MiGNE, CLI
2. •... Cum opiscopis et baronibus, do via Hierosolymitana habuit commune coUoquium. » Chroniq. CasauHenne, I. V. Mlratori, 5S. RM, liai,, II» p. 11, 87i!. Le comte Riant place cotte conférence de Chieti au commencement de l'année 1098, probablement an mois de mai, dit-il, quand le Pape allait de Rome à Capoue. Il n'y a pas de difficulté d'admettre qu'elle' ait eu lieu cette année 1097, puisque le Pape alla aussi à Capoue en 1097, d'après Ughelli, et également dans les premiers mois de l'année.
3. Raynulf, évéquc de Chieti, profita-t-il de cette occasion pour obtenir du Pape une confirmation de nombreuses possessions qui avaient été r«'»cemment données ou restituées à son église? Dom Ruinart le piTtcnd, mais le inscrit qu'il en l'apporte, d'après Ughelli, nVst pas sûr.
Urbain. On distinguait parmi eux, Robert, duc de Normandie, et Etienne, comte de Blois, qui, avec leurs hommes d'armes et leurs troupes, s'embarquèrent quelques jours après, le 4 avril. Ciaconius assure que le Pape voulait s'embarquer avec eux, mais qu'il fut retenu par les catholiques qui craignaient de voir l'Eglise romaine privée de pasteur au lendemain de tant de secousses.
A l'exemple des Francs, une foule de princes et de guerriers de toutes les contrées de l'Europe, ébranlés par les exhortations d'Urbain, ou par le bruit des événements, se rassemblaient à cette époque sous la bannière de la croisade. A cette occasion, Pierre Diacre fait remarquer dans la chronique du Mont-Cassin ce qui avait été dit- avant lui par Robert le Moine^ comme par d'autres auteurs du reste, que Boëmond et plusieurs seigneurs de la Pouille, de la Calabre et de la Sicile, ayant renoncé à leurs guerres privées et abandonné le soin de leurs propres affaires, se joignirent aux croisés qui passaient par l'Italie pour se rendre en Palestine. On trouve à ce sujet d'amples détails dans Orderic Vital, qui raconte qu'on vit alors se rassembler dans l'Italie de nombreux croisés : Anglais, Bretons, Gascons, et môme des Galiciens venus de l'extrémité de l'Espagne. La même ardeur s'empara des Vénitiens, des Pisans, des Génois et des autres populations habitant la côte de la Méditerranée et de l'Océan. De sorte qu'il n'y eut presque pas une ville de l'Italie qui ne fournît quelques guerriers pour la sainte expédition. Autour de la bannière de Tancrède, on comptait quatre mille guerriers de la Pouille. Trente mille Lombards et Milanais s'étaient placés sous le commandement de Boëmond, prince de Tarente, ainsi que l'aifirme Orderic Vital. Les autres chroniqueurs de cette époque tiennent le même langage. Il faut lire à ce sujet les vers d'un certain poète de ce temps nommé Foulques, vers qui ont été reproduits par André Duchesne. Ce poète, ainsi que divers autres chroniqueurs, parle également des guerriers qui se rendirent en Terre Sainte par la routr d'Allemagne. Bcrtold cite avec éloge un comte d'Allemagne, Harduin, et l'é-
4*î L'INITIATEUR.
vèque de Strasbourg Otto qui, quoique schismatique, voulut prendre part à l'expédition. Cet évoque est celui qui s'était réconcilié avec Urbain, l'année précédente. Un autre évèque, devenu également célèbre par la part qu'il prit à la croisad**, est celui de Coire, Ulric, qui, ayant laissé radministration de son diocèse au bienheureux Gérold, moine de Pfeffers, au diocèse de Strasbourg, voulut partir aussi pour le saint voyage. Il est tout à fait vraisemblable qu'Urbain II écrivit à Alexis Comnène comme aux autres princes chrétiens, pour l'avertir du départ des croisés. Cependant nous n'avons le texte d'aucune lettre de ce genre. Celle que Baronius fait écrire par Urbain II à Alexis et que cite dom Ruinart, paraît trop peu authentique pour être rapportée. Sans parler des autres marques de fausseté qui la mettent en suspicion, il est étrange que le Pape demande des secours à celui-là même qui lui réclamait en. faveur de ses troupes son appui militaire. Voici en effet le langage qu'il tient à l'empereur ^ L'espoir des chrétiens d'ailleurs, si espoir il y eut, ne tarda pas à être trompé par la fourberie de l'empereur. Craignant d'être écrasé par une si grande masse d'étrangers, il leur tendit des pièges en dessous. Ayant fait détourner furtivement tous les moyens de vivre, il fut cause qu'un grand nombre de croisés moururent do faipi. Il fit cependant cause commune avec eux quelque temps après, comme le rapporte l'Anonyme de Bari, dès ([u'ils lui eurent donné l'assurance qu'ils ne menaçaient en aucune façon la sécurité de son empire. Il leur fit même des présents considérables et leur fournit des vaisseaux pour passer sur les terres des Infidèles.
1. m Ces immenses agglomérations d'hommes se sont donné rendez-vous soik les murs do votre capitale où ils comptent trouver les secours et les approvisionnements nécessaires. Je vous prie donc, de la manière la plus instante, de ne rien négliger pour l'heureux succès de cette guerre, la plus juste et la p\\x< glorieuse que je sais encore entreprise. Bien que je sois d'avance persuada* du zèle que vous ne manquerez pas de déployer en rette circonstance, j'ai voulu cependant vous témoigner, par cette lettre, le prix que la république chrétienn»^ tout entière attache ainsi que moi à votre concours. » (Micne, CLI, 485.) L*^ comte Riant donne des liaisons assez sérieuses de la fausseté de cette lettiv. malgn'ï ce qu'en pensent de Sybelet Hagenmeyer. Cf. InvenL cHl,, op. cit., p. l^.
De retour au palais du Latran, le Pape, durant le cours de cette année 1097, s'il faut en croire dom Ruinart, avait relevé le roi de France de toute censure. Sur l'affirmation qui lui fut faîte avec serment de Tamendement de Philippe, il écrivit aux évéques de France et spécialement à Manassès de Reims, déclarant le roi absous de tout interdit. En même temps il autorisa l'archevêque de Reims à couronner de nouveau le roi dans les grandes solennités, comme c'était l'usage.
Au mois de novembre 1097, Urbain II ratiQa le choix que les évêques de la province de Narbonne avaient fait de l'évéque de Nimes pour leur métropolitain à la mort du prédécesseur. L'évéque de Nîmes, Bertrand, avait reçu la consécration des mains du Pape lui-même quelque temps auparavant. Il est à remarquer que celui-ci ne consentit à cette translation qu'à raison des circonstances, en ayant soin d'afiirmer que cet acte ne créerait pas de précédent *. En même temps il écrivit à l'archevêque d'Aix, Geoffroi, quelque peu réfractaire sans doute, d'avoir à reconnaître la primatie du nouveau métropolitain 2, et avertit d'autre part le légat Hugues de Lyon dV veiller 5. A cette même époque, il confirma les privilèges de l'église de Véroli, tandis qu'il se trouvait à Albano *.
En cette année 1097, Urbain rendit un jugement en faveur de Robert, abbé de l'archimonastère de Saint-Remi de Reims, contre Bernard, abbé de Marmoutier. Quelques années auparîivant, les moines de Saint-Remi ayant souhaité avoir pour supérieur à la place de l'abbé Henri, Robert, religieux de Marmoutier, Bernard y avait consenti, à condition que si, oublieux de ses devoirs, il venait un jour à se rendre coupable de quelque faute contre la discipline monastique, il demeurât toujours justifiable de l'abbé de Marmoutier. L'occasion ne tarda pas
i. « Quod niiUi deinccps concodimus porinittendum. » Migne, CLl, 405.