‹ Un parvenu comedie en cinq actesChapitre 57 sur 140 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

MERCIER , sur le seuil.

Comment pourrais-je croire à son ingratitude?

Sa douleur est sincère. Ah! j’ai la certitude.

Quel que soit le secret en elle renfermé.

Que dans son cœur loyal rien d’impur n’a germé.

(il revient.)

Laurence ! — mon enfant ! viens. — L’épreuve est passée; Il ne m’appartient pas de forcer ta pensée ;

Je ne veux rien savoir. — Accomplis librement,

Quel qu’il soit, ton caprice — ou bien ton dévouement. Mon amitié pour toi sera toujours profonde,

Et je te marierai, car je te dois au monde;

Depuis déjà longtemps je m’en suis fait la loi Et ta dot, j’en réponds, sera digne de toi.

LAURENCE

Mais...

MERCIER

Toutes tes raisons sont comme des ivf aies Dans un beau champ de blé; les vocations vraies Ne poussent pas au cœur, pour un moment d’ennui. Comme des champignons dans le temps d’une nuit.

LAURENCE

Mais...

MERC1E R

Plus de mais et prends le temps que tu ve ux prendre, Pourvu que, de ta main, tu me donnes un gendre,

Car te voilà ma fille, et je veux, tôt ou tard.

Qu’on écoute son père une fois par hasard ;

Ni ta tante ni moi ne te tenons rancune

De tes refus passés ; choisis sans crainte aucune;

Quel que soit le mari qui te plaise, il nous plaît;

Seulement, montre-nous de quelle taille il est.

LAURENCE

C’est que je n’en connais ni l’air, ni la tournure;

J’ignore tout, son nom, son âge, sa ligure.

Et je crois que celui que Dieu m’a destiné Serait sur tous les points parfait, — s’il était né.

MERCIER

Il n’en faut pas parler avec irrévérence.

Va! la barbe en un jour lui poussera, Laurence.

Cependant, nous allons discuter aujourd’hui

Le contrat de mon üls en attendant celui De ma fille, et je veux, par caprice de père.

Que la sœur soit présente au contrat de son frère.

(A part.)

Et pendant ce temps-là, peut-être à ses pâleurs Pourrai-je deviner le secret de ses pleurs;

Car je ne sais pourquoi, malgré sa retenue,

Je sens que mon idée ancienne est revenue.

LAURENCE

Je vous obéirai.

MERCIER

N’y manque pas surtout.

(Meic'er sort.)

Page 1