CHAPITRE QUATRIÈME
La chasse aux Acadiens, — Les premiers embarquements.— Remords de Winslow.— La journée du huit octobre —Incendie des villages. —De Grand-Pré à Annapolis.
Quand, après la fameuse assemblée du 5 septembre, les prisonniers acadiens virent Winslow sortir de l’église, quelques-uns des plus âges le suivirent au presbytère et le conjurèrent de leur permettre d'aller avertir leurs familles de ce qui venait de se passer, de crainte qu’elles ne prissent trop d’inquié. tudes. Après s'être consulté avec ses officiers, il consentit à laisser sortir chaque jour vingt des prisonniers, mais à la condition que les autres répondraient de leur retour. Chaque famille devait être enjointe d'apporter des vivres pour ceux des siens qui étaient détenus.
Murray écrivit le même jour à Winslow qu'il avait réussi à s'emparer de cent quatre-vingt-trois hommes : ettous deuxse félicitèrent de leur succès. Mais leur joie fut tempérée par les nouvelles qu'ils reçurent de Port-Royal et de Chipoudy.
Les habitants de Port-Royal avaient eu vent de la conspiration, et s'étaiont enfuis dans les bois ; un petit nombre seulement avaient été saisis. !
On a vu ce quis'était passé à Chipoudy. Le major Frye en était encore tout consterné, le jour ov il fit son rapport à Winslow. Et l’un de ses officiers ajoutait en le confirmant : ‘ Tout notre monde ici est dans la crainte que vous, qui êtes au cœur de cette nombreuse engein’e démoniaque,
1. Le passage suivant d'une lettre de M. l'abbé Le Guerne, qui, comme on le sait, était missionnaire de Memramcook, Peticoudiac et Chipoudy, révèle quelque chose des moyens pertides qu’on avait employés pour attirer les Acadiens.
...** I] n’est point de trahison dont l'Anglais ne se soit servi contre l'habitant, soit pour l'emmener, soit pour sonder ses intentions... .C’étaient des espérances des plus flatteuses....la paix ramènerait un chacun sur son ancienne habitation. ...
... Le commandant anglais par ses promesses séduisantes, des offres captieuses, et par des présents même....avait cru me mettre dans ses intérêts. Se croyant donc assuré de moi, il me manda qu’il souhaitait de me voir incessamment. Je me gardai bien des embâûches qu’il me tendait, A une lettre où il me pressait encore de bannir toute défiance et de me rendre au fort (Beauséjour), je répondis ue je me souvenais que M. Maillard avait été embarqué malgré une #ssurance positive d’un gouverneur anglais, et que j'estimais mieux me retirer que de m’exposer en aucune maniere.” —10 mars, 1756.
n'éprouviez le même sort, ce dont je prie Dieu qu'il vous préserve.” !
Ces fâcheuses nou elles firent craindre un soulèvement parmi les prisonniers. Il est probable qu'ils en cherchèrent l'occasion, et qu’ils s'y seraient déterminés, s'ils n'avaient pas conservé quelque illusion sur le sort qu'on leur réservait. C'est ce que firent pius tard une bande d'entre eux à bord d'un des vaisseaux, dont ils s'emparèrent.
Les jours qui suivirent l'assemblée, des patrouilles furent envoyées dans les différentes directions pour saisir ceux qui avaient échappé à la première arrestation. Les $ollats tiraient sans pitié sur tous ceux qui cherchaïient à fuir. Un habitant du nom de Melançon, parait il, avant aperçu une des patrouilles dans le voisinage de sa maison, s'étuit élancé sur ua de ses chevaux pour gagner le bois ; mais une balle était venue l’atteindre et le jeter mort sur la route. Plusieurs autres eurent le même sort. Bientôt l’église d2 Grend-Pré, qui avait été convertie en prison, fut encombrée de près de cinq cents des malheureux Acadiens.
L'enceinte palissadée servait de préau, où, durant le jour, un certain nombre avaient la permission