Migne, CLI
nastère pour le reste de ses jours, et il choisit, pour le remplacer, un moine, le prieur de Saint-Martial *•
IL — Visite des monastères du Poitou et de l'Anjou. — Prédication de la croisade a Angers. — Robert d'Ar-
BRISSEL.
Dès les premiers jours de janvier 1096, le Pape quitta le Limousin pour se diriger vers Poitiers. Il s'arrêta au monastère de Charroux où il consacra, le 10 janvier, le ma!tre*autel de la basilique ^. Pierre, abbé de Charroux, était allé au concile de Clermont prier humblement le souverain Pontife de venir visiter son monastère, consoler ses religieux et consacrer solennellement le mattre-autel. Ce n'était pas la première fois qu'un Pape visitait cette maison. Le très saint Pape Léon, contemporain de Charlemagne, y avait déjà fait autrefois une bénédiction d'autel.
Quand le Pape arriva, on ne se peut faire une idée de la joie des nobles et du peuple accourus en masse, raconte le chroniqueur, qu'en songeant à l'universelle vénération dont le Pape était entouré. Le monastère du reste avait une réputation très étendue. Aussi bien se réjouissait-on de voir un si grand Pape et d'obtenir de lui la rémission des péchés.
Enfin, le très religieux Pontife, sur le point de dédier la pierre sacrée au Saint-Sauveur, monta les degrés de l'autel. Une imposante couronne de prélats l'environnait pour l'assister dans les fonctions liturgiques. « Que c'était beau et réconfortant de voir toutes ces mains d'évèques, et, par-dessus, ces mains du Suprême Pontife, occupées aux divines cérémonies 3. »
1. L'archidiacre Éiie, convaincu de complicité avec son évoque, fut excommunié et privé pour toujours de toute fonction ecclésiastique.
2. Ce monastèi'o avait été fondé à la fin du vin* siècle. Charlemagne l'avait doté d'une bibliothèque dont Alcuin avait dirigé la composition. Son église était l'une des plus belles de France.
3. « Ipse namque pastor Urbanus urbane et curialUer omnia sicut omnium caput et magister incipiens, saciata largiflue lympha chrismate cum oleo co-
Après quoi le Pape célébra sur l'autel. Il y avait là Amat de Bordeaux, Hugues de Lyon, Daimbert de Pise, Rangier de Reggio, Pierre de Poitiers, Bruno de Segni et Jean diacre. Le Pape y attacha des indulgences pour le jour anniversaire de la dédicace et accorda pour le même jour la remise de la septième partie des pénitences à ceux qui étaient présents.
Nous avons dit que partout où le Pape le pouvait, il dotait les abbayes d'immunités particulières dans la double vue d'assurer aux moines la parfaite observance et de se réserver à luimême autant de foyers de réforme pour la discipline et les mœurs. Ici, après s'être fait présenter les originaux des privilèges que les papes Léon IX et Alexandre II avaient conférés au monastère, il y ajouta une faveur nouvelle en le mettant à Fabri des censures épiscopales.
Urbain II était à Poitiers le 13 janvier. Il y célébra la fête de saint Hilaire ^. Quelques jours après, le jour de saint Vincent, descendu chez ses chers moines, il y fit la bénédiction de leur Moùtier-Neuf, et, dans l'église dédiée à la Mère de Dieu, la consécration de l'autel principal. La chronique de MaiUezais prétend que cette consécration eut lieu le 21 janvier. Mais dom Ruinart soutient avec raison qu'elle se fit le 26. Il s'appuie sur un ancien martyrologe de Moûtier-Neuf, où il est dit que cette église fut consacrée le jour de saint Vincent. Voici ce qu'on y lit : (( Le seigneur abbé Gérard II sous le gouvernement duquel notre église fut dédiée et consacrée le jour de saint Vincent par les mains du souverain Pontife Urbain II... » Dom Ruinart s'appuie également sur un autre ancien manuscrit où on lit : « Le XI des calendes de février, le pape Urbain II, assisté de trois archevêques et'autant d'évêques, fît de ses mains vénérables, dans l'église conventuelle dédiée à la sainte Mère de Dieu et aux bienheureux apôtres Jean et André, la consécration du maître-autel en l'honneur des saints martyrs Etienne, proto-
pios<? ipsum altare irrorans, propriis manibus infundens atque linicns, filiisqiic in Domino ut idem agerent modeste vultu indicens. » (Mignb, CLI, Appendix •273.) 1. Chronog, Malleac, 109G. Labb. A'. B, M. SS., II, 213.
martyr, Laurent, Vincent, Chrysanthe et Daria, et y déposa les reliques de chaci^ de ces saints. »
Toujours suivi d'une cour imposante d'évêques et de cardinaux, comme il le rapporte lui-même dans une lettre *, Urbain visita Tabbaye de Saint-Maure de Glanfeuîl, qu'il trouva subissant le joug tyrannique et funeste des moines relâchés de Saint-Maur-les-Fossés, Aussi son passage fut-il pour Glanfeuil une grande grâce, comme nous le verrons bientôt, au concile de Tours.
