‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 288 sur 356 · I. Le martyrologe romain mentionne sa mémoire au 4 décembre · texte numérisé non relu

I. Le martyrologe romain mentionne sa mémoire au 4 décembre

En cela, Urbain II était le digne émule de Grégoire VII. Comme lui, il déployait un vrai zèle à attirer à lui les hommes les plus vertueux pour s'aider de leurs lumières dans les circonstances difficiles. Ainsi il avait déjà écrit à Anselme, alors abbé du Bec, pour le prier d'amener avec lui des religieux de valeur qu'il trouverait dans sa congrégation, ou du moins de les lui envoyer s'il ne pouvait venir lui-même. Et ce qu'il y a de particulièrement touchant, c'est que ces moines, après avoir obéi à la voix du Pontife et donné à TÉglise qui les réclamait, leur contingent d'énergie, retournaient tranquillement à leur cellule comme le lièvre vers son gîte. Après avoir brillé sur le chandelier, ils s'empressaient de rentrer dans leur solitude ignorée qu'ils avaient (quittée à regret, comme Alcuin laissant tristement son cloître pour la cour de Charlemagne. C'est ainsi qu'à l'abbaye du Bec, on trouve dans ces tempslà un moine nommé Jean, qui avait été clerc de l'Eglise ro- .maine. C'est ainsi qu'Eadmer dans sa Vie de saint Anselme, fait mention d'un moine de très grand mérite, nommé Pierre, vivant à l'abbaye de Cluny, qui avait été camérier d'Urbain II et plus tard du pape Pascal.

Si le Pape était empressé à augmenter l'ardeur de ces foyers de charité^ à mesure que la glace de l'iniquité gagnait au dehors, il faut croire que certains évêques ne partageaient pas toujours sa manière de voir. « Souvent, dit le Pontife dans une lettre à Hugues, abbé de Cluny, souvent les serviteurs de Dieu et les moines sont inquiétés par ceux-là mêmes qui devraient leur prêter assistance et choyer leurs asiles. Certains évêques de notre temps ne sont pas étrangers à cette façon d'agir. Parce qu'ils ont encore les yeux du côté de la terre, ils tourmentent ceux qui paraissent faire fi des choses terrestres. Nous avons donc pensé que le Saint-Siège devait obvier à ces inconvénients fâcheux en vous octroyant des libertés, afin qu'avec l'aide de Dieu, délivrés des préoccupations du siècle, .vous mettiez plus de souci à prier pour nous, pour ces évêques eux-mêmes et pour tous les fidèles chrétiens *. » Alors il con- I. MiONE, CLI, 433. Bullar, Cluniac,, p. 28.

sacrait l'immunité des cellules de Cluny . Même il accordait que quand Tinterdit serait jeté sur les lieux voisins, ou sur toute l'étendue des diocèses où ils avaient des monastères, il leur serait toujours permis de célébrer les offices divins porte close.

Peu de temps auparavant, la métropole de l'ordre bénédictin, l'abbaye du Mont-Cassin, recevait des marques d'insigne honneur de la part du Saint-Siège qui l'appeUit « le chef établi par le Seigneur de tous les monastères d'Occident », « la solution du paupérisme, le refuge des âmes en détresse, le reposoir des mortels fatigués, enfants de la sainte Eglise ^ ». Marchant sur les traces de ses prédécesseurs, il confère au Mont-Cassin la prééminence sur tous les monastères de l'Occident. Dans les assemblées d'évêques ou de princes, Odérisius et ses successeurs auront le droit de préséance sur tous les abbés; dans tous les jugements, ils parleront les premiers. L'abbaye ellemême enfin est établie sous la dépendance du Saint-Siège ^. L'abbaye de la Gava, à peu près à la même époque, fut pareillement favorisée. L'abbé Pierre reçut du Pape l'église de Saint- Paul. C'était peut-être pour y apporter remède à certains relâchements et maintenir la discipline dans cet illustre monastère.

Au mois de mars de cette année avait eu lieu un concile à Saintes, présidé par Amat de Bordeaux, légat apostolique ^. Les quarante-trois prélats, évêques et abbés qui y assistaient, décidèrent qu'on jeûnerait toutes les veilles des fêtes des Apôtres. Ils s'occupèrent aussi du grave différend qui avait surgi entre les chanoines de Saint-Émilion et les moines de Nanteuil. Les

1. « Is enim locus, nostroruni pauporum rolovatio, fugiontiiim rofugiuni, f**ssoruin sodis apostolicœ filioriim roquics indefessa permansil et pormanet, • Margarim, Bullar. Casin,, t. II, p. 1 19.

2. Quant à la bulle pontificale adressée à Odérisius et en vertu de laquelle i<' monastère de Glanfeuil enlevé au monastère de Saint^MauMes-Fossés est rendu au Mont-Cassin (Migne, CLI, 481»), si on la compare à la bulle des AncUecta jurif pontificii (X, 544), on conclut facilement qu'elle a été faussement écrite au détriment de Glanfeuil. (Cf. Pfllgk-Harttung, Xeues archiv.ylX, 483.)

3. Mas-Latrie, Trésor de ChronoL (p. 1288) place ce concile au 2 mars 1W7. La Gallia christiana le place également en cette année, quoique Labbe et d'autres le mettent en 1096, d'après la Cliarte de Vendôme; la clironique de Maillezaislo rapporte également en 1096, mais à la fin de l'année.

chanoines écrivirent au Pape. Nous n'avons pas la réponse de celui-ci.

Raymond, archevêque d'Auch, qui assistait au concile de Saintes, avait reçu du Pape le pallium, cette année 1097. Il venait d^ailleurs d'être ordonné tout récemment. Aussi le souverain Pontife lui demanda-t-il^ au lendemain de son ordination, de montrer la ferveur de son obéissance en faisant prompte justice des clercs de son diocèse qui avaient violé Téglise de Saint-Orens K

Il réclama également justice en faveur de Tabbaye de Romans et de Tévêque de Grenoble contre l'archevêque Gui de Vienne dont il blâma assez vertement ce l'arrogance et l'indignité de la conduite ». Gui de Vienne avait osé, malgré ce qui avait été réglé, reprendre l'abbaye de Romans et plusieurs églises, adjugées à l'évêque de Grenoble. Urbain en écrivit au légat Hugues de Lyon en lui demandant « d'être de marbre et de diamant » en face du coupable, de cesser l'attitude réservée et douce qu'il avait conservée jusque-là - et de rétablir l'équilibre de la justice. Jusqu'ici, ajoutait-il, nous avions eu égard à la loi de douceur qui convient au Père des fidèles, poussé la trop grande condescendance jusqu'à souscrire aux sollicitations des Français par rapport aux changements introduits par les évêques; nous voulons désormais y prendre garde, et nous tenons à ce que le concile de Xicée, que nous vénérons à l'égal du saint Evangile, ne soit pas lettre morte en pareille occurrence ^.

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