‹ Un petit bout d'oreille... comedie en un acte, en proseChapitre 12 sur 33 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

HÉLÈNE

Dans un hôtel meublé.

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Assez! c’est bien simple. Il va chez sa maîtresse; il a une maîtresse ! Qui peut-on aller voir dans un hôtel garni de la rue du Havre? J’aurais mis ma main au feu que cela t'arriverait un jour, et tu vois, je ne me serais pas brûlée. Ah ! le mariage, le mariage! (pamut «îerant Heièoe.) Quelle est la créature bouffonne qui inventa cette charmante drôlerie? Assortissez les âges, les goûts, les caractères, les fortunes, il n'en reste pas moins impossible. C'est l'enfer, dit-on, et l'on croit avoir tout dit; c’est faux! Dans l’enfer, les femmes ne sont pas avec les hommes. Ne comparons donc pas, s’il vous plaît, avec l’enfer. Mais revenons; je disais bien...

HÉLÈNE

Tu avais raison, mais le mal est fait; je t’ai envoyé chercher pour me conseiller, car j’ai la tôte si troublée... Que faire?...

TH ÉODORI NE.

Avoir la preuve absolue, irrécusable, qu’il a une maîtresse, — et il en a une comme il fait jour en ce moment, — puis les surprendre ensemble. Les surprendre ! quelle belle vengeance! Puis aller en justice; vous allez dans le cabinet du juge d’instruction! vous publiez un mémoire — on y répond; — vous répondez- — on plaide! — Le grand jour est arrivé ! ! on lit à l'audience les lettres de ton mari, on lit les tiennes; son avocat t’insulte, le tien l’écrase. Tu peux même demander la parole. Oh! si, dans une cause en séparation, on me donnait la parole! je ne la rendrais plus. Enfin, tu gagnes ton procès, tu perds ton mari, tu obtiens ta liberté, et tu te retires avec moi chez notre tante, madame de Montbertin, à qui nous défendons de

ÜN PETIT BODT D’OREILLE.

parler mariage, sous peine de se voir supprimer la pension que nous lui faisons. Comme nous serions heureuses! Nous passerions la vie à fulminer contre cette déplorable association. Laissons dire ceux qui prétendent qu’il est immoral de parler ainsi! Il est très-moral, au contraire, non-seulement de fuir, mais encore d’apprendre aux autres à fuir la fausseté, la tyrannie, l’hypocrisie. D’ailleurs, assez d’autres sans nous se marieront. Parce que le mariage existe, faut-il donc que tout le monde se marie? Mais non ! Les bagnes existent aussi, mais tout le monde n’y va pas pour cela.

HÉLÈNE

Mais cette preuve dont tu parles, comment l’avoir ?

THÉODOR JNE.

Rien n’est plus simple, je te l’ai dit. Il va sortir?

\ HÉLÈNE

Dans sa voiture.

THÉODORINE.

J'ai la mienne à deux pas d'ici ; nous le suivrons. 11 s’arrêtera à cet hôtel de la rue du Havre : nous nous arrêterons aussi ; puis... puis laisse-moi faire.

HÉLÈNE

Comme le cœur me bat déjà!... Et que feras-tu ensuite?

THÉODORINE.

J’entrerai dans cet hôtel et je m’informerai auprès du concierge ou auprès... je ferai mieux! j’arriverai de Rouen., à mon âge on peut arriver toute seule de Rouen. Je m’installera dans une pièce; une fois installée, je ferai parler les valets, les femmes de chambre, les garçons d’hôtel, et je découvrirai..,^

MARTH E, entr’ourrant la porto du fond et désignant celle d’Édouard.

Le voici !

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