SCÈNE IX
• Un caprice. Je l’ai achetée hier sur le boulevard en sortant de l’Opéra.
HÉLÈNE
Hier, ce n’était pas jour d'Opéra. Mais ça ne fait rien.
ÉDOUARD
Non... des Italiens.
HÉLÈNE
Ils ont fait relâche.
ÉDOUARD
Tiens, je ne savais pas... (a pan.) Oh!
HÉLÈNE, tenant la rote à la main.
Magnifique! et vous l’avez payée?
ÉDOUARD
Dix sous, je crois.
HÉLÈNE
Dix sous ! une rose comme celle-ci, par le froid qu’il fait et la neige qui tombe; dix sous! J’ai payé celle-là dix francs.
(Montrant une rote dans un vase aur la clieminee. ) Voyons, Edouard, ne
me faites pas rougir de ma maladresse à acheter, vous n'avez pas acheté cette fleur-là dix sous ; avouez que vous ne l’avez pas achetée; on vous l'a donnée : c’est un cadeau... n’est-ce pas?
Je vous assure, Hélène...
HÉLÈNE
C’est un souvenir de soirée... de bal...
Hélène !
Une femme...
ÉDOUARD
HÉLÈNE
ÉDOUARD
On ne me l’a pas donnée, je ne suis pas allé au bal, je ne suis pas allé en soirée. Seulement, je me serai trompé sur le prix de cette fleur; que voulez-vous, on se trompe : j’ai pu dire dix sous : c'est dix francs, n’en parlons plus.
Hélène.
N en parlons plus. (Elle jette la roie sur un divan près de la cbemmée, et 8 y assied.) 9
ÉDOUARD. (Mouvement décoléré qu’il réprime, à pari.)
Contenons-nous, (il « ’enied près de la console.)
Hélène.
Tiens! vous toussez.
Oui, depuis quelques jours.
HÉLÈNE
Comment avez-vous pris ce rhume?
ÉDOUARD
Ma foi, je n’en sais rien, je l’ai pris comme on prend les rhumes. J’ai eu chaud, j’ai eu froid?
HÉLÈNE, d'an ton douteux.
Ah ! vous avez eu chaud, vous avez eu froid?
ÉDOUARD
Est-ce que l’explication ne vous satisfait pas?
HÉLÈNE
Pardon, mon ami, mais il est assez étrange., .
ÉDOUARD, impatienté.
Voyons, j’aurai pris ce rhume ici... Ambroise, l’autre soir a laissé éteindre le feu dans ma chambre...