang! que peuvent signifier ces prodiges?

. I7N DES ANGES i licilL

Micaël, dis-nous donc comment le Fils demande ce que son Père lui refuse, et comment Dieu refuse ce que hii demande son Fils?

MIGAEL.

Apprenons à cette heure ce qu'e$t le péché qui renverse

tous les fondements de l'univers,., oe qu'^t s^ coulpe pour

rinfînie justice.

l'ange.

Mais Dieu pardonne à la race d'Adam?

MIGAEL.

Vous voyez à quel prix !

lÉsus.

Je suis venu pour cette heure, je le sais, et tu me vois prêt, ô mon Père, à t'obéir. Mais être fait péché et malédiction ! je ne le puis, car mon sang jaillit de mes veines, je me meurs. Epargne-moi de |els tourments.

MXCAPL.

Dieu se tait.

l'ange.

Que le péché est chose effroyable ! Que les décrets de Dieu sont rncompi-éhenslbles I

204 TB0ISIEM9 JOURNÉE.

MiOàBL.

Le Fils daa^ $ad4tr«sseredouMe ses cris et le Père son silence. Dieu ferme l'oreille aux âuppttcationsd'ufi Dieul

liBo AflInBo é

0 mystère ! ô mystère!

WGAEL.

La victime expiatoire est là debout, devant FEternel, qui ne peut l'accepter tant qu'elle résiste. Mesurez à sa résistance l'indicible horreur des peines du péché.

LKS ANG£^.

0 mystère! ôipystèrel .

JÉSUS

0 mon Père, tu le veux. Que ta volonté soit faite et non la mienne î Me voicî/je me soumets à tes décrets. Je souffrirai et mourrai. Tu le veux: je le veux aussi. Le sacrifice de moi-même est consommé.

LES ANGES

Gloire au Fils de Dieu...

MiGAEL^ les interrompant.

Silence ! silence ! .

JÉSUS après ane longue panse.

Je te rends grâces, ô mon Pèrer.tû m'as délivré de toutes mes terreurs. Je vais où tu me mènes, docile et muet.

MIGÂEL.

0 mes amis ! ne troublons pas même par de saints cantiques le calme qui renaît dans l'âme du Seigneur.

SATAN

Que s'est-il passé dans ce jardin ? comment sort-il de cette agonie, si paisible, si maître de soi, si hautain? D'où

SGÈNB m. SOS

lui venaient ses terreurs? D'où lui vient sa sérénité? Quel pacte s'est-ril conclu entre le Fils et le Père? Comment ai-je pu perdre à ce point Tinteiligence des choses divines quand je comprends si aisément les choses humaines ? Cette mort qui sera mon triomphe, m^ cacberait^Jle r^llementje ne sais quel piège? Lutterait-on de ruse avec moi ? Son sang serait-il Tamorce qu'on jetterait à ma haine ? Ma prochaine victoire se changerait-elle en une humiliante défaite ? Non, cela ne se pei^t. Voici quarante siècles qu'après chaque combat, je reste maître du champ de bataille; mon empire sur l'humanité est aujourd'hui mieux assuré que jamais; d'où surgirait la puissance qui briserait mon sceptre et renverserait mon trène ? Le Fils de Dieu fait homme ne peut être plus puissant que ne l'a été Jéhovah au Sinaï, et que n'ai-je pas fait du peuple élu, qui va devenir le meurtrier de Dieu ?

La cohorte romaine, Caius et Judas en tête, et une tourbe de huissiers et de serviteurs envoyés par les sacrificateurs et les anciens, zarmés d'épées et de bâtons^ portant des lanternes et des flambeaux, débouchent par la porte des Brebis dans la vallée du Gédron, se dirigeant vers Gethsémané ^

SATAN à Sammaël.

Le sort éternel des onze va se se décider dans une heure* Je vais les faire passer par le feu de l'épreuve : tous périront.

SAMMAEL.

Tu m'as dit ne pas vouloir faire d'eux des martyrs.

» Matth. XXVI, 47 sqq.j Marc XIV, 48 sqq.; Luc XXII, 47 sqq.; Jean XVIII, 3 sqq.

â06 TROISfèMS lOURNÉE.

Ils n'en ont ilulle enrie. Miais on les jettera en prison pour leur inspirer une salutaire frayeur, et on ne les relâchera que danâ quelques semaines. S'il sort de son tombeau, Il ne les aura du moins pas pour témoins de sa résurrection.

SAliMAEL.

Je comprends : il ne se fera voir qu'aux femmes qui le suivent, et leurs récits ne trouveront aucune créance.

HicAEL aux anges.

Joignons nos prières à' celles du Fils de Dieu pour ses disciples dont il va être séparé.

cAïus descendant de Jérosalem à la tête de la cohorte, à Judas.

Mettre sur pied mille hommes pour en arrêter un, me semblait quelque peu puéril. Mais, vous avez raison, les clameurs de ses onze disciples pourraient réveiller toutes les maisons voisines, d'où sortiraient des flots de Galiléensqui lui ^ont dévoués. Cependant je ne sais à quel signe je le reconnaîtrai au milieu de ses compagnons. La nuit est irès sombré et c*est à peine si je l'ai vu deux ou trois fois dans léà tuçs de Jérusalem.

JUDAS

Je me tiendrai près de yous et je vous le désignerai.

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