Mab)llon^ Ann. Bened., W
4. C'est ce qu'on voit dans la bulle de confirmation accordée, en pi'ésence de Durand de Clermont, le 13 novembre, aux religieux de Souvigny. Migne, CLI, 430.
sur la tombe de son père, le Pape, après avoir accédé solennellement à cette demande, fit de vives remontrances au seigneur oublieux de ses devoirs; finalement, pour le faire mieux se souvenir de ses promesses, il lui accorda le baiser de paix, acte digne d'un Pape justicier. Malgré tout, le comte ne tardera pas à recommencer ses persécutions passées, etTafFaire sera déférée au concile de Clermont.
Un incident, qu'il est utile de relater, comme caractéristique des mœurs de l'époque, arriva dans les jours qui précédèrent le grand Concile. Lambert d'Arras, nommément convoqué par le Pape, s'était empressé de quitter sa ville épiscopale dès la fin d'octobre. A quelques lieues de Sens, au sortir de Provins, il fut assailli et fait prisonnier par un seigneur appelé Garnier de Traginel *, seigneur de Pont-sur-Seine. C'était le frère de Philippe, évèque de Troyes. Pourquoi chevauchait-il contre les évèques les plus zélés à se rendre au Concile ? Peut-être pour s'attirer les bonnes grâces du roi de France ''. Le Pape qui ne tarda pas à le savoir, lui reprocha par lettre ^ cet odieux attentat, et en même temps écrivit au métropolitain de Sens, Richer ^, lui demandant d'adresser un monitoire au ravisseur et de le menacer d'excommunication avec interdit sur son territoire s'il ne relâchait le captif et ses compagnons. Mais déjà Garnier, blâmé par son frère, l'évêque de Troyes, était allé, pieds nus, se prosterner devant son prisonnier et lui demander pardon avec larmes. Lambert le releva avec bonté et se fit conduire par lui jusqu'à l'église du monastère où il était lui-même enfermé. Là, le chevalier, toujours nu-pieds sur la dalle, avec les hommes d'armes complices du guet-apens, fut relevé de son excommunication par l'évêque. Tant ils avaient l'âme bonne et la foi vive,
1. Le titre de la lettre porto Guarnerius de Castelliono. Cependant il n'était pas de la maison de Ch&tillon. Il doit y avoir une erreur.
2. V. Comte Riant, fnv, crU., I, 108. Cependant Urbain II reconnut que le roi Philippe laissait toute liberté aux évoques et aux abbés de se rendre au Concile : - Rex enim Francorum non solum veniread nos alios non prohibet, verum etiam omnibus suas potestatis episcopis et oblatibus venirc ad concilium liccntiam dédit. • {Ep, Urb. ad Guam,, Migxe, CLI, 429.)