De là, Urbain II se dirigea sur Angers. S'il faut en croire une vieille chronique, le motif principal de son voyage à Angers était la consécration de l'église du monastère de Saint-Aubin. Or il arriva, on ne sait pour quelle cause, que les moines de Saint- Aubin déclinèrent cet insigne honneur. Etaient-ce quelques rivalités mesquines qui avaient semé la division dans le chapitre? Toujours est-il que le Pape, attiré à Angers par Milon, actuellement son légat, et précédemment religieux de Saint- Aubin, ne consacra pas l'église de ce monastère 2.
Toutefois, Foulques d'Anjou donne un autre motif plus naturel et plus certain de la venue du Pape à Angers, c'était la prédication de la croisade : « Il vint avertir nos populations, dit-il, d'aller à Jérusalem pour combattre les infidèles qui occupaient la Ville Sainte et toute la terre des chrétiens jusqu'à Constantinople ^. » Nous avons dit, d'après la chronique de Maillezais, qu'il prêchait partout la même chose. C'est ce qu'afiSrme également un vieil auteur reproduit par André Duchesne, d'après lequel Urbain ordonne à tous les évéques de prêcher la croisade dans leur diocèse et d'assurer l'exécution de ses désirs.
1. « Contigi. autcm, divinœ dispositionis clemcntia, ciim pro ecclesiasticis causis in Gallias transi issemus, nos locum illum cum fratribus nostris episcopis et Romanaa Ecclesiœ Cardinalibus visitasse. » (Analecla jur. pont., 88* lixT., p. 545.)
2. Marchegay et Mabille, Chroniq, des égl, â^ Anjou, p. 14. M. G. SS,, XXVI, 462.
3. « Venit Andegavum papa Romanus Urbanus,et ammoniiit gentcin nostrani ut irent Jérusalem expugnaturi gentilem populum.» Baron., ad ann. 1096, XVIII. p. 37, n* 3, et dans Marchegay et Salmon, Chron, d'Anjou, p. 375, M, G. S S., XXVI, 461.
Toujours est-il que ce fut probablement d'Angers qu'il envoya une lettre aux princes de Flandre et à leurs sujets pour les informer de la croisade décidée à Clermont, de la date fixée pour le dëpart, de la remise du commandement à Tévêque du Puy et des indulgences à gagner :
« Nous sommes persuadé, leur dit-il, que de nombreux rapports vous ont appris les affreux ravages exercés par la rage barbare dans les églises de Dieu, en Orient. Même la sainte cité du Christ, illustrée par sa Passion et sa Résurrection, a été outrageusement assujettie, avec ses églises, à Tintolérable servitude des infidèles. Considérant ces malheurs avec un regard ému, nous avons visité les Gaules et sollicité, en grande partie, le dévouement de ses princes et de ses sujets pour la délivrance des églises orientales. Nous leur avops solennellement proposé cette croisade au concile d'Auvergne, comme le moyen de racheter tous les péchés. Nous avons établi à notre place^ notre cher fils Adhémar, évêque du Puy, chef de cette laborieuse expédition : ceux qui accepteront leur feuille de route, devront obéir à ses ordres, comme s'ils étaient les nôtres, et ils seront entièrement soumis à ses permissions ou à ses défenses, autant qu'il les jugera nécessaires à l'entreprise. Si Dieu donne à quelqu'un d'entre vous l'inspiration de ce projet, qu'il sache que le départ du légat est fixé au jour de l'Assomption de la bienheureuse Marie, avec l'aide de Dieu. Alors on pourra s'enrôler à sa suite. * » On peut juger ici la sagesse du Pontife qui détermine un délai assez éloigné pour donner aux troupes le temps de s'organiser et on ne peut pas, comme nous l'avons déjà dit, mettre sur le compte de son imprudente précipitation les excès et les insuccès des chefs de bandes qui prévinrent ses ordres.
II parait vraisemblable, quoique les documents fassent défaut, que, dès le commencement de cette année 1096 ou à la fin de l'année précédente, Urbain II avertit officiellement de la croisade les princes latins , comme il avait averti par lettres sy-