VICTOR, SIMON
SIMON. Enfin, je puis donc vous parler!
Je vous ai attendu hier; où êtes vous allé?
Victor. Mon père!....
SIMON. Allons, répondez-moi... Rassurez-vous , j’ai promis à votre mère d’ètre calme , je le serai. Cependant elle ne connaît pas encore toute votre conduite, sans cela croyez-vous qu’elle même pourrait garder la modération qu'elle me recommande? Je n’ai pas encore voulu vous enlever toute sa tendresse . mais j'exige ici un aveu franc et loyal. Où avezvous passé la nuit?... Vous n’osez me répondre? eh bien ! je vais vous le dire:
vous l'avez passée toute entière dans une • maison réprouvée dans un repaire de scélérats qui exploitent les jeunes gens qui, comme vous, ont la passion du jeu , pressurent leur fortune et ne les quittent souvent qu’après les avoir rendus criminels. Oui, monsieur, voilà pourquoi on voit le deshonneur se glisser tout-àcoup dans' des familles respectables: voilà ce quivousattend si vous ne vous corrigiez pas!
Victor. Mon j>ère ! je puis m’être égaré, mais vous déshonorer? jamais !
SIMON. Jamais?... Ecoutez. J’ai mûrement pesé vos actions , j’ai mûrement réfléchi , car un père, voyez -vous, n’est pas une heure sans penser à l’avenir de scs enfans, sans chercher à le prévoir.
On n’a pas besoin d’esprit pour cela : on n'a besoin que d’un bon cœur, et vous savez si le mien vous était ouvert?
VICTOR. Je n’en ai jamais douté , je n’en doute pas encore, malgré
Simon. Malgré vos fautes, n’cst-ce pas?
Voyons.... vous avez beaucoup perdu, cette nuit? Vous avez fait sans doute quelques lettres de change? Comment feriezvous pour les payer si je n’étais pas là ?
dites. Vous ne le savez pas. Eli bien ! si je vous refusais mon secours et que leur échéance arrivât, vous feriez comme les autres, vous voudriez sortir à tout prix de votre position et , comme les autres , ce serait aux dépens de votre honneur. Voilà
IE NACASII THEATRAL.
ce que m’ont appris mes prévisions sur vous, ce qu’elles me confirment de jour en jour pour votre malheur et pour le nôtre!
VICTOR. Je sens profondément la force de vos raisons , elles sont déjà gravées dans mon cœur. Et si l'envie de mal faire me prenait jamais, nul doute que je pusse m'en garantir en les rappelant à ma mémoire.
Simon. Ce matin . à six heures , après une querelle très-vive aTCC votre adversaireau jeu. vousèles sorti, vous sixième., où avez vous été ?
Victor. Vos procédés pour moi m'engagent à vous répondre avec franchise.
Comme vous le pensiez tout-à-l'heure , mon père, j’ai été trompé au jeu, trompé toute la nuit. Quand je m’en aperçus , je voulus retirer l’argent que j’avais perdu où. pour dire vrai , les signatures que j’avais faites: non-seulement mon adversaire s’y refusa, mais il osa encore rire de ma crédulité , insulter à mon malheur !..
je ne pus me contenir... et un soufflet!...
# simon. Imprudent!... Et vous vous êtes battus?
VICTOR. A une Iieucde la ville, tous les deux , à vingt-cinq pas . une halle dans la poitrine l’étendit à mes pieds!
SIllOü. Malheureux! malgré mes prières, malgré tes promesses!
VICTOR. Mais, mon père, il m’avait volé!
SIMON. Sa joue portait la marque de ton mépris, lu devais être satisfait.
Victor. Mais il disait qu’il voulait se battre; qn' il voulait me tuer: si j'avais fui, il m’aurait traité de lèche!
mmov avec force. Et quel est donc le courage qui vous force sur un mot, sur un geste , d’aller tuer son semblable? Savezvous qu'un duelliste â mes yeux est aussi méprisable qu’un assassin? un duelliste, qui de gaité de cœur ose priver une famille de son plus ferme et quelquefois de son seul appui, u’cst-i| pas un meurtrier?
que fait doue de plus que lui l'assassin?
11 frappe dans l’ombre direz-vous ? Mais c’cst pour se dérober à la honte, au cri de sa conscience , et plus souvent encore , c'est pour sc dérober â lui-même! I.e duelliste ne respecte rien , pas même son frère! Je vais vous en fournir la preuve...
A seize ans , lorsque je pris le parti de m’embarquer , le capitaine du bâtiment sur lequel je montai avait justement le caractère dont je vous parle. Etant allé se reposer aux lieux qui l'ont vu naître ; il devint épris de la maîtresse de son frère , qui comme lui était capitaine. 11 le pro-
voqua. et poussa si loin la fureur jalouse, qu'il le dégrada en plein café 1 dès-lors tout arrangement entre eux fut impossible, et, quoique dans ce temps, le duel prit être puni de mort , le lendemain ils tirèrent l'un sur l'autre a bout portant...
l'instant d’après le frère n’existait plus et les remords les plus cuisans étaient daus le cœur de mon capitaines. Rentré chez lui , craignant sau doute d'étre arrêté, il m’ordonna de lui composer un breuvrage(qucje ne connaissais pas alors), et s'empoisonna par degrés en me dictant sou testament. C'est ainsique finit un homme appelé par ses talons et son courage a être l'honneur de sa famille et l'orgueil de sa patrie!.. Maintenant . monsieur, je vous ai tout dit ; si ces exemples ne suffisaient pas pour vous rappeler a vos devoirs . vous ne seriez plus mon Gis, vous ne seriez à mes yeux que le plus méprisable des hommes!
VICTOR. Ah! mon père! je veux racheter par ma conduite à venir- tous les torts du passé , c'est à genoux maintenant que je sollicite l’entier oub'i de mes fautes.
siviox. Ah! si ton repentir est sincère, ce n’est pas là que tu dois être, c’est sur le cœur de ton père! (Ile l'embraeeent).
Tais-toi , voici ta mère , essuyons nos larmes ; qu'il ne soit plus question a présent que de notre amour mutuel!
SÇÈNE xjn.
POTIN , ÉLISE , Mme SIMON . SIMON , VICTOR.
MAD. Simon. M. Potin, M. Potin... je vous disque vous lassez ma patience et qu elle est à bout.
potin. Mais, madame
simon. Qu’y-a-t’il donc?....
mad. SIMON. C’est une horrcurl La cour, le péristyle sont encombrés à n’y pouvoir marcher; l’entrée du jardin est interceptée.
SIMON. Comme il m'est arrivé beaucoup de marchandises ces jours-ci, c’cst moi qui ai commandé.. .
MAD. simon. M. Simon, cela ne tous regarde pas. Quand je rappelle un valet a ses devoirs, je vous prie de ne pas vous en mêler, (d Potin) Répondez-moi ?
potin J’avais dis a Mme Potin....
mad. simon. Taisez-vous. Avez-vous dit aussi a votre femme de répandre de la paille dans la cour? Ne vous paie-t-on pas pour que la maison soit en ordre f