‹ Un pèlerinage au pays d'Evangéline [microforme] (volume 2)Chapitre 22 sur 92 · Journal de Winsiow, p · texte numérisé non relu

Journal de Winsiow, p

procédé barbare, on séparait le fils du père, le frère du frère. Ce fut là le commencement de cette dislocation des familles, qui n'a pas d'excuse, et qui a marqué d’une tache ineffaçable le nom de ses auteurs.

Quand on sait qu'une partie de ces jeunes gens n'étaient que des enfants de dix à douze ans, et par conséquent bien moins redoutables que des hommes mariés dans la force de l'âge et qui avaient de plus grands intérêts à sauvegarder, on ne peut

comprendre ce raffinement de cruauté.

Il faut laisser Winslow lui-mêm2 raconter cet incident : “ J'ordonnai aux prisonniers de marcher. Tous répondirent qu'ils ne partiraient pas sans leurs pères. Je leur dis que c'était une parole que je ne comprenais pas, car le commandement du roi était pour moi absolu et devait être obéi absolument, et que je n’aimais pas les m'sures de rigueur, mais que le temps n'admettait pas de pourparlers ou de délais, alors j'ordonnai à toutes les troupes de charger à la baïonnette et de s’avancer sur les Français. Je commaudai moi-même aux quatre rang'es de droite des prisonniers, composées de vingt-quatre hommes, de se s‘pirer du reste : je saisis l’un d’entre eux qui empêchait les autres d'avancer, et

je lui ordonnai de marcher. Il obéit.” ! Le reste des jeun:s gens se résignèrent à suivre, mais non sans résistance, et avec dus lamentations qui firent mal à Winslow lui-même. Une foule de f:inmes et d'enfants, parmi lesquels s: trouvaient les mères, les sœurs, les fiancées de ces infortunés, étaient témoins de cette scène déchirante et en augmentaient la confusiou par leurs gé nissements et leurs supplications.

De l’église au lieu de l'embarquement la distance n’est pas moins d’un mille et demi Elles s’attachèrent à leurs pas pendant tout ce trajet, en priant, pleurant, s’agenouillant, leur faisant des adieux, essayant de les saisir par leurs vêtements pour les embrasser une dernière fois.

Une autre escouade, composée de cent hommes

1....‘* Order ye prisoners to march. They all answered they would not go without their fathers, I told them that was a word I did not understand, for that the King's couumand was to me absolute and should be absolutely obeyed and that I did not love to use harsh means, but that the time did not admit of parlies or delays, and then ordered the whole troops to fix their

- bayonets and advance towards the French, and bid the 4 righthand files of the prisoners consisting of 24 men, which I told of myself to devied from the rest, one of whom I took hold (who opposed the marching) and bid march: he obeyed and the rest followed, though slowly, and went of praying, singing, and crying, being met by the women and children all the way (which is 14 mile) with grent lamentations upon their knees, praying, &e.—Journal de Winslow, p. 109. On a conservé l'orthographe de l’auteur. s

mariés, fut embarquée aussitôt après la première, au milieu des mêmes scènes. Des pères s’informaient de leurs femmes restées sur le rivage où étaient leurs fils, des frères où étaient leurs frères, qui venaient d'être conduits dans les navires ; et ils suppliaient les officiers de les réunir. Pour toute réponse, les soldats pointaient leurs baïonnettes et les poussaient dans les chaloupes.

Chaque famille eut ordre de nourrir les siens à bord, comme elle avait fait à l'église.

En lisant les instructions de Lawrence, on est naturellement porté à croire qu'il ait au moins recommandé de ne pas séparer les membres d’ane mème famille en les déportant; mais il n’en est nullement question, pas plus que dans les rapports que lui adressait Winslow. !

1. Dans le mémoire secret adressé par Lawrence à Murray, on lit le passage suivant qui n'a pas besoin de commentaires :

‘Take an opportunity of acquainting the inhabitants that if any attempt by indians or others to Destroye or otherwise

. Molest his Majestys Trovps, you have my orders to take an Eye for an Eye, a Tooth for a Tooth and in Shorte Life for Life from the neurest Neighbours where such Mischiefe is Perfurmed.”

*# Choisissez une occasion pour prévenir les habitants que s’il se fait aucune tentative de la part des sauvages où autres pour détruire ou molester de quelque manière les troupes de Sa Majesté, vous avez mes ordres de prendre œil pour œil, dent pour dent, en un mot vie pour vie sur les plus proches voisins du lieu où s’accomplira tel méfait.”

Lawrence avait d’autres préoccupations : une de celles qu'il avait le plus à cœur, était de se faire choisir les plus beaux chevaux dans les écuries des Acadiens. Il avait donné tont exprès, pour cela, un sauf-conduit à un nommé Moïse LesDerniers qui fit une levée dans les différentes paroisses, 1

Murray, que Lawrence avait chargé de lui rendre le même service, écrivait à Winslow : ‘ J'ai vu plusieurs chevaux, mais je n’en ai trouvé aucun qui, je pense, puisse lui plaire, je suis informé aujourd’hui qu'il y a un cheval noir appartenant à un nommé Amand Gros, de Grand-Pré, qui, me dit-on, sera un cheval de selle qui conviendra à son goût. Je désire donc qu: vous soyez assez bon que d'ordonner à René Leblanc, fils, ou à

1. Permit the Bearer Moses LesDerniers to go to Grand- Pré, to the Rivers Cannard and Habitant to look for some horses for the use of the lieutenant governor and bring the same to this Forc

Fort Edward 3rd September 1755. A. Murray, to all concerned.

The number of horses mentioned above are six. A M.

Autre sauf-conduit au même par Winslow, 4 septembre.— Journal de Winslow, p. 91-9?

Cette date du 4 septembre est à remarquer : c'était la veille de l’assemblée où tous les biens des Acadiens allaient être confisqués au profit de la couronne, Lawrence n'avait pas voulu perdre l’occasion d’être le premier à mettre la main impunément sur ce qu'il y trouvait de plus précieux. On saisit ici sur le fait l'esprit qui animait l'organisateur de l'expédition : on connaît celui des subulternes,

quelques autres Français, de s'en emparer et de me l'amener. !

Winslow espérait que les transports destinés à recevoir toute la population ne tarderaient pas à arriver ; mais il fut trompé dans soi attente. Sept de ces transports, expédiés de Port-Royal, n’entrèrent dans le hassin des Mines qu'aux premiers jours d'octobre.

Quelle que fût la dureté de Winslow pour les habitants de Grand-Pré, elle n’était rien comparée à celle que Murray montra à Pisiquid. Elle n'était rien surtout comparée à la brutalité des soldats anglo-américains qu'inspiraient une haine invétérée et des luttes sanglantes contre les Acadiens. Winslow finit par en être indigné, et ces désordres allèrent si loin qu'il dût publier un ordre du jour défendant, sous peine de châtiment sommaire, à tous soldats et matelots de quitter leurs quartiers, afin, disait-il, de mettre fin aux détresses d’un peuple en détresse. ?

Trois des transports furent détachés du convoi et envoyés à Pisiquid, où, depuis des semaines, Murray les attendait avec impatience. Dans la lettre qu’il écrivait à Winslow pour lui annoncer

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