Luc, XXII
dème pour la première fois sur le front des rois de France^ ainsi nul archevêque ni évêque, vous présent, ou l'un de vos successeurs légitimes, n'ait le privilège de couronner ces mêmes rois, dans les processions solennelles où le cérémonial l'exige.
« Nous demandons en retour à votre dilection, de payer ces faveurs du Saint-Siège de l'obéissance qui lui est due, de garder inviolablement ses décrets, et d'en exiger l'observance, dans la mesure de vos forces, auprès du peuple franc qui dépend de votre autorité.
« Pour nous, désireux de conserver à votre Eglise, comme gage de notre spéciale vénération, sa gloire plusieurs fois séculaire, nous voulons que soit assuré à votre siège, pour vous et vos légitimes successeurs, tout l'honneur, tout le prestige, toui le lustre dont il a plu à notre prédécesseur Hormisdas d'environner le siège du bienheureux Rémi. Aussi, frère bien-aimé, votre excellence pourra user du pallium, selon la tradition de ceux qui vous ont précédé, pour la célébration de la Sainte- Messe, à certains jours déterminés, à savoir : la Nativité dv N.-S., la Circoncision et l'Epiphanie, le samedi saint^ le saint jour de Pâques et le lendemain, l'Ascension et la Pentecôte, dan.^ les solennités de la très sainte Vierge Marie, la Navinité dt^ saint Jean-Baptiste et de tous les Apôtres, en la fête de saint Nicaise, de saint Rémi et de saint Martin, en la fête de tous les Saints; pour la consécration du saint chrême et des églises, pour le sacre des évêques, pour l'ordination des clercs, pour la bénédiction du roi et de la reine; en l'anniversaire de votrtconsécration et le jour de la Dédicace des églises de Notre-Dame et de Saint-Remi *. » Et rappelant à l'archevêque les vertus qui^ symbolise le pallium, Urbain recommandait à Renauld ht sainteté dans l'épiscopat, l'ornement par excellence d'un primat des Gaules.
Mais que faisait le souverain Pontife pour les autres églises de France 2? A la même époque sans doute, il écrivit à Gui,
1. Mabillox et RuxART, Op,posth., III, 352. Bouquet, Rer., X1V,(>95.
2. Trois joui-s après la lettre à Renauld, le Pape confirma à Hugues, archi-
évèque de Vienne, en Dauphiné. Cette lettre dont la forme gracieuse mériterait une attention spéciale si elle était certainement authentique, est adressée (détail intéressant) non seulement au clergé, aux nobles et au peuple de Vienne, mais à Tordre monastique ^ Le Pape pensait-il aux Chartreux? Il y fait Téloge de Tarchevôque de Vienne qu'il a reçu à Rome avec la douceur de charité qui convenait; il a beaucoup joui du spectacle de sa vie et du commerce de son esprit. L'évêque lui est devenu cher et familier plus que jamais, si bien qu'à la cour pontificale, on le regardait moins comme un Français que comme un Romain 2. Aussi, en vertu de la simple équité et, à cause de cette particulière prédilection qu'il mérite, recevra-t-il du Pape tout ce que les souverains Pontifes, ses prédécesseurs, ont conféré de privilèges et de dignités à l'église de Vienne, et les biens de cette église dissipés par le prévôt Atauld devront ôtre restitués en totalité entre les mains de l'archevêque.
Il faut noter que Gui était tout jeune. Urbain II avait hésité à approuver son élection pour l'archevêché de Vienne. Il le fit pourtant et lui accorda une dispense d'âge ^. Peut-être avait-il cédé au prestige d'un si brillant sujet. Plus tard, nous le retrouverons parlant avec sévérité à l'élu de son choix.
Dans le même temps, le Pape prenait la défense de Guibilin, archevêque d'Arles, qu'on avait contraint par la violence à jurer contre toute religion et toute justice. Il annula ses serments, et infligea l'interdiction de l'église, avec la note d'infamie, à ceux qui avaient eu l'audace d'impliquer le malheureux archevêque dans des jurements iniques et de l'effrayer par la menace du glaive et de la mutilation ^.
Le séjour du Pape k Capoue fut marqué par un événement
vôque de Besançon, la possession du monastère de Beau me-les-Moi nés, avec ses très nombreuses dépendances. Pair, lat.j CLI, 311.