SCÈNE III
Les mêmes^ MERCIER.
MERCIER^ à Voiet.
Arrêtez!
MOSCA
Vous^ Monsieur!
ALBERT
Mon père !
MOSCÂ.
Eh bien! d*honneur, Je rais vous dire aussi ce que j'ai dans le cœur. Puisque je n'ai trouvé, pour toute récompense Des services rendus, qu'une brutale oflfense. Je prétends faire entendre à tous la vérité.
MERCIER
J'écoute.
MOSCA
Drapez-vous dans votre austérité.
Monsieur, mais, croyez-moi, parvenu du commerce, Au lieu de convoiter le prestige qu'exerce L'éclat de nos grands noms, de gloire revêtus. Pratiquez en bourgeois vos bourgeoises vertus. Vous ne parviendrez pas à parvenir, vous dis-je. C'est la fatalité que le sort vous inflige.
Soyez grand, soyez fort, soyez riche, — comptez Vingt services rendus et mille qualités.
Mettez des Pelions sur des Ossas, — démence.
Vous aurez des enfants, le supplice commence : Vous êtes au sommet, Sisyphes triomphants; Retombez, vous aurez pour rocher... vos enfants I Vous aviez des vertus, eux, n'auront que des vices. Non point des passions, mais de piètres caprices. Vous aviez de l'orgueil, mais eux? des vanités ; Ils vous ressembleront par les petits côtés.
Ces fils dégénérés, instruits à la mollesse, Et que ne soutient pas l'orgueil de la noblesse.
9» UiN PARVENU.
Et qui^ si grands travaux que vous accomplissiez Resteront des Bidart^ des Jacques^ des Mercier!
MERCIER
Laisserez*vous longtemps insulter par cet homme^ Sans oser riposter, le nom dont je me nomme?
— Vous avez vingt-cinq ans, et vous êtes poltron ! —
— Mais tu ne sais donc pas ce que c'est que le nom ! Lé nom, c'est le drapeau de la famille, — en sorte Que lorsqu'on fait injure à celui qui le porte. L'injure est collective. En cette occasion,
La famille devient presque une nation* Chaque parent reçoit un soufflet sur la face Du parent souffleté. — Dans toute vieille race. Ce sentiment hautain fut toujours honoré.
Dans aucune famille il n'est exagéré; Car pour les noms nouveaux, c'est un devoir utile* L'injure a bientôt fait comme la tache d'huile. Le nom qu'on abandonne au rire d'un passant Se trouve au bout d'un jour b^rfoné par un cent. Puis bientôt par la foule; elle a bonne mémoire, Elle retient la honte aussi bien que la gloire. Et celui qui le laisse insulter froidement.
Lorsqu'il se dit mon fils, me calomnie — et ment !
ALBERT, à demi-Toix à son père d'une Toix tremblante.
Mon père, je lui dois de l'argent, et cet homme Abuse lâchement d'un service. . .
MERCIER
La somme?*.
ALBERT
Soixante mille francs.
MERCIER, étonné, puis écrivant sur une feuille de son cafnet*
Soixante î les voici.
Payables dès ce soir à la Banque.
ALBERT
Ah! — merci î (Il court à Mosca.)
Prenez!
MOSCA
Quoi?
Votre argent !
Allons^ dëpêchez*TOUs !
Vous ne me ^i^ez rien.