‹ Un père prodigue...: Comédie (en prose)Chapitre 88 sur 112 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE COMTE, ALBERTINE, puis DE TOURNAS.

ALBERTINE, s'apprîchant du comte, sans qu'il l'enlenle,

et lui touchant l'épaule.

Adieu, mon cher comte !

LE COMTE

Vous sortez?

ALBERTINE

Je pars.

LE COMTE

Où allez- VOUS?

ALBERTINE

LE COMTE

ALBERTINE

LE COMTE

Très loin !

Avec moi?

Seule !

Parce que?

ALBERTINE

Parce que vous ne m'aimez pas !

LE COMTE

Je ne vous aime pas?

ALBERTINE

Non. Il vous a suffi de vous retrouver avec un ami de votre fils pour vous en apercevoir, et je n'ai besoin que de ce collier, moi, pour en être sûre ! Si vous m'aimiez, vous m'estimeriez un peu et ne vous croiriez pas forcé de me faire de si riches présents ; si vous m'aimiez, vous n'auriez pas jeté un regard si triste sur la porte par laquelle vient de s'en aller M. de Ligneraye, l'ami de ceux que vous aimez véritablement. J'ai cru que vous m'aimiez, tandis que je n'étais pour vous qu'une distraction pendant un chagrin. Demain, ce chagrin aura disparu, et, moi, je deviendrai inutile ! Permettez à mon amour-propre de ne pas attendre jusque-là ; donnons-nous la main sans rancune... et adieu!...

LE COMTE

Je vous ennuie?

ALBERTINE. . , r : : *

Quelle idée !

156 UN PÈRE PRODIGUK.

LE COMTE

Mais, si vous me quittez, que voulez-vous que je devienne ?

ALBERTINE

Vous irez voir votre fils. Ce n'est pas loin, puisqu'il est à Fontainebleau.

LE COMTE

Vous savez donc ?

ALBERTINE

Je sait tout; mon pauvre ami I

LE COMTE

Alors, M. de Ligneraye est venu ici, comme je m'en doutais, pour se mêler?...

ALBERTINE

Des choses qui regardent vos amis, en somme. Supposons donc que je consente à rester, croyez- vous que votre fils me le permette?

LE COMTE

Et de quel droit vous en empêcherait-il?

ALBERTINE

Du droit du plus fort.

LE COMTE

Et par quels moyens?

Tôuô ies jnç)yens sont bons avec mademoiselle Alberline. Afois,- une -femme, n'importe laquelle, a toujours sa dignité, et dans quelle position me trou\erai-je si votre fils m'insulte

et que vous preniez le parti de votre fils, ce que vous serez forcé de faire ?

LE COMTE

Si vous n'avez pas pour partir d'autres raisons que celles que vous m'avez dites, restez. Je vous aime, et je vous défendrai contre quiconque vous insultera, fût-ce mon fils; je vous en donne ma parole d'honneur.

ALBERTINE

Je vous crois, et je resterai. Mais, pour plus de sûreté et pour éviter de plus grands malheurs, partons ensemble dès ce soir.

LE COMTE

Si vous voulez.

ALBERTINE

Allons, dites-moi que vous m'aimez î

LE COMTE

Je vous aime !

ALBERTINE

Mieux que cela.

LE COMTE, très tendre.

Je vous aime !

A la bonne heure, vous avez vingt ans quand vous parlez ainsi ! Maintenant, monsieur, mettez ce vilain collier dans votre poche ; je ne veux plus le voir. Pour sa punition, il payera les frais de route.

Ils s'embrassent.

DE TOURNAS, entrant et les voyant, à part.

Heureux âge !

ALBERTINE

Mon cher Tournas, nous partons ce soir, le comte et moi.

J'ai toutes sortes d'emplettes à faire ; vous allez m'accompagner; je mets un chapeau et je reviens.

Elle sort.

DE TOURNAS

A VOS ordres, chère madame, à vos ordres !

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