ACTE
Je me mets à couvert, et, sans craindre l’orage, J’atlends...
JACQUES
Que vos chaudrons reprennent du courage!
BIDART.
Mais c’est ceht mille francs qu’il me faut débourser,
(a Mercier.)
Et je viens vous prier de me les avancer !
JACQUES
Le diable vous emporte avec votre grimoire I J’étais très-ému, moi, j’attendais une histoire Touchante et vous parlez ainsi qu’un étameur;
Je ne suis plus ému, ma parole d’honneur!
C’est que cent mille francs...
BIDART, YiTcment.
Semez dans une plaine
Cent mille grains de blé, la grange sera pleine!
— Avec cent mille francs, que nous devons tripler. Nous marchons de l’avant afin de quintupler;
Alors nous profitons de notre plus-valu^
Chacun nous considère et chacun nous salue,
Et comme je vous garde une part de lion,
Vous gagnez dans l’année un petit million!
MERCIER
Ce petit million ne saurait me séduire.
Tout ce que vous direz ne pourra pas m’induire En affaires!., je hais la Bourse, les tripots,
La coulisse; d’ailleurs j’ai l’àge du repos.
Je vous ai fait deux fois une semblable avance...
BIDART.
Et vous pouvez compter sur ma reconnaissance !
MERCIER
Gardez-la! — Je ne veux pas même de reçu Quand j’oblige un parent, — de peur d’être déçu!
BIDART.
Je vous dois tout, c’est vrai. — Mon bagage était mince Quand je suis arrivé du fond de ma province :
Je portais des sabots et j’en suis fier.
JACQUES
Parbleu !
Voilà ce qui s'appelle être fier pour bien peu!
BIDART.
Mon Dieu! je hais l’orgueil. — Mais cependant, le rustre Qui portait des sabots brille d’un certain lustre A cettè heure ; il a fait un assez beau chemin A la Bourse,
(A Mercier.)
Et pour peu qu’on me prête la main,
Je veux avant un an y faire grand tapage,
Brasser des millions et rouler équipage!
JACQUES, riant.
Modestement!.. Monsieur, qui hait la vanité.
Écrasera le monde avec humilité.
(A Mercier.)
Eh parbleu ! je comprends qu’avec votre fortune.
Le bruit bête et niais de la Bourse importune !
Mais est-ce une raison pour vous croiser les bras Et rester à bayer aux corneilles? Non pas!
— Mêlez-vous hardiment aux choses politiques!
MERCIER
Moi?
Vous!
JACQUES
MERCIER
C’est insensé!
Jacques.
Pourquoi donc?
mercier.
Les critiques
Ne me manqueraient point; elles auraient raison.
— M’occuper de l’Etat? J'ai trop de ma maison!
Devenir député...
JACQUES
BIDART.
Qui sait même... ministre!
MERCIER
Lorsque le talent manque, est le rêve d’un cuistre! — Comme on vend du coton on ne fait pas des lois !
BIDART.
Quoi! les honneurs...