ACTE II
SCÈiNE XI.
LAURENCE, MERCIER, et MADAME MERCIEB.
MABAME MERCIER.
Puisque lu dis qu'Albert est épris de Laurence, Que Laurence aime Albert, qu'ils s'épousent!
MERCIER
Silence] Laurence , — approche- toi. — Tantôt je t'ai promis Une bonne nouvelle.
LAURENCE
Oui.
MERCIER
Causons en amis. Il s'agit...
MADAME MERCIER
Il s'agit au fond d'un mariage ; On veut te marier.
LAURENCE
Moi?
MADAME MERCIER
N'es-tu pas en %e?
Te voilà grande fille î
MERCIER
Et je suis assuré Qu'un mari...
LAURENCE
' Ne serait nullement de mon gré, Mon cher oncle. ,
MERCIER
Oh I je sais qu'un refus, crordinaire.
D'un entretien |weil est le préliminaire ; Mais sautons à pieds joints par-dessus 1 — Tu disais Que tu veux rester fille, et pourquoi?
LAURENCE
Je ne sais ! /
MERCIER
C'est ce qu'il faut savoir.
LAURENCE
Le bonheur rend peiu^use Et je crains l'avenir, car me trouvant heiureuse
Dans la paix où mon cœur sommeille^ je prétends,
— Par prudence, — ne point la troubler de longtemps .
MERCIER
Obî ne t'y trompe pas!. cette paix n'est qu'un leurre. Les femmes sans'maris vieillissent de bonne heure : Laideur à la surface, envie et rage au fond, Car le remords les prend, voilà ce qu'elles sont. ^ En vain leur corps vieillit, la sève est sous Técorce, Leur cœur de dix-huit ans bat toujours et les force A quelque ridicule et vilaine action,' Qui de leur fol orgueil est la punition.
Crois-moi : — c'est un péché de vivre solitaire ; Nos modernes rêveurs, cherchant le ciel sur terre, N'ont rien trouvé, malgré leurs projets triomphants. Qui vaille une maison toute pleine d'enfants! N'as- tu jamais songé que tu peux mourir seule?
— Vis épouse loyale, et meurs auguste aïeule. Et ton âme, en quittant ton corps, d'âge vaincu. Joyeuse partira, joyeuse ayant vécu !
LAURENCE
Oui, vous avez raison I — J'étais faite, peut-être. Pour ce calme bonheur que je ne puis connaître; Mais je me suis promis de ne donner jamais Ma main qu'avec mon cœur et je me le promets! J'ai cette ambition, sans doute trop altière. De vouloir, me livrant âme et corps, tout entière. Tout entière être aimée, et ce n'est point le cas. Car je n'aime personne et Ton ne m'aime pas.
MERCIER
Mais si quelqu'un f aimait?
L'aimeraw-je? problème!
Hélas ! on n'aime pas parce que Ton vous aime !
MADAME MERCIER
Eh! mon Dieu! faut-il tant tourner autour du pot! Allons tout droit au but et disons le lin mot. Monsieur Mercier prétend, — quant à moi, je l'ignore, — Qu'Albert t'aime! — Voilà! — Vas-tu nous dire encore Que tu veux rester fille?
LAURENCE
Albert!