SUR LE CONCOURS DE L'ANNÉE
Les ouvrages présentés au concours Bordin et au concours Marcelin Guérin étaient, cette année, plus nombreux encore que d'habitude. Confian!s dans un bon accueil qui ne leur a pas fait défaut, les concurrents nous sont venus de partout à la fois; de chez nous et d’ailleurs ; du dedans et du dehors, et même un peu de l’autre monde!
Ne voyons que des Français, Messieurs, dans tous ceux qui honorent doublement la France, en écrivant comme elle et pour elle...
Sans avoir combattu pour la France (comme le prince Georges Bibesco), mais l’aimant aussi tous les deux, et quittant pour elle, l’un le Canada, l’autre la Belgique, M. l'abbé Casgrain et M. le vicomte de Spoelberch de Lovenjoul nous ont présenté des ouvrages qui ne pensaient guère, quand ils naissaient à quinze cents l'eues de distance, à Montréal et à Bruxelles, qu’un jour pôt jamais venir où, devant vous, ils se trouveraient étroitement unis dans une seule et mème récompense,
Ce jour est venu !..,
Plusieurs fois déjà, surtout le jour où l’Académie couronnait un jeune poète canadien, M. Louis Fréchette, j'ai rappelé ici les liens affectueux qui, après tant d'années, unissent encore, de plus en plus, le Canada et la Frarce, M. l'abbé Casgrain s’en est souvenu de son côté, en écrivant le cusieux et très intéressant volume qu'il a intitulé : Un Pélerinage au pays d’Évangéline.
vangéline est le titre d’un roman, d’un poème de Longfellow, et le drame qu'il développe se passe dans l’Acadie, dans cette Nouvelle-Ecosse que, par le traité d’Utrecht, la France eut le regret de céder un jour à l'Angleterre. Quoiqu’une clause spéciale garantit aux Acadiens le libre exercice du culte catholique, les Anglo-Amérirains, deyenus bientôt les Plus forts, cherchèrent dans la religion un prétexte pour “chagset des voisins cpnt ils convoitaient surtout la richessë. De ‘là, toutes les contéhences J'unc implacable persécution civile et féligiéuse : spoliations, ‘emprisonnements, déportations, véritables dragonncdes, dit l'avbé Cusgrajns,qui darèrent près detrente ans et qui ne cessèrent-que lé jour-où le dernier" des -Atadignsseut gbatdonné l’Acadie.
En parcourant -dujouré'hui-ce beaw pays, dans ce ‘qu’il appelle son Pélerinage, M. l’abbé Casgrain retrouve à chaque pas, avec attendrissement, le souvenir de tant de violences hérciquement supportées. Son récit émouvant est rapide, simple et clair, écrit en bon style, et d’un sentiment tout français,
Compatriote de M. Fréchette, M. l’abbé Casgrain est venu comme lui en France pour soumettre son livre au jugement de l’Académie. L'ouvrage et l’auteur méritaient à tous égards que l’Académie leur donnât, à tous deux, un témoignage d'estime et de sympathie,