ACTE TROISIÈME
HÉLÈNE
Je crois que la balance est faite.
ANDRÉ
C'est égal, dis-moi encore une fois que tu m'aimes !
HÉLÈNE
Tant que tu voudras. Je t'aime... je t'aime... je t'aime!
Est-ce assez ? (André la fait asseoir et se met à genoux.) Si l'OIl
entrait...
ANDRÉ
Qui pourrait entrer ?
HÉLÈNE
Ton père ! Nous devons sortir ensemble.
ANDRÉ
Pour?
HÉLÈNE
Pour aller faire des visites.
ANDRÉ
A qui?
HÉLÈNE
A toutes sortes de personnes.
ANDRÉ
Tous ces gens-là sont ennuyeux.
Ce n'est pas une raison pour être impoli avec eux. Je croyais que tu ne reviendrais que demain; voilà pourquoi je me suis engagée. Si tu ne veux pas que j'y aille, prévenons ton père.
ANDRE
D'abord, il n'est pas besoin de prévenir mon père, qui demeure avec nous ; ensuite, fais tes visites, je ne t'en empêche pas. Je t'habillerai moi-même.
HÉLÈNE
Merci ! Tu t'y prends trop mal. L'autre soir, au bal, madame de Grige m'a demandé qui est-ce qui m'avait fagotée, c'est le mot, comme je Tétais. Je n'ai jamais osé lui dire que c'était toi qui, non seulement m'avais habillée, mais qui même avais commandé ma robe.
ANDRÉ
N'était-elle pas bien, cette robe ?
HELENE, montrant son cou.
Elle montait jusqu'ici. J'avais l'air d'une pensionnaire.
ANDRÉ
Tu étais suffisamment décolletée pour n'avoir pas trop chaud. C'est par les robes décolletées que s'évapore peu à peu la pudeur des femmes. Vous ne savez donc pas que le murmure d'admiration qui caresse vos épaules nues n'est qu'une insulte déguisée! Si j'étais femme, je jugerais delà sincérité de l'homme qui dirait m'aimer par le corsage qu'il me laisserait mettre.
HÉLÈNE
Mais tout le monde. . .
ANDRÉ
Tout le monde!... Je le connais celui qu'on appelle Tout le monde... Tout le monde est un malin qui fait des théories à son bénéfice... Ainsi c'est Tout le monde qui dit : « Il faut aimer sa femme d'une certaine façon. L'épouse