‹ Un peintre lyonnais de la fin du XVe siècleChapitre 6 sur 8 · CLAUDE GUINET PEINTRE ET VERRIER A LYON (. . 1493- L · texte numérisé non relu

CLAUDE GUINET PEINTRE ET VERRIER A LYON (. . 1493- L

On a vu qu'un peintre du nom de Claude a peint en 1507 le tableau de sainte Catherine qui décorait une des chapelles de l'église de Notre-Dame à Beaujeu. C'est le tableau qui est entré au musée de Lyon en 1897 et que nous venons de décrire. Nous allons dire quel était ce Claude.

Claude Guinet ou Guynet était le plus souvent désigné à Lyon par son seul prénom. Il était peintre et verrier.

Nous l'avons trouvé inscrit en 1493 dans les Nommées de cette année ^ ; il aurait habité alors à Lyon dans la rue de l'Aumône :

^ Archives de la Ville de Lyon, GG 9, f» 330 recto. ~ Les Nommées ou « le Vaillant des habitans de Lyon « sont les états de dénombrement et d'estimation des biens (biens meubles et immeubles) et des revenus des habitants.

« Claude Giiynet painctre et verrier demorant en ladicte Rue de l'aumosne, extimé pour meuble et pratique, xxxvj liv. t. »

Il semble, d'après cet enregistrement dans les Nommées, qu'il ne puisse pas y avoir de doute sur l'établissement de Guinet à Lyon en 1493. Gela ne nous paraît pas cependant certain. Les rôles des Nommées dont nous parlons ont été dressés en 1493, mais ils sont restés en service pendant plusieurs années et ont reçu dès lors des additions successives. Il nous a paru, d'après l'écriture et d'après la place de l'inscription, que l'estimation relative à Guinet était postérieure à 1493. Ce peintre ne figure pas, d'ailleurs, sur les chartreaux de 1494 à 1500 ^

L'absence de son nom sur les rôles des taxes pour ces années n'est pas une preuve que Guinet n'babitait pas alors Lyon. Gela donne seulement à penser qu'il n'avait pas en cette ville de domicile définitif ou qu'il était dans une condition assez modeste pour échapper à cet impôt sur le revenu auquel les habitants étaient assujettis.

Une chose est toutefois certaine, c'est que, au moins en 1496, Guinet était à Lyon un des maîtres du métier des peintres et des verriers.

Si Jean Perréal fut le promoteur de l'institution à Lyon de la corporation des peintres, des verriers et des

* Nous avons fait la remarque que dans cette rue de l'Aumône où Claude Guinet prit son domicile, un troilleur (presseur d'huile) du nom de Silvestre Guinet était établi et y résidait au moins de 1496 à 1499.

DE LA FIN DU XV^ SIÈCLE

sculpteurs, Claude Guinet en fut avec lui, avec Jean Prévost, Philippe Besson, Pierre de Paix dit d'Aubenas, Jean Blic, François de Rochefort, Jean de Saint-Priest, Huguenin Navarre et quelques autres, un des fondateurs, et un des signataires des statuts que Charles VIII confirma à Lyon, en décembre 1496'.

Il était donc à Lyon en ce temps-là, et il y avait acquis quelque notoriété, mais, comme nous l'avons dit plus haut, il n'a pas été au nombre des peintres que le Consulat a employés alors lors des entrées du souverain.

C'est en 1503 que nous l'avons vu figurer pour la première fois, dans les chartreaux de l'impôt nous l'y avons trouvé jusqu'en 1512 et toujours dans le même quartier : « Du costé du Rosne. Depuis la maison du mouton tirant par la Rue de l'aumosne jusqu'à la Rue de la gerbe ^. »

* Ces statuts que Jean Perréal avait rédigés ne durent pas être souvent appliqués au moins à cette époque. Charles VIII les avait confirmés sur les instances de son peintre (voir Ordonnances des rois de France, t. XX, p. 562 à 571), mais il avait concédé précédemment aux corps de métier de Lyon, par ses lettres patentes du 14 décembre 1486, la pleine liberté du travail et du commerce. L'intérêt de la cité avait fait prévaloir le régime de la liberté.

- Les rôles des taxes pour 1501 et 1502 manquent aux archives de la ville de Lyon.

^ Il y a dans ce même chartreau de l'impôt pour 1503 (GG 113, f» 104 recto), une autre mention de Claude le peintre. « Du costé du Rosne. — Depuis le grand portail des cordelliers tirant par la Rue grenete jusques à la maison des trois pinsons. »■ Claude Guinet aura eu en ce lieu un premier logement ou un atelier provisoire.

Il est inscrit dans les rôles, tantôt sous le nom de « Claude Guynet paiutre ^ » , tantôt sous celui de « Claude le paintre^ ».

Il est certain que Claude le peintre est bien Claude Guinet : en effet, sur un des chartreaux, le secrétaire du Consulat avait écrit « Claude le paintre », et il a ajouté au-dessus de Claude le mot Guinet et au-dessus de « paintre » les mots et « verrier^ ».

Claude Guinet ou Claude le peintre est décédé en 1512 ou en 1513 ^

Il ne paraît pas avoir été chargé de travaux, soit par les conseillers de la ville, soit par le chapitre de la cathédrale. 11 a été assez souvent absent de Lyon.

Il aurait été pour un temps au service de la maison de Bourbon, mais nous n'en avons pas la certitude^.

' Ou « Claude Guynet paintre et verrier ».

- Archives de la ville de Lyon. 1503 : GG 112, f 98 V; CG 113, î" 104 r"; GG 113, f» 260 r" ; 1504 : GG 240, f° 102 v» ; 1507 : GG 244, f» 101 V ; 1512 : GG 115, i" 138 r".

3 Archives de Lyon, 1503, GG 112, P 98 r\ Archives de Lyon, GG 115, f" 138 recto. « Recepte... pour subvenir aux fraiz neccessitez pour la tuicion et garde de la ville. » — « Despuis la maison du moton tirant par la Rue de l'aumosne jusques à la Rue de la gerbe. Claude Guynel peintre et verrier à iij s. — xij s. — pour les vj** — xvij s. » On lit en regard du nom : mo7-i.

■' Est-ce le peintre du nom de Claude qui a été employé par Pierre II de Bourbon ? — Nous avons fait mention de Claude Guinet dans notre histoire des peintres de Lyon. {Les Peintres de Lyon du xiv^ au xviii^ siècle, 1888, p. 65.)

LA PEINTURE A LYON AU COMMENCEMENT DU XVr SIÈCLE

Le retable de l'autel de sainte Catherine d'Alexandrie dans l'église Notre-Dame à Beaujeu a été peint en 1507. Il a été peint à Lyon, car Claude Guinet était dans cette ville en 1506, en 1507 et en 1510.

Cette époque (les premières années du xvi* siècle) peut être regardée, pour la région lyonnaise, comme celle du début de la renaissance française ^ L'action de l'art italien avait été faible sur nous au xV siècle, mais l'Italie fut envahie par nous à la fin de ce siècle. Le souverain s'était fait accompagner par ses peintres, et ceux-ci avaient ressenti l'inlluence de ce milieu, où tout était alors puissant, séduisant et troublant ; un d'eux, Jean Perréal, « nostre second Zeusis ou Appelles en peinture », comme a dit de lui Jean Lemaire,

' Cette renaissance commença même à Lyon dans les dernières années du xV siècle.

en a fait l'aveu : « Ay revyré mes pourtraictures, a-t-il écrit 1, au moins des chouses antiques que j'ay vu ès parties d'Italye. » Le souverain avait aussi ramené parmi nous des maîtres italiens, artistes et artisans. L'art français n'avait pas alors perdu cette naïveté, disons plutôt ce sobre réalisme, qui en faisait le charme. A ce moment, l'esprit italien pénétra chez nous plus profondément dans les inventions et les procédés (nos remarques s'appliquent surtout à Lyon), nous apportant des enseignements qu'il tenait de son idéalisme et de sa connaissance nouvelle de l'antiquité. Les Flamands étaient déjà en France les maîtres du portrait, et si, pour l'art décoratif, l'idée italienne prévalait dans la science de la composition et de l'expression, aux Flamands, les seigneurs, même les souverains et les princes, avaient recours pour les oeuvres qu'on peut dire de peinture domestique. Quand se produisit ce double entraînement, cette pénétration subtile du goût flamand et du goût italien, notre génie national n'a pas pour cela abandonné les traditions auxquelles il avait dû sa force propre, et a pris le caractère définitif dans lequel l'influence des Flamands est le plus marquée. Ce fut alors à Lyon la floraison des lettres et des arts. Nos oeuvres furent marquées au coin d'une originalité tempérée et qui était nôtre; il y a eu raffinement d'un goût dont le charme s'imposait, et l'on a été jusqu'à

* Le 15 novembre 1509, dans une lettre adressée à Marguerite d'Autriche, au sujet de dessins (patrons) pour les sépultures de Brou.

DE LA FIN DU XV SIECLE

dire qu'on avait observé en ce temps, à Lyon, comme « un rajeunissement de la pensée », Jamais Lyon ne compta un plus grand nombre de peintres : deux cent quarante dans les trente premières années du xvi* siècle ^ !

La Sainte Catherine de Claude Guinet a cela d'intéressant qu'elle a été exécutée lors des débuts de nos peintres lyonnais du xvi^ siècle. Nous n'y reconnaissons ni la facture italienne ni la facture flamande. Ce retable est une œuvre bien française dans son ensemble, quant au dessin et au coloris, mais Claude Guinet n'était pas cependant un maître tout à fait provincial ; il paraît avoir été familier avec l'art de son temps. La sainte a une sveltesse et une élégance de formes, auxquelles les peintres italiens se plaisaient. Le visage de sainte Catherine tient du portrait ; il a quelque chose du réalisme flamand, et l'échappée de paysage à gauche de l'architecture corinthienne rappelle par la finesse, la précision, autant que par la couleur, les fonds de tableau des maîtres de Bruges.

Ce tableau est, nous le répétons, bien français. Nous ne prétendons pas assigner à ce panneau une haute valeur d'art; on peut reprocher à notre artiste quelque faiblesse, voire même quelques incorrections. L'ouvrage n'en a pas moins un très vif attrait, son intérêt est pardessus tout historique.

Claude Guinet est en fait un peintre du xv* siècle. Il n'était certainement pas un peintre obscur à Lyon,

Il y avait parmi ces deux cent quarante peintres quinze peintres flamands et huit peintres italiens.

mais il n'était pas renommé, puisque nous n'avons trouvé aucune mention, dans les documents lyonnais, d'un travail de sa main. Il était le contemporain de Jean Perréal; il s'était associé à son entreprise de la communauté des peintres, et l'on peut se faire une idée par la Sainte Catherine de Beaujeu, de ce que pouvait donner en moyenne la peinture lyonnaise, dans les premières années du xvi" siècle.

PRINCIPAUX OUVRAGES

M. Natalis RONDOT

Étude de la géologie du pays de Reims, 1843. 1 in-8°.

La Fabrication des pagnes de coton à Garée, au Sénégal, 1846. 1 in-8°, avec une planche.

Les Gamhiers de la Malaisie, 1846. 1 in-8°, avec deux planches.

Les Temples de Vile Pou-tou en Chine, 1846, 1 in-S", avec une planche.

Rapports sur les étoffes de laine françaises convenables pour la Chine, VArchipel indien et l'Afrique, 1847. 1 vol. in-folio.

Etude pratique des tissus de laine convenables pour la Chine, le Japon, la Cochinchine et VArchipel indien, 1847. 1 vol. grand in-8''.

Les Plantes filamenteuses de la Chine, 1847. 1 in-S", (Traduit en anglais, 1849.)

Notice sur les yang de Chine et le métier à tisser le jong et le ho, 1847. 1 in-8^

Etude pratique du commerce d'exportation de la Chine, par I. Iledde. Éd. Renard, A. Haussmann et N. Rondot, revue et complétée par N. Rondot, 1848. (2'-' édition, 1849.) 1 vol. grand in-S".

Une Promenade dans Canto?i. L'atelier de laques d'Hipqua et l'atelier de tabletterie de Ta-yu-tong , 1848. 1 in-8''.

Rapport fait au Ministre de l'agriculture et du commerce sur l'industrie lainière de la Belgique en 1847, 1849. (2« édition, 1850.) 1 vol. grand in-8«.

PRINCIPAUX OUVRAGES

Les Valeurs officielles en France, en Belgique et en Angleterre, 1849. 1 grand in-S».

Exposition nationale en 1849 à Paris, Rapports (comme membre du jury) sur les produits de l'industrie de Paris, 1850. 1 vol. in-8».

Statistique de V industrie à Paris, résultant de l'enquête faite par la Chambre de commerce de Paris pour les années 1847 et 1848, par Natalis Rondot et Léon S.\y, 1851. 1 vol. grand in 4'^ de 1.008 pages.

Les Colonies agricoles des Chinois^ 1851. 1 in-S".

Histoire et statistique des théâtres de Paris, 1852. 1 grand in-S».

Rapport sur les objets de parure, de fantaisie et de goût fait à la Commission frartçaise du Jury international de l'Exposition universelle de Londres, 1854, 1 vol. in-8'.

Les Valeurs officielles et actuelles en France, en Angleterre et en Belgique, 1858. 1 grand ^-80.

Notice du vert de Chine et de la teinture en vert chez les Chinois, 1858. 1 vol. grand in- 8" avec deux planches. (Traduit en anglais et en allemand, 1859.)

Musée d'art et d'industrie. Rapport fait à la Chambre de commerce de Lyon, 1859, 1 grand in-4''. (Traduit en allemand, 18G0.)

Rapport sur l'industrie des soies et des soieries fait au Conseil supérieur de l'Agriculture, des Manufactures et du Commerce. (Traité de Commerce avec l'Angleterre.) 1860. 1 in-4'>,

Pé-king et la Chine; mesures, monnaies et banques chinoises, 1861. 1 grand in-S". (Traduit en hollandais, 1861, et en anglais, 1862.)

Exposition universelle à Londres en 1862. La maroquinerie, les laques, la tabletterie, les éventails, etc., 1863, 1 in-4°.

L'École Stroganoff et le Musée d'art et d'industrie de Moscou, 1869. 2 grands in-8\

L' Enseignement nécessaire à l'industrie de la soie. Écoles et musées, 1877. 1 vol. grand in-S".

Page 1