SCÈNE PREMIÈRE
ALBERT^ MOSCAy le promenant au bord de IVau en rttraaut leurs cigares.
ALBERT
Enfin, mon cher ami, je suis un homme mort.
Le haccarat, un jeu ridicule!..
MOSCA
D'accord , RenouTelé des Grec», comme le jeu de Poie, Et qui coûte phis cher en donnant moins de joie.
ALBERT
Eh hien, le haccarat m'a tout abasourdi !
Si je n'ai pas pajj^ demain, avant midi.
Quarante mille francs...
MOSCA
Vous lespairez!
ALBERT
Du diable!
Si je sais où trouver celte somme effroyable!
MOSCA
Bah! le mal n'est pas grand ! — Passez-moi donc du feu ! • 11 faut savoir subir les caprices du jeu !
Vous avez, dites-vous, perdu dans la bagarre Quarante mille francs? — Voici votre cigare, Merci! — C'est beaucoup ! — Mais, êles-vous ruiné? Non! — Alors.,*
ALBERT
Mon ami, je suis assassiné.
Tout simplement. — J'avais cinq cents louis en poche. J'en Toulais quinze cents et j^ai manqué le coche!
— Cet affreux baccarat m'a tout pris, — et je dois Quatorze mille francs au yicomte Desroys, Quinze mille au baron de Leutz^ et onze mille Au jeune Vemeret, ce petit imbécile
Que Ton rencontre au bois perché sur sa jument. Ainsi qu'une cigogne en haut d*un toit flamand.
MOSCA
Bon! malheureux au jeu,.. Vous savez le proverbe?
ALBERT
Heureux en femmes? Oui, je le trouve superbe; Mais ne pouvant offrir, faute de vil métal.
Le coupé demandé d'un ton sentimental.
Ayant mangé le tigre et le cocher en herbe.
Vous verrez si Carmen le trouvera superbe.
Bien que ce soit vraiment pour cause de coupé Que j'ai tenté le sort du jeu — qui m'a trompé !
— Quarante mille francs!
MOSCA
Oui, suivant la formule, On ne les trouve point dans le pas d'une mule. Poiu'tant...
ALBERT
Vous les aver?
MOSCA
Non ! — c'est ce bon Dupuis.
Ah 1 — l'usurier?
MOSCA
Son coffre est profond comme un puits.
Et l'on peut y puiser à mains pleines. — Sa bourse. De tous les jeunes gens du monde est la ressource. Mais aussi ce Dupuis n'est pas un Harpagon De vieille comédie, au sordide jargon.
Qui, dans un taudis noir, aux vitres éborgnées. File sa toile ainsi que font les araignées!
— C'est un garçon charmant qu'on voit, lorgnoçi dans Fœil, Promener au parquet son stick avec orgueil,
Soupant avec les beaux, tutoyant les actrices. Semant largement Tor au vent de ses caprices. Bref, un Schylock dandy qui vit en Ballhasar. On dit même qu'un jour il a fait par hasard.