‹ Un nouveau centre de colonisation, l'AbitibiChapitre 3 sur 39 · SOL · texte numérisé non relu

SOL

Les récentes études que l'on a faites du sol de l'Abitibi nous permettent maintenant d'établir sa formation et en même temps sa composition.

D'après l'opinion commune des géologues qui ont visité cette région, Mss. J.-F.-E. Johnston, W.-J. Wilson, du département géologique d'Ottawa, et A. Bancroft, professeur de géologie à l'Université McGill, lorsque l'adoucissement du climat causa le retrait du grand glacier nord-americain, il se forma entre la ligne du partage des eaux et le front du glacier retraitant un lac que l'on a appelle le lac Ojibway.

A mesure que le glacier recula, ce lac s'élargit, les eaux se déversant en plusieurs cours d'eau dirigés vers le sud, mais lorsque les

rivières pré-glaciaires qui se jetaient dans la baie James, furent libérées, le lac se vida vers le nord.

La surface horizontale de la grande plaine de l' Abitibi correspond à l'ancien fond de ce lac glaciaise, et c'est ce qui explique sa composition glaiseuse. Sur le fond de cet immense lac, il se forma à chaque saison des lits uniformes d'argile stratifiée d'un demi à trois quarts de pouce d'épaisseur mêlés à des couches de carbonate de chaux d'un huitième de pouce. L'argile renferme en certains endroits une quantité assez considérable de sable.

D'après M. Wilson, les dépôts d'argile se seraient faits durant l'été, et les dépôts de chaux durant l'hiver ; en comptant le nombre de ces lits d'argile et de carbonate de chaux, et le nombre des lits de sable dans diverses coupes, il a établi que le lac Ojibway aurait eu une existence de 250 ans.

Les plages sableuses que l'on trouve au milieu des argiles correspondent aux divers niveaux des rives de ce lac ; d'autres, aux barres et aux bancs de l'ancien lac.

Les dépôts récents les plus intéressants sont ceux des tourbières dissiminées par ci par là. Elles atteignent parfois six pieds d'épaisseur, et leurs bords montrent qu'il y eut plusieurs générations d'arbres. Pratiquement toute la région est couverte de l'épais manteau de mousse qui est de règle dans les pays du nord.

Là ou les forêts ont été détruites par les incendies, la mousse à également disparu sur de larges étendues en laissant à nu le sol. On peut par ce petit exposé scientifique se faire une idée assez exacte de l'aspect général de cette région. C'est une contrée extrêmement plate, recouverte d'un épais manteau de sable et d'argiles stratifiées, qui laisse de temps en temps percer quelques collines peu élevées.

M. J. M. Leclair, agronome officiel du Département de l'Agriculture, qui a fait une étude du sol de l' Abitibi, au point de vue de sa richesse pour la culture des céréales, fait les remarques suivantes sur sa composition.

11 La texture de ce sol est très fine, partant très compacte. Les

particules de sable qui le composent, de même que celles qui for- " ment les granules de glaise, sont très fines.

La couleur de la glaise change de la teinte bleuâtre à la teinte 11 rougeâtre. Bien que compacte à l'état naturel, cette terre devient

très friable une fois qu'elle a été soumise à la gelée. Elle contient une faible quantité de sable très fin, de dix à vingt pour cent à peu près. Ceci a pour effet de la rendre plus ouverte, plus poreuse, partant plus propre à la culture que la glaise pure. Elle est plus facile à travailler et l'eau y circule plus facilement. 11 Comme ce sol a été durant des centaines d'années recouvert de mousse et constamment imprégné d'eau, l'observateur trop superficiel est porté à l'apprécier au-dessous de sa valeur réelle. Mais cette terre, une fois labourée, mélangée à la couche d'humus qui la recouvre, devient une terre fertile et de très grande valeur. " La couche d'humus et de matières végétales en décomposition varie de quatre pouces à sept ou huit pieds. Ceci est d'une grande richesse fertilisante.

" Ordinairement le colon brûle les détritus qui restent dans son abâtis : si la terre est desséchée, le feu consume aussi l'humus et la terre reste complètement nue. Ceci est de nature à nuire à la récolte durant les premières années.

" Les sous-sol est de même nature et de même composition que la couche arable, c'est une glaise très serrée, par conséquent très réfractaire à la filtration de l'eau. L'épaisseur de cette couche de terre varie de quelques pieds à quarante pieds et plus. " Par suite du peu de filtration, l'eau provenant de la fonte des neiges le printemps et des pluies d'automne s'introduit à travers le sous-sol et y demeure comme dans un bassin ; la hauteur de ce bassin est ce que l'on convenu d 'appeler le niveau d'eau. La profondeur à laquelle se trouve cette eau varie suivant la pente du terrain et la formation de son sous-sol. Dans l'Abitibi, ce niveau d'eau se trouve à très peu de profondeur, trop peu à certains endroits. Ceci est cause que le terrain reste froid, et se prépare tard le printemps. De là la nécessité de drainer pour abaisser ce niveau.

11 Le drainage par fossés à la surface est relativement facile une fois le bois enlevé. Le terrain est partout onduleux ou convergeant en pentes plus ou moins douces vers un lac ou vers une rivière. Un grand nombre de petites rivières et de ruisseaux servent déjà, mais d'une manière incomplète, à écouler l'excès d'eau des pluies et de la fonte des neiges. Quand le bois est enlevé et la

mousse et les souches brûlées, l'excès d'eau à la surface s'écoule relativement bien. En nettoyant et en creusant les ruisseaux qui déjà existent à certains endroits, puis en ajoutant d'autres fossés là, où c'est nécessaire, ces terres peuvent être débarrassées de leur surplus d'eau à assez peu de frais.

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