‹ Un parvenu: comédie en cinq actes, en versChapitre 35 sur 81 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

JACQUES, BIDART, qui a pris des airs élégants. BIDART.

C'est comme j'ai Thonneur de vous le dire/ cher, Mes chaudrons, tant moqués, sont au-dessus du pair I Vous les railliez jadis; malgré la raillerie Je voyais l'avenir de la chaudronnerie!

— Je gagne à ce métier cent mille écus tout ronds.

JACQUES

Présentez mes respects à messieurs les chaudrons! Ils se conduisent bien et je les félicite.

Avec fous les Bidart, de cette réussite!

. BIDART.

Pour im homme arrivé de province...

JACQUES

Parbleu !

Voilà les gros sabots qui reviennent en jeu !

— Mais, chaudronnier maudit et sabotier du diable! Vous me faites surgir une idée effroyable :

Pourquoi n'allez-vous pas de salons en salons Avec vos gros sabots, tapant sur vos chaudrons? Allons! décorez-vous, de nouvelle manière, Pendez-les tout de suite à votre boutonnière; Fondez le sabot d'or, puis, une bonne fois.

Jetez au diable vert vos escarpins de bois !

BIDART.

Bon ! laissons ce sujet, puisqu'il vous importune. Le meilleur en cela, c'est que je fais fortune!

— Je construis un hôtel et je fonde un journal.

. ACTE IJK 45

JACQUES

Le sabot d'or vaut mieux : c'est plus original!

— Je ne vous savais pas tant de littérature !

BIDART.

Bast ! on a son journal comme on a sa voiture.

— On avait autrefois des marbres, des tableaux; Mais aujourd'hui, mon cher,- on fonde des journaux.

JACQUES

Un parvenu jadis prenait une danseuse, Le journal la remplace et c'est chose fâcheuse; Car on ne lisait pas en ce temps, prose ou vers. Tant de premiers sabots et de chaudrons divers !

BIDART.

Pour peu que vous vouliez entrer dans cette affaire...

Vous vous moquez de moi; bon Dieu! qu'irai-je y faire? Je mange, bois et dors, trois points fort importants. Et ne vis le surplus que pour passer le temps.

— Vous, fondez des journaux, si cela vous amuse. Posez-vous en Mécène, inventez une muse.

Annoncez Un concours, avec un prix d'honneur. Dont le sujet sera : Stances sur la vapeur;

Une ode à Parmentier ou sur l'agriculture,

Et, petit manteau bleu de la littérature,

Votre épitaphe un jour sera : « Ci-git Bidart,

Grand artiste en chaudrons et chaudronnier en art!

Il sut justifier cette belle épitaphe.

Autant par son grand cœur — que par son orthographe. »

BIDART.

Morbleu! vous vous moquez toujours de moiî — Pourquoi?

Mercier n'est-il donc pas parvenu comme moi?

Que ne le raillez-vous? Pourquoi moi plus qu'un autre?

JACQUES

Ah! malheureux Bidart, quelle erreur est la vôtre! Mercier, parvenu? — Non ! — C'est un homme arrivé. Le parvenu, c'est vous! — Vos sabots l'ont prouvé.

(a part.)

Je gage qu'un beau soir, cet honnête imbécile Fera jouer aussi son petit vaudeville.

(Paraissent Berthaud et Antoine. Grandes salutations de part et d'autre.)

4fr UN PARVENU.

BIDART, àBerthaud.

C'est vousî bonjour, mon cher; je m'en vais vous prier De m'attendre, le temps d'écrire mon courrier.

(Eu sortant, à Jacques.)

Ce sont les rédacteurs de ma feuille future.

(il sort avec Jacquet.)

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