Marten. et Dur., Vet. Script., 1, 5*20, en note
catholiques : Adalbéron de Wurtzbourg, Altmann de Passau , Albert de Worms et Gebhard de Constance. Urbain confia à 'À Altmann et à Gebhard la mission de le représenter en Alle-
magne pour réprouver les ordinations condamnables et confir mer les ordinations valides.
C'est principalement sur Gebhard qu'il allait s'appuyer pour I ^^ la restauration religieuse. 11 le connaissait pour l'avoir sacré,
^ * lors de sa propre légation dans le pays. Il l'établit légat apos-
tolique pour toute l'Allemagne, la Bavière, la Saxe et les con- '■ trées voisines. La lettre qu'il lui écrivit à cet effet est datée du
18 avril 1089. Elle est d'une particulière importance à cause de la gravité de ses décisions. Le pape y confirmait d'abord la sentence d*excommunication lancée par Grégoire Vil contre l'antipape Clément III, le roi Henri et leurs fauteurs. Les règlements que cette lettre renferme, relativement aux mesures à prendre envers les excommuniés, ont, depuis, fait loi sur la matière, et, dans les conciles qui ont suivi, l'Eglise n'a pas cherché de règles de droit plus autorisées. Yves de Chartres et Gratien l'ont du reste insérée dans leurs décrets K Berthold appelle cette lettre
Idécrétale epistolam décrétaient, et Baronius, lettre synodale, litteras synodales, parce qu'il pense qu'elle fut écrite en synode. !Mais la chose est absolument certaine : le Pontife y déclare qu'il l'a écrite après avoir pris l'avis de ses frères et mûrement réfléchi sur la question de l'excommunication. On peut y juger de la parfaite prudence et de la miséricordieuse fermeté dont fit preuve Urbain II. Il fallait, dans ces temps de malheur, où le vertige était dans tous les esprits, user d'une très grande sagesse pour ne pas énerver la discipline ecclésiastique par une trop grande facilité à recevoir les lapsi, et, d'un autre côté, la modération était nécessaire pour ne pas outrer le châtiment à l'égard de ceux qui avaient pu être plus faibles ou légers que pervers. Et on comprend que la légèreté et la faiblesse étaient possibles quand les factieux de Guibert employaient l'argent et la séduc-
1. IvoN, Décret,, p. VI, c. 4(>G; XIV, c.45. El Gratian. Décret. CSkUSà IX, q. 1, c. I: Ordinaliones ab excommunicatis non sinioniace factte, ox inisoricordia tolerantur; et causa XI, q. 3, c. Un.
LUTTE CONTRE L'EMPEREl R ET L'ANTIPAPE. 79
tion pour enrégimenter des partisans, d'autant que les relations sociales devenaient extrêmement difficiles à cause de la multiplication malheureuse des censures. Aussi le prudent Pontife voulut-il distinguer plusieurs sortes d'excommuniés : les opiniâtres et les timides. A chaque catégorie il affecte des pénitences différentes. Ainsi pour « ceux qui communiquent avec les anathématisés, nous ne les excommunions pas, dit-il, mais comme ils ont contracté une souillure par leur contact, nous ne pouvons les recevoir dans notre société chrétienne sans pénitence ni absolution. Les saints canons portent Fanathème contre ceux qui ont des rapports avec les excommuniés. Mais, voulant tempérer les modes de pénitence et d'absolution, nous décidons que quiconque, soit ignorance, soit crainte ou nécessité, aura eu contact ou commerce avec les excommuniés, ou bien contracté une tache par l'effet de leurs prières ou de leurs marques d'affection, pourra recouvrer les faVeurs de la société des fidèles avec une pénitence moindre et l'absolution. Mais ceux qui seraient tombés librement ou par une négligence grave, nous voulons que les mesures disciplinaires leur soient appliquées dans leur rigueur, afin d'inspirer une crainte salutaire aux autres^ ». D'ailleurs l'rbaîn II déclare qu'en déterminant ainsi divers degrés de pénitence, il ne fait que marcher sur les traces de Grégoire VII, dont il confirme les décisions sur la manière de traiter les excommuniés^; seulement, avec l'assistance divine, il en détermine fesprit et l'application pratique à en faire. Et certainement, dans la pensée d'Urbain, c'est un esprit de modération 3. On le voit manifestement dans cette lettre écrite à Guillaume, archevêque de Rouen : « Nous recommandons à votre fraternité d'user de miséricorde envers les fils, porteurs des présentes lettres : quand donc ils auront accompli en exil un an de la pénitence qui leur est imposée, renvoyez-les dans leur patrie pour achever le reste, en ajoutant toutefois quelque pénitence de plus en compensation
1. Mansi, ConciL, XX, 715 ot H artiizeim, Conc. Germ,, t. III, p. 210.
2. • ... sancti praedocessoris noslri Gregorii sontontiam confirmaiitos, ita i\aiu Domino inspirante doterminavimus. >• Ibîd.
3. Dans uno autro lottn\ il donnait connaissance de ces décisions aux év^qurs de Germanio. Mione, Palr.y CLI, 'M).
de Texil. C'est qu'en effet leurs femmes, leurs enfants, même leur mère en veuvage ont grandement besoin de leur appui, comme eux-mêmes nous l'ont raconté avec larmes, du moment, comme ils Font attesté, qu'ils sont engagés dans les liens du mariage. Ainsi, leurs épouses ne seront pas exposées au danger de Tinconduite*. »
Quel est donc ce synode dans lequel le Pape conféra de ces questions avec ses frères ? Selon toute vraisemblance, ce ne fut pas le concile romain de cent quinze évéques, tenu cette annéelà même, quoi qu'en pensent plusieurs historiens. D'ailleurs, la chose est difficile à déterminer. Mais, au reste, on peut juger de l'influence de la lettre synodale sur ce dernier concile, dont l'attitude fut des plus modérées à l'égard de ceux qui avaient failli seulement par surprise ou par violence.