‹ Un Pape français: Urbain IIChapitre 91 sur 356 · Cf. Lib. Pont. Abbé Dlciiesne;, t. i, 3«(i, n · texte numérisé non relu

Cf. Lib. Pont. Abbé Dlciiesne;, t. i, 3«(i, n

LUTTE CONTRE L'EMPEREUR ET L'ANTIPAPE. lin

gneur Pape pour lui proposer de lui rendre, à prix d'argent, ce palais avec sa forteresse. Aussitôt le seigneur Pape en conféra avec les évêques et les cardinaux restés fidèles k sa cause, et leur demanda de l'aider de leurs ressources, mais leur offrande ne pouvait être que très modeste, car ils étaient eux-mêmes mis à bout par la persécution et la pauvreté.

« Profondément touché de son abattement et de ses larmes en face d'une misère si extrême, je me mis moi-même à pleurer et, en sanglotant, je m'approchai de lui et lui dis de conclure hardiment un engagement avec Ferruccio. Dès lors je dépensai tout mon or, mon argent, mes richesses et vendis mes mules et mes chevaux. Enfin nous possédions le Latran et sans retard nous fîmes notre entrée dans ce palais. Ainsi le seigneur Pape reprenait possession du trône apostolique où le pasteur légitime n'avait pas siégé depuis longtemps ^ »

En vérité, Geoffroy de Vendôme avait donné à là papauté plus que ses richesses, douze mille sols d'or, c'est-à-dire la valeur de cent marcs d'argent, mais encore ses travaux et ses souffrances, jusqu'à franchir douze fois les Alpes pour la cause de l'Eglise Romaine et être fait trois fois prisonnier 2, Le palais du Latran était désert depuis le jour où Grégoire Vil en avait été chassé par Henri IV avec l'argent des Byzantins. Quelques jours après le départ du glorieux Pontife, la consommation de l'iniquité s'y était accomplie par la sacrilège élection de Guibert. Mais bientôt, la flamme de l'incendie allumé par les Normands, après avoir fait de Rome un immense brasier, avait léché les murailles du Latran pour les purifier de la souillure du crime. Dix longues années de deuil et de silence devaient tenir ses portes fermées pour que fût achevée l'œuvre

l.GoFFii. Vlnd., ep. 8, lib. I, p. 20 et "il. V. Urbain II et Oeo/froy, par râblx'* Mktais, p. 8 ot 9. — La l«'ttro ost dans Sinnond, <>/>., III, 124.

2. Aussi, peu de joui-s avant la r<>pris«» do Latran, Urbain II accorda-t-îl à l'al»baye de Vendôme un privilèjro considrrablo qui sera jilus tard conlinnô au ronciïo de Clennont {AnaLjur.pont., X, 5îU). Le 31 mai's, il demando à Guillauuu», comte de Poitiers, de restituer aux moinos de Vendôme Tégliso do Saint-Georges (MiG%E, CLI, 384), et ocrit on môme temps à l'archevAqno do Bordeaux, son IcizBX, lui disant de considéror Guillaume comme excommuni<'' si, dans les trente jours, il n'avait i»as fait restitution. {Anal.Juî'. pont., X, 536.)

d'expiation. Enlin, le mois de mai 1094 y ramenait Tespérance avec la joie d'un nouveau et glorieux Pontife qui, avec la tiare, portait le diadème d'un laborieux exil.

Rentré dans son palais, le premier soin d'Urbain II fut de se montrer reconnaissant envers celui qui avait si largement contribué à la gloire du Saint-Siège. Geoffroy de Vendôme, aussitôt le Pape assis sur le trône de saint Pierre, fut le premier qui, avant les évoques et les prélats, fut admis au baisement du pied ^ . Même, n'étant encore que diacre lors de sou élection comme abbé, il reçut, cette année 1094, l'ordination sacerdotale des mains du souverain Pontife. Enlin il fut remis en possession de l'église Sainte-Prisce, une église à titre cardinalice, dont les moines do Vendôme avaient été dépossédés par les Guibertistes. Toutes choses qui lui donnaient le droit de se glorifier, comme il le faisait plus tard dans une lettre à Calixte II, d'avoir été aimé par Urbain « comme un fils unique ».

L'Eglise enfin commençait à respirer sur les hauteurs du Latran. Quoique les abords du mont Cœlius fussent encore d'un accès difficile à cause des rôdeurs de Guibert, le Pape, dans son palais à la fois monastère et citadelle, sentait le vaisseau de l'Eglise solidement amarré au vieux port. L'antique basilique constantinienne du Latran, la basilique d'or, comme on l'appelait, allait de nouveau sourire au libre déploiement des cérémonies pontificales.

Le Pontife venait de s'y asseoir, au fond de l'abside rayonnante de l'or de ses mosaïques, sur le trône majestueux que supportaient les quatre animaux malfaisants, symbole des puissances infernales vaincues par la Papauté. De là, il pouvait apercevoir, dans la nef, le monolithe de porphyre surmonté du coq de saint Pierre , moniteur éloquent de la fragilité humaine et de l'indulgente pitié que doit avoir le Père commun des fidèles, même pour les plus traîtres de ses enfants. Urbain, en vérité, méritait qu'on lui appliquât la parole du Psalmiste :

I. Ego prinius osculatus sum donmi Papae pcdoin. Ep. 8, I. I, p. il. Goffk. ViND., op, cil.

Avancez en conquérant et régnez par votre mansuétude * !

Aussi bien, comme une haute signification de paternité s'attachait au nom de ce Pape entre tous les Papes, ainsi cette ancienne basilique, qu'il inaugurait à nouveau, portait-elle dans ses murailles, dès Torigine, un sens profond de maternité universelle 2. Dédiée par saint Sylvestre au Sauveur (fui fut sur la terre l'apparition de la bonté, elle avait été mise plus tard par Lucius II sous le vocable de saint Jean l'évangéliste, Tapôtre de l'amour. Contrairement aux autres églises, elle n'avait pas de portes roulant sur des gonds et fermant avec des verrous ; les issues étaient closes par de simples toiles tombantes, afin que le droit d'asile, cette vieille institution du droit romain transformée par l'Église, fût exercé là plus librement que partout ailleurs. Urbain II au Latran était donc à sa place naturelle.

Précédemment, le 29 janvier, dans l'église de Sainte^^Marie Neuve, Urbain avait consacré évêque Herrand d'Ilalberstadt. Herrand, un des rares évoques catholiques de la contrée, élu d'un commun accord par les gens de son église, avait été tenu à distance de son siège, par l'efiTet, soit de la diplomatie, soit des menaces des schismatiques. La même tempête du schisme avait empêché qu'il fût sacré dans la métropole de Mayence. Urbain le consacra lui-môme et le renvoya comme un ange de Dieu à s<m église, lui préparant les voies en exigeant des évoques un fraternel appui et des clercs l'obéissance. D'autre part, il condamna l'envahisseur des biens de l'église d'Halberstadt, Frédéric, dont il relevait les sujets du serment de fidélité ^,

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