‹ Un pere ou La famille Simon drame en trois actesChapitre 50 sur 57 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

SIMON, Mme SIMON.

If AB. SIMON. Ah ! je puis donc vous parler! nous sommes seuls, enfin! depuis hier que vous voyez mes larmes vous ne m avez pas adressé la parole, vos regards ne se sont pas arrêtés, une seule fois sur moi ! Pourquoi me traiter ainsi, monsieur? Car enfin je ne suis pas une étrangère et les pleurs que notre situation m’arrache mériteraient au moins quelques consolations.

SIMON. Et quclte consolation voulezvous que je vous donne, quand je sois , dans le désespoir.

mab. simon. Alors, monsieur, si vous m’aviez parlé, si j’avais vu que vos chagrins remportassent sur les miens, c’est mot qei vous en aurais adressé ; je l’aurais fait du fond de mon ême, car je sais que votre affliction est grande et je la partage sincèrement.

Simon. Vous? la cause do tous nos maux !

mab. Simon. Non, monsieur... oh!

non ; je me suis égarée souvent, sans doute : mais ma fille, que peut-elle me reprocher ?

SIMON. De ne l’avoir jamais aimée.

MAD. simon. Moi? n’avoir jamais aimé mon enfant ! N’admirai-je pas comme vous ses vertus? scs talens ne faisaient-ils pas ma fierté ?... je l’avouerai pourtant; l’amour que je portais à mon fils me ren-*

IB HICiSIN THESTtiL.

dit quelque fois injuste. Mais Elise m’cn fûtelle moins chère? ai-je jamais reculé devant aucun sacrifice pour elle? et quand j’ai su que son coeur était tout entier à Gustave, que son hymen avec lui ferait son bonheur, n'y ai-je pas consenti? ah!

monsieur, vous pouvez m'accabler, j'entendrai tout de votre bouche : mais au nom du ciel, ne reprochez pas à une mère de ne point aimer ses enfans !

Simon. Est-ce donc les aimer que de dissiper leur héritage ? de forcer leur père à rougir ?

mad. SIMON. Oui, je conçois ces reproches, croyez qu’ils n’égaleront jamais ceux que je me fais & moi-méme. J'ai été l'une des causes de notre ruine, je ne m’en défends pas... mais si ces malheurs sont réparables, si notre crédit n’est pas entièrement perdu , dites-moi ce qu’il faut faire, je ne reculerai devant aucune humiliation, je me résignerai à tout, pourvu que vous inc rendiez votre coeur et que vous m'aidiez à regagner ceux de mes enfans ! ah ! voyez votre femme, elle est à vos genoux, elle vous implore et vous ne pourrez lui refuser la première grâce qu’elle vous demande, qu’elle a droit d’attendre de la bonté de votre âme !... son pardon !

SIMON, cherchant à la relever. Levezvous! madame, levez-vous.

mad. simon. Non, non, car vous aurez pitié de ma situation.

SIMON. Eûtes-vous pitié de moi quand je vous suppliais de mettre un frein à vos passions ? d’éloigner un homme qui après nous avoir perdus, deshonorés, m’a rendu l’assassin de ma fille? et vous vous voulez que je pardonne la mort de celte en Tant chérie, du seul espoir qui restait à ma vieillesse ?

mad. Simon, te relevant. Ah ! c’est vrai.

Jccroyais avoir énuméré toutes mes fautes, et j’avais oublié la plus grande, celle qui doit le plus vous frapper! hélas! que n’aviez-vous alors celte fermeté qui m’accable aujourd'hui ! que ne résistiez -vous à mes ordres comme vous résistez en ce moment h mes prières et â mes larmes.

simon. Oui, ma faiblesse était grande et j'en rougis maintenant. J'ai passé vos défauts sous silence, je les ai souvent oubliés même. Mais à présent que ma fille est victime!...

MAD. simon. J'entends... il n’y a plus de repos pourmoi. Notre existence se passera donc ainsi? nous voir sans oser nous parler 1

simon. Oh! rassorez-TMis; la mienne

ne sera plus longue !

MAD. simon. Que dites-vons? Ah! vous vivrez; c’est moi qui dois mourir! et cela ne peut larder, je le sens!

SIMON. Retenez donc vos larmes, madame ; si ma fille vous entendait !

MAD. SIMON. Craignez-vous qu’elle ne demande grâce pour sa mère?

simon. Ce serait augmenter sa souffrance.

MAD. SIMON. Mais mon pardon me serait accordé... je cours...

simon Silence ! voici le docteur et votre femme de chambre, je ne veux pas u’ils puissent soupçonner que le cœur e votre époux vous est maintenant fermé.

mad. SIMON. Ah ! je suis une femme perdue !

